Suicide

Samedi 16 février, une fillette de 10 ans est morte à Vesoul après s’être pendue avec un foulard à son domicile. L’enquête cherche encore à déterminer les raisons de ce geste. Des brimades scolaires sont évoquées… Après les deux jeunes adolescents retrouvés pendus également la semaine dernière, ce nouveau drame relance le débat sur le suicide chez les jeunes. Notre expert Marc Ferrero, psychologue clinicien à Lyon, répond à nos questions.

PsychoEnfants : Tout d’abord, qu’est ce qui peut pousser un enfant au suicide ?

Marc Ferrero : Les raisons sont très nombreuses. Elles peuvent être d’ordre familial, scolaire, historique ou encore en raison d’une déception amoureuse. En tout cas, en France, le suicide d’enfants de moins de 12 ans constitue un nombre de cas non négligeable. Les spécialistes recensent au moins une quarantaine de victimes chaque année et estiment que ce chiffre est sous-évalué. Le suicide est un acte toujours difficile à comprendre et à expliquer car les causes sont très diverses mais aussi parce qu’il est toujours le fruit d’une perturbation psychique chez l’enfant. Cette perturbation n’est évidemment pas proportionnelle, la plupart du temps, aux évènements vécus mais aussi pas du tout en rapport avec la volonté de se donner la mort.

P.E : Qu’est-ce qui va déclencher le « désir de mort » chez un enfant ?

M.F : C’est un évènement douloureux et bouleversant qui va occasionner, chez l’enfant, le désir de mort alors que chez un autre, le traumatisme lui permettra de traverser les épreuves de la vie. Les enfants n’ont évidemment pas la même vision de la mort que nous. Pour certains, la mort peut être simplement une période qui dure et de laquelle on reviendra. Les cours de récréation sont des lieux, aujourd’hui, où s’exprime une violence physique inimaginable dont sont victimes certains enfants et toujours les mêmes. Les écoles primaires sont le lieu de nouvelles violences dans les moments où les enfants sont hors des temps institutionnels. Ils échappent à la surveillance des enseignants et des personnels communaux pendant les récréations entre 11h30 et 13h30.

P.E : Que recherchent-ils en faisant ça ?

M.F : Ils souhaitent mettre un terme à une souffrance qu’ils n’ont pu métaboliser ou gérer dans leur sphère affective. Cela à un moment où ils pensent ne pas avoir pu trouver les moyens de franchir cette étape traumatique. Se suicider, c’est alors mettre fin au problème pour eux sans pour autant en mesurer l’aspect irréversible.

P.E : Pourquoi utiliser la pendaison plutôt qu’un autre moyen ?

M.F : Pour les enfants, la pendaison est certainement vécue comme une possibilité plus prégnante qu’une arme à feu ou des médicaments qui ne sont, en principe, pas à leur disposition… La ceinture du peignoir, celle du pantalon ou le foulard sont évidemment beaucoup plus disponibles. Et ce, d’autant que de nombreux enfants ont joué ou entendu parler du jeu du foulard ou encore ont, en diverses occasions, retenu leur respiration « pour voir »…

P.E : Est-ce un moyen de se mettre en scène ?

M.F : Ce n’est pas une mise en scène. Je voudrais aussi dire que lorsque l’on interroge les enfants de nos jours, ils se disent souvent malheureux et inquiets notamment sur leur statut dans la famille : »Mes parents m’aiment-ils ? S’aiment-ils ? Vont-ils continuer à vivre ensemble ? Que vais-je devenir ? « . Ceci intervient au-delà de la propre réalité familiale de chacun mais en étant à l’écoute de leur environnement médiatique qui dramatise toujours les situations. D’une façon générale, je pense que nos enfants sont responsabilisés bien trop tôt et qu’ils n’ont pas l’équipement psychologique propre à leur permettre de supporter les exigences que les adultes ont à leur égard. On est souvent fier d’avoir des enfants précoces, mais il faut savoir que cette précocité se fait au détriment de l’équilibre personnel de l’enfant tellement cette précocité est coûteuse en énergie affective.

P.E : Comment empêcher cela de se produire ?

M.F : Il faut d’abord laisser le temps à l’enfant d’être un enfant et ne pas vouloir brûler les étapes de sa maturité qui est un long travail et un long chemin vers le passage à l’âge adulte. Écouter ses préoccupations, repérer les moments où il se sent plus vulnérable et l’amener à s’exprimer sur ce qui se passe à l’école en particulier dans les moments interstitiels : récréation, cantine, périscolaire.

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