Hypersexualisation

Mercredi 27 février, la sénatrice Chantal Jouanno a déposé une proposition de loi pour protéger les enfants de l’hypersexualisation. Les marques et les concours de mini-miss sont directement visés.

Bientôt la fin des concours de mini-miss ? C’est en tout cas l’une des volontés de la sénatrice de Paris et vice-présidente de l’UDI (Union des Démocrates et Indépendants), Chantal Jouanno. Celle-ci a déposé, mercredi 27 février 2013, une proposition de loi visant à protéger les enfants contre l’hypersexualisation. Elle souhaite imiter le modèle québécois et demande à ce que les marques ne puissent plus utiliser les enfants de moins de 16 ans comme égéries. Elle souhaite également que les concours de mini-miss accessibles aux enfants de moins de 16 ans soient interdits.

« Pourvoyeur de normes »

« Une des principales dérives constatées est l’utilisation d’enfants mineurs dans des activités de mannequinat qui ne seraient pas destinées à promouvoir des produits ou services dédiés à leurs besoins », explique Chantal Jouanno. Elle ajoute que « Les marques étant le premier acteur pourvoyeur de normes, cette mesure aiderait à une prise de conscience générale ». Quand aux concours de mini-miss, la sénatrice entend protéger les enfants « d’une infraction précoce de la séduction faisant reposer sur eux un primat de l’apparence préjudiciable à leur développement ».


L’avis de Béatrice Copper-Royer, psychologue et psychothérapeute, auteur de Vos enfants ne sont pas des grandes personnes (Albin Michel).

Qu’est-ce qui motive les petites filles à participer à ces concours ?
L’idée vient souvent des parents ! Les fillettes veulent surtout leur faire plaisir. Ca les amuse de se mettre du vernis, de se maquiller. Elles se prennent pour des grandes. Elles sont vraiment dans une logique de jeu. Mais elles ne mesurent pas les projections narcissiques des adultes pour qui ces concours et leur résultat ont une tout autre importance.

C’est-à-dire ?
Les mères s’impliquent beaucoup dans ces galas. Elles cherchent à renforcer l’image qu’elles ont d’elles-mêmes à travers leur enfant. C’est un transfert qui peut témoigner d’une enfance peu valorisée. La mère peut vouloir modifier cette période par le biais de sa fille. Avant l’adolescence, les enfants ont très peu de recul. Ils n’ont aucune autonomie psychique par rapport à leurs parents et sont influençables.

Y a–t-il des dangers psychologiques pour ces enfants ?
Ces concours chosifient les petites filles. Les parents peuvent mal vivre un mauvais classement, faire ressentir leur déception. Ce dépit parental peut entraîner de l’insécurité chez la fillette qui pensera qu’on ne l’aime plus autant. Il y a alors une forte angoisse d’abandon. Ces concours de beauté doivent vraiment être pris comme un jeu par les parents. Ils doivent être à l’écoute de l’enfant si celui-ci souhaite arrêter.

L’avis de Marie-Louise Pierson, psychanalyste, psychothérapeute. Elle est l’auteur de L’Image de Soi (Eyrolles).

Faites-vous une différence entre les concours de mini miss et les enfants mannequins ?
J’ai épousé un grand photographe de mode et j’ai travaillé pendant vingt-cinq ans dans le mannequinat. Pour moi les deux domaines sont tout aussi inintéressants pour un enfant. Deux, trois photos ça va ! Mais en quoi le fait de porter des robes en plein hiver pour faire des photos d’extérieur avec des horaires de travail pas toujours respectés contribue-t-il à enrichir ses connaissances ? À la maison, ce n’est pas grave que les mères jouent à la poupée avec leur enfant. Mais à partir du moment où c’est fait devant le regard d’un public, c’est plus gênant.

Pourquoi ?
Il y a un important travail identitaire que les parents doivent soutenir chez leur enfant, comme le positionnement par rapport à son image sociale et à la sexualité. La pudeur, les zones réservées de l’intime, tout cela se met en place à cet âge-là. Toute notre société est fascinée par les apparences qui exercent une forme de dictature commerciale. Le regard de certains adultes m’épouvante. Quand on maquille les petits mannequins ou miss, ça crée quelque chose dans l’imaginaire commun.

Vous voulez parler du désir sexuel de certains adultes ?
Oui. La Loi Fondamentale est l’interdit de l’inceste. Mais le désir n’a pas besoin d’être matérialisé pour qu’il y ait inceste. On peut «aimer mal» avec les yeux. C’est difficile pour un enfant de répondre à des adultes qui se trompent de regard. Ce genre de concours n’apprend pas au petit à placer des repères sur lui-même. Rien n’est enseigné de son rapport à son corps, à sa place dans la société. L’enfant est juste « objetisé » et absolument pas structuré.

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