Pilules

Mardi 12 février, 60 nouvelles plaintes liées à des pilules contraceptives ont été déposées. En France, Diane 35, cet anti-acnéique régulièrement utilisé comme pilule contraceptive, a été retiré du marché fin janvier à la demande de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Ce retrait fait suite à plusieurs décès imputés à la prise de ce médicament. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, souhaite limiter la prescription des pilules de 3ème et 4ème générations. Celles-ci sont en effet plus susceptibles d’entraîner la formation de caillots sanguins (thromboses) pouvant provoquer des embolies pulmonaires ou des accidents vasculaires cérébraux (AVC).

Le gynécologue David Elia nous éclaire.

PsychoEnfants : Avez-vous remarqué une certaine inquiétude chez vos patientes ?

David Elia : Bien sûr. Elles entendent parler de procès, de femmes handicapées ou mortes suite à la prise de ces pilules. Elles ont l’impression qu’on ne leur a pas dit la vérité. Elles consultent pour arrêter de prendre ces pilules ou en changer. Il y a un vent de panique.

Quelle différence y a-t-il entre les des différentes générations de pilules ?

Une pilule est l’association d’estrogène et de progestatif, deux hormones. Au tout début, les doses étaient dix fois plus importantes qu’aujourd’hui. Depuis 1956, on baisse sans cesse le taux d’estrogènes car c’est lui qui induit des risques de thromboses veineuses. Mais là, nous sommes arrivés à un seuil tellement bas de 20-15 qu’on ne peut plus descendre en dessous. Pour les progestatifs, on n’a pas agi sur le dosage mais on a présenté de nouvelles générations. De 1956 à 1968-70, c’était la première. Vers 1970, on est passé à une deuxième génération de progestatif qui devait être mieux tolérée. La troisième génération apparue en 1980 améliorait encore la tolérance. Il devait y avoir moins d’impact sur le foie, moins de tension artérielle et de cholestérol. La quatrième est apparue dans les années 90. De plus, les pilules de 3ème et 4ème génération offraient plus de solutions contre l’acné.

Des études ont-elles démontré les dangers possibles de la pilule ?

Oui. Dès 1961, il y a eu une première étude aux États-Unis qui a signalé un cas d’embolie pulmonaire lié à la pilule. En 1995, d’autres études ont avancé que les pilules de 3ème génération semblaient doubler les risques d’accidents veineux. En France, on n’en a pas entendu parlé. Aucun média n’a relayé cette information car la contraception c’était sacré, il ne fallait pas y toucher. En Angleterre, en revanche, beaucoup de femmes ont arrêté de prendre la pilule et on a assisté à un pic d’interruptions volontaires de grossesse (IVG). Les études jusqu’à 2007 ont confirmé qu’il y avait plus d’accidents de thrombose veineuse avec des pilules de troisième génération et peu d’amélioration du point de vue hépatique.

Les pilules de 3ème et 4ème génération sont-elles beaucoup plus dangereuses ?

D’après les chiffres, avec une pilule de deuxième génération, sur 10 000 femmes qui la prennent pendant un an, on notera deux accidents de phlébite ou para phlébite. 2% de ces accidents seront fatals. Avec les pilules de 3ème et 4ème génération, on note 3 à 4 accidents par an pour 10 000 femmes. La Haute Autorité de Santé (HAS) préconise donc de prescrire une pilule de deuxième génération lorsque la femme prend la pilule pour la première fois, car celles de 3ème et 4ème génération n’ont pas démontré leur brillante supériorité. Et comme les pilules de 2ème génération sont moins dosées en estrogènes, désormais, elles sont tout aussi intéressantes. En général, les accidents dus à la prise de pilule surviennent de manière soudaine au cours de la première année.

Avez-vous peur qu’avec l’arrêt brutal de Diane 35, les femmes boudent la contraception ?

315 000 femmes prenaient Diane 35 en France. Elles vont arrêter leur pilule, en choisir une autre ou opter pour un moyen de contraception différent. On risque aussi d’assister à une augmentation des IVG.

Les pilules sont-elles plus dangereuses que les autres moyens de contraception ?
Chaque méthode a ses inconvénients. On passe à d’autres risques. Avec le stérilet, il y a plus de risques de perforation ou de septicémie. Des études ont aussi prouvé que la pilule diminuait les risques de cancer du colon, de l’utérus et de l’ovaire. Les bénéfices restent supérieurs aux inconvénients.

À savoir :
Un numéro vert (gratuit) a été mis en place pour répondre aux questions : 0800 636 636
Du lundi au vendredi de 9h à 20h

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