Indochine

Le dernier clip du groupe Indochine « College boy » fait polémique. À travers ce court-métrage, le groupe et le réalisateur dénoncent l’indifférence des adultes et autorités face au harcèlement à l’école. Entre le CSA qui veut l’interdire au moins de 16 ans et Nicola Sirkis, leader du groupe, qui prône une démarche éducative, cette nouvelle vidéo fait débat.

Il y a les « pour » et il y a les « contre ». Quoi qu’il en soit, le dernier clip du groupe Indochine fait polémique. Mettant en scène le harcèlement scolaire poussé à l’extrême (jet de boulettes de papier, casier saccagé, passage à tabac jusqu’à la crucifixion et exécution par balle d’un élève devant des témoins aux yeux bandés) les images heurtent incontestablement. Coup marketing disent les uns. Message éducatif, affirment les autres…

Une violence condamnable ?

Cette violence a été immédiatement condamnée par Françoise Laborde, membre du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA). Ces images, a-t-elle commenté, « n’ont pas leur place en journée sur des chaînes de musiques ». Objectif de Laborde ? Interdire ce clip pour les moins de 16 et même de 18 ans. « On ne dénonce pas la violence en montrant de la violence », insiste-t-elle. Luc Chatel, ancien ministre de l’éducation, abonde dans le même sens : « imaginer un meurtre filmé au sein d’une école n’est pas acceptable ». De son côté, Nicole Catheline pédopsychiatre, souligne l’intérêt des trois premières minutes concernant la cécité des adultes qui perpétue le phénomène, mais condamne l’inutilité de l’extrême violence.

Un clip « éducatif » ?

Le chanteur, Nicola Sirkis, défend bien entendu son œuvre en admettant la violence du film, mais en qualifiant sa démarche d’éducative à l’instar des vidéos de sécurité routière qui présentent un clip choc pour sensibiliser. Le réalisateur de ce clip, Xavier Dolan, considère « absurde » de censurer son court-métrage sachant les scénarios violents ou dégradants pour les femmes qui passent sur certaines chaînes. Pour lui, la question n’est pas de savoir pourquoi le clip va aussi loin dans la violence, mais jusqu’où peut aller un jeune harceleur au sein de son école.

Retrouvez le clip « College boy », ici.

Interview de Marc Ferrero, psychologue clinicien à Lyon, sur l’impact que peut avoir le clip d’Indochine sur la violence scolaire.

Marc Ferrero cite Beaumarchais « Tout ce qui est excessif est dérisoire » pour exprimer le non-impact éducatif du clip et l’exposition d’une violence fondamentale inquiétante.

PsychoEnfants: Selon vous, la violence mise en scène dans le clip est-elle excessive ?

Marc Ferrero: La violence dans ce clip est « hyper excessive ». Dénoncer la violence en la montrant est problématique car il y a une dimension prosélyte affirmée, on dénonce des choses, mais on donne aussi à voir une violence qui ne laisse personne indifférent. Pour des enfants et adolescents équilibrés, il n’y aura que peu d’effet et cela peu même les détourner de cette violence. Mais pour les enfants et adolescents plus fragiles, ils peuvent ne pas percevoir le message et tenter de reproduire les actes. La violence montrée n’a pas qu’un aspect cathartique. Quand on montre quelque chose les gens vont apprendre à le gérer et la violence qui sort de soi sous cette forme-là ne va pas être agi dans la réalité. Mais pour des personnes fragiles, pouvoir dire des choses sans qu’on les fasse n’est pas un processus aussi simple. Par exemple, 8h de télévision sans explication de ce qui a été vu par un entourage bienveillant peut avoir un effet hypnotique et conduire l’enfant à reproduire ce qui a été vu. Ce clip vidéo est d’une violence outrancière, qui a pour but, je pense, de faire parler du groupe de musique.

PE: Nicola Sirkis, leader du groupe, défend ce clip en parlant de « caractère éducatif ». Pensez-vous que la mise en scène de la violence puisse sensibiliser à ce sujet ?

M.F: Le caractère éducatif de ce clip n’existe pas, à part avoir l’effet inverse. En voyant cette violence excessive, les personnes peuvent se dire que ça n’existe pas à ce point-là. En même temps, ils n’auront pas tort car on n’a encore jamais vu un enfant crucifié dans une école. Le problème c’est que du coup ils vont imaginer que la violence scolaire, elle non plus n’existe pas, alors que celle-ci est bien une réalité. Cette vidéo ne va absolument pas réveiller les consciences mais plutôt choquer les gens.

PE: Il dénonce aussi l’inaction et l’indifférence des adultes, des autorités face à ce genre de situation. Qu’en pensez-vous ?

M.F: Pour moi ce n’est pas de l’indifférence, mais la méconnaissance. C’est un peu la politique de l’autruche pour des personnes de l’éducation nationale. Certains disent, par exemple, que tous les élèves de moins de 16 ans vont à l’école, alors que c’est faux. C’est le même phénomène pour le harcèlement, il y a une volonté de ne pas vouloir le voir. C’est une cécité psychique pour ne pas s’occuper du problème qui surgit. Les adultes minimisent les actes d’agressions à l’école, on entend souvent parler d’« incident », alors que les conséquences sont extrêmement graves.

PE: Le harcèlement à l’école est-il selon vous une réalité dont on n’entend pas encore assez parler aujourd’hui ?

M.F: Ce qui se passe dans les cours de récréation est inimaginable. Pendant que les enseignants discutent entre eux, c’est une véritable petite jungle qui se dessine derrière avec ses forts, ses faibles, ses leaders, et ses boucs émissaires. Mais personne ne voit rien. Et pourtant, dès le primaire 1 enfant sur 20 est victime de violence. Être le bouc émissaire est difficilement supportable pour un enfant qui le conduit, parfois, au suicide, comme seule solution pour se sortir de cette maltraitance quotidienne.

Retrouvez l’ensemble de nos articles sur notre blog, ici.

Publicités