CUMP 2

Jeudi dernier, un homme de 51 ans s’était suicidé devant une dizaine d’élèves dans l’enceinte même de l’école parisienne du VII arrondissement, La Rochefoucauld (pour plus d’information). Depuis, une Cellule d’Urgence Médico-Psychologique (CUMP) a été mise en place. Comment fonctionnent ces cellules ? Le point avec Marie-Claude Frénisy, Psychologue coordinatrice à la CUMP de Bourgogne.

Psychoenfants : Comment s’organisent les cellules de crise médico-psychologique ?

Marie-Claude Frénisy : Le réseau est organisé en Cellule d’Urgence Médico-Psychologique (CUMP) départementales, coordonné par des cellules permanentes régionales. Par département, un psychiatre référent est désigné et intervient avec des volontaires (mais pas bénévoles), psychiatres, psychologues et infirmiers. Lors d’un événement c’est le référent qui est alerté et qui décide de la nécessité d’une intervention. À ce moment-là, il déclenche la cellule de crise psychologique et appelle les personnes de la liste des volontaires. Au niveau régional, les cellules permanentes sont composées d’un mi-temps psychiatre, d’un mi-temps psychologue et parfois un mi-temps secrétaire.

PE : Et vous-même quel est votre rôle ?

MCF : Le Docteur Anne-Marie Strébelle est ma responsable médecin psychiatre coordinatrice régionale et médecin référent de la cellule d’urgence 21, et moi je suis psychologue coordinatrice régionale. On s’occupe aussi des formations des volontaires des quatre départements. Il est important de savoir que les cellules d’urgence médico-psychologique font partie du SAMU. Les personnes peuvent donc demander l’aide de la cellule d’urgence en faisant le 15.

PE : Qu’est ce qu’une cellule d’urgence médico-psychologique ?

MCF : Le but est une intervention rapide d’équipes spécialisées dans les situations d’urgence médico-psychologique (attentats, catastrophes, accidents collectifs) pour prévenir, réduire et traiter les blessures psychiques mais aussi préparer les relais thérapeutiques ultérieurs. C’est une prise en charge immédiate et post-immédiate des victimes.

PE : Existe-il une différence avec une intervention dans le milieu scolaire ?

 MCF : Dans le milieu scolaire, on intervient pour un suicide par exemple. Le but est de venir au plus près de l’événement, le jour même, ou le lendemain. Lorsque les enfants sont mineurs, il faut l’accord des parents sauf en situation d’extrême urgence. Certains parents n’acceptent pas que leur enfant rencontre un psy seul et préfère en groupe. Il faut bien sûr respecter le désir de chaque parent. Le trouble psychotraumatique apparaît quand l’enfant est témoin de la scène, qu’il a vu l’événement. Pour les autres, l’impact peut se faire par l’envoi de texto des camarades ou des discussions sur l’acte. Les enfants doivent donc pouvoir s’exprimer sur le passage à l’acte suicidaire. Il peut y avoir des idées reçues sur le suicide, en termes de lâcheté ou de courage, alors que ce n’est pas de cet ordre-là mais d’une souffrance morale personnelle. Parfois on remarque une valorisation du geste suicidaire qui est dangereux pour les élèves. Le jugement ne répond pas du tout à la réalité du suicide.

PE : Quelle est la particularité du processus de mise en place d’une CUMP dans une école ?

MCF : Avant notre arrivée, le chef d’établissement doit préparer le terrain grâce à nos conseils donnés par téléphone. Pour cela on pose plusieurs questions : Qui était là ? Qui a vu ? Qui est concerné ? Quand on arrive sur place, on rencontre le responsable d’établissement pour s’organiser. Chaque préparation est différente selon les événements. Quand on arrive c’est souvent le chaos dans l’école, donc on pose les choses, on prend son temps. La question de la gestion de crise est essentielle, il faut remettre le cadre structurant de l’école en place pour que les enfants se ressentent en sécurité dans l’établissement. La panique aggrave l’état psychologique des enfants.

PE : Comment remet-on un cadre structurant ?

MCF : On constitue des groupes sauf pour les amis très proches, la fratrie ou pour le témoin, que l’on reçoit individuellement. Le but étant de former les groupes d’une manière extrêmement précise selon les caractéristiques de chacun, notamment l’âge. L’approche de la mort par exemple n’est pas la même. Et aussi si des élèves qui ont entendu parler de l’événement et des élèves qui en ont été témoins sont regroupés, ça peut-être délétères pour les enfants. Selon l’état psychique, parfois c’est contre-indiquer des le voir en groupes, parce qu’ils vont perturber le fonctionnement du groupe et contaminer les autres par leur émotion trop forte. Il faut prendre son temps pour analyser la situation avant de mettre en place la prise en charge. Le rôle des enseignants à ce moment-là est de soutenir les élèves. Les enseignants ne doivent pas s’effondrer, sinon cela aggrave l’angoisse des élèves.

PE : Comment se déroule la prise en charge sur place ?

MCF : Il y a deux étapes, la traumatologie n’étant pas la même, le suivi diffère aussi. En phase immédiate, c’est-à-dire juste après l’événement, on fait ce qu’on appelle des « defusing ». Il faut observer la symptomatologie qui apparaît, voir la réaction des élèves, donner des conseils, rassurer, faciliter une première verbalisation pour que les personnes puissent dire ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont ressenti. Évidemment, sans être intrusif, on est là pour accueillir la parole. La traumatologie n’étant pas la même pour chaque enfant, il est nécessaire de passer du temps pour apaiser. En phase post-immédiate, c’est-à-dire de 36 heures à une quinzaine de jours après, du temps s’est écoulé, on est en débriefing. Dans notre jargon, c’est une « intervention psycho-thérapeutique en post-immédiat ».

PE : En quoi consiste l’« intervention psycho-thérapeutique en post-immédiat » ?

L’objectif est de revenir sur l’événement et de rassurer sur la symptomatologie apparue. Car c’est compréhensible quand on a vécu quelque chose d’extrêmement difficile de ne pas être bien. Il convient aussi de valider les différences des réactions des uns et des autres : chacun est singulier et réagit comme il peut. Mais aussi de rassurer sur le fait que ces réactions vont disparaître. Les personnes ne doivent pas rester fixer à l’événement. Il est donc essentiel de leur proposer d’aller plus loin, de leur demander comment elles envisagent la suite.

PE : Et pour la suite du suivi thérapeutique ?

MCF : Parfois on suit les enfants à distance, mais jamais plus de trois mois. On ne fait pas de suivi au long cours parce qu’on doit être disponible à tous moments. Par ailleurs, le travail avec les enfants est différent selon les âges. Par exemple lorsqu’on n’a pas accès au langage, on passe par la médiation (jeu, dessin) pour exprimer leurs émotions. Lorsque l’enfant est encore plus petit, on joue avec des petites voitures de pompiers ou d’ambulance pour évoquer ce qu’il a vécu. Si c’est nécessaire, on rencontre aussi les parents pour donner des conseils. On rencontre aussi des enseignants pour leur dire à quoi ils doivent êtres attentifs et avoir des retours sur le comportement des enfants. Pour un suivi régulier, on envoie les enfants dans d’autres structures. Mais nous restons toujours à disposition si besoin.

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