Mensonge2

Je n’ai jamais disposé d’un compte en suisse disait-il. Jamais. Après quatre mois de démentis, le désormais ex ministre délégué au Budget, Jérôme Cahuzac passe aux aveux. Une situation qui a amené la rédaction de psychoEnfants à se poser une question : Comment apprendre à un enfant à ne pas mentir ? Éléments de réponse avec nos psys.

Comment un enfant apprend-il qu’il n’est pas acceptable de mentir ? « certainement pas en prenant exemple sur nos politiciens. », répond Pierre Laurie, psychanalyste et auteur du livre Les enfants et le mensonge, aux éditions PUF. L’enfant apprendra en s’inspirant de la morale et des valeurs de ses parents. Il sera récompensé par leur approbation et par la satisfaction d’être comme eux. Selon le célèbre pédiatre anglais T. Berry Brazelton « un parent qui dit : « je t’aime, mais je n’aime pas t’entendre mentir », continue à placer l’enfant devant ses responsabilités pour avoir menti tout en assumant que l’enfant peut s’améliorer. Il est important d’écouter les raisons de votre enfant. Le fait de comprendre ses raisons n’enlève pas la responsabilité qu’il doit ressentir pour ses actes. Au contraire, cela lui donne l’espoir d’apprendre à surmonter une situation difficile sans mentir. »

Fantasme de toute-puissance

Mais tous les enfants mentent-ils ? « Dès l’appropriation du langage (3, 4 ans), oui, explique Sophine Lamie, psychologue clinicienne. L’enfant a un imaginaire très fleuri où se mélangent faits concrets et éléments fantasmagoriques (fée, force herculéenne…). Apprenant en même temps à distinguer ses désirs propres de la réalité, ses histoires incroyables deviennent l’expression de son fantasme de toute-puissance sur son environnement. » Phase constitutive de son développement, il ne faut pas s’inquiéter de l’apparition de ses fabulations. « Il est très important de ne pas le traiter cyniquement de menteur au risque de l’enfermer dans cette identité. Néanmoins, il est nécessaire de faire sentir qu’on ne le croit pas », explique le pédopsychiatre Gilles-Marie Valet. Une des techniques est de le reprendre en utilisant le conditionnel (Tu aimerais être plus fort que Zorro) ou l’humour et le sourire (Hé, dis donc, t’y vas pas un peu fort, là ?).

Sentiment d’infériorité

En réalité, la plupart des psys affirment que le mensonge devient « pathologique » lorsque l’enfant l’utilise comme unique moyen d’échanger avec ses parents. Un bambin qui ne fait que mentir exprime, à sa façon, un profond mal-être. « Il cherche à se valoriser pour satisfaire un idéal parental qu’il juge trop puissant et qui le déborde. », explique la psychanalyste Danielle Dalloz. Il mentira alors sur ses résultats scolaires, sur ses exploits personnels avec ses amis, dans la cour de récréation, etc. « Ces boniments seront proférés pour créer une image plus positive de lui, preuve d’un manque de confiance en soi important. »

Agir

Chez l’enfant, punir le mensonge n’est pas efficace. Cela risque au contraire de le conforter dans son sentiment d’échec. « Ici, explique Pierre Collin, pédiatre et psychanalyste, les parents doivent plutôt vérifier si leurs attentes – en matière d’éducation, de scolarité, etc. – ne sont pas démesurées. Et si l’enfant ne souffre ni d’un manque de reconnaissance (nous t’aimons comme tu es), ni d’un manque de sécurité (et tu es unique !). » Selon Danielle Dalloz, découvrir les raisons de ce comportement est la priorité. « Il est pour cela nécessaire d’instaurer un climat de confiance privilégiant l’écoute et l’échange. » Il est également conseillé de proposer à l’enfant menteur des portes de sortie par un innocent « ça s’est vraiment passé comme ça ? ». Enfin, le féliciter dès qu’il dit la vérité peut l’aider, peu à peu, à ne plus mentir de façon systématique.

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