Dampmart

Vendredi matin, à Dampmart, en Seine et Marne, trois frères et soeur ont été retrouvés égorgés à leur domicile. La mère de famille, principale suspecte, a été internée.

Dampmart, petite commune de Seine-et-Marne, est sous le choc. Vendredi matin, un père de famille, qui rentrait de son cabinet médical, a découvert les corps de ses trois enfants, âgés de 10 à 16 ans, couverts de sang.

La mère, originaire du Sénégal, a été retrouvée chez des amis, à Paris, dans l’après-midi. Elle est la principale suspecte. Pourtant ses proches la décrivent comme une personne « gentille et non-violente ».

Des difficultés conjugales

Lors de son audition, ses propos ont été jugés incohérents. Et après un examen psychiatrique, elle a été internée. Le père, en état de choc, a également été hospitalisé.
Une amie de la mère a déclaré au Parisien que le couple rencontrait des difficultés. Un autre ami de celle-ci qui l’a vue vendredi a déclaré sur BFMTV : « Quand je l’ai vue, je ne l’ai même pas reconnue tellement elle était dégradée. Elle était en train de pleurer et elle n’arrêtait pas d’expliquer qu’on la tapait, que son mari la tapait (…). Je n’ai rien compris ». De son côté, le père a précisé que son épouse avait des problèmes d’alcool, ce que la police a confirmé.
L’enquête se poursuit et devrait permettre d’en apprendre davantage dans les prochains jours. Mais ce drame soulève déjà plusieurs questions.

Jean-Pierre Bouchard, psychologue et criminologue, nous répond.

PsychoEnfants : Les proches ne comprennent pas ce geste. La famille était décrite comme serviable et la mère très souriante… Peut-on à ce point se tromper sur des gens ?
Jean-Pierre Bouchard :
Oui. C’est un grand classique. Les gens ont des facettes sociales qui masquent leur intimité. Et celle-ci peut tout aussi bien dissimuler des problèmes légers que des très importants. Si les voisins n’ont rien vu de problématique, c’est que le masque était bien présent.

PE. : On dit souvent dans ce genre de drames que les parents en conflits peuvent en arriver à tuer leurs enfants… C’est pour punir l’autre ?
J.-P. B. :
Oui, ça arrive. Mais il y a plusieurs cas de figure. Les néonaticides surviennent juste après la naissance. Ce sont souvent les mères qui tuent leur bébé après un déni de grossesse, ou parce qu’il représente une charge économique. Ce type de meurtre peut également être du à des troubles mentaux, à un délire… L’enfant n’a pas été investi affectivement et est considéré comme gênant.

PE. : Et sur les grands enfants ?
J.-P. B. :
Là encore les causes sont multiples. Ce peut être du à un trouble mental d’un des parents, une crise de schizophrénie ou une autre psychose, un syndrome dépressif grave. Ce dernier peut donner lieu à une forme de crime altruiste. En fait, la personne est tellement dépressive qu’elle veut s’éliminer. Mais avant, elle veut éviter aux personnes qu’elle aime le plus, ses enfants, de subir cette vie qu’elle ne supporte plus. Donc ces personnes tuent leurs enfants avant de se suicider. C’est extrêmement rare.
Le meurtre de ses enfants peut aussi faire suite à un conflit passionnel entre les parents. Pour atteindre le conjoint, on élimine ce qu’il a de plus cher.
Parfois, ce type de meurtre est une combinaison de ces divers facteurs.

PE. : Dans le cas de Dampmart, c’est l’arme blanche qui a été utilisée alors que les mères ont peu recours à ces méthodes habituellement…
J.-P. B. :
La chose qui me surprend le plus à vrai dire, c’est que ces enfants sont grands. À 10 ans, on est agile, on ne se laisse pas faire. Même si les enfants étaient endormis, ils auraient eu une réaction.  À moins que l’autopsie ne révèle qu’ils aient été drogués. Avec des victimes en âge de se défendre, souvent, c’est l’arme à feu qui est privilégiée car elle est plus efficace. Ici, ça a été un corps à corps meurtrier. C’est très rare et surprenant. Il faut une grande capacité criminelle pour le faire. Il n’y a que l’auteur des faits qui peut dire pourquoi il a agi ainsi.

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