Pédiatre1

Dans la nuit du jeudi 31 janvier au vendredi 1er février, une femme a perdu l’enfant qu’elle portait faute, selon elle, de place à la maternité de Port-Royal. Elle était déjà venue le mardi précédent et dans la journée de jeudi pour examen et déclenchement de l’accouchement. Or, après examen médical, il lui avait été dit qu’elle pouvait retourner à son domicile. Une triple enquête, administrative, médicale et judiciaire a été ouverte, sur les circonstances de la mort du bébé. Ce drame a relancé le débat sur la prise en charge dans les maternités.

Depuis un décret d’octobre 1998, les maternités françaises sont classées selon trois grands niveaux. Celles de premier type disposent d’une unité d’obstétrique et prennent en charge les grossesses sans risque. Les établissements de type II ont en plus une unité de néonatalogie qui permet d’accueillir des grossesses à risque modéré et des nouveau-nés nécessitant une surveillance particulière. Viennent ensuite les maternités de type III, comme celle de Port-Royal à Paris. Ces dernières sont censées gérer les grossesses à haut risque et disposent d’une unité de réanimation néonatale pour les nouveau-nés présentant des détresses graves. Le président du Syndicat national des gynécologues, Jean Marty, a estimé que ce système aboutissait «au discrédit des maternités qui ne sont pas de niveau élevé» et à «l’engorgement» des établissements réputés les plus sûrs, dont fait partie Cochin-Port-Royal. L’évolution des comportements des parents s’est accompagnée d’un mouvement de concentration des établissements et a conduit à la fermeture des plus petites structures. Le nombre de maternités de type I a ainsi fortement baissé entre 2003 et 2010 (-64 établissements). Dans le même temps, le nombre de maternités de type III n’a que faiblement augmenté (+7), ne permettant pas toujours de répondre aux nouvelles demandes.

300 accouchements minimums

Moins de trois cents accouchements par an et la maternité voit ses portes se fermer pour des raisons économiques et sécuritaires conformément aux différents Plans périnatalité mis en place par les gouvernements successifs. Désormais, certaines femmes mettent plus d’une heure pour aller à la maternité quand les experts préconisent 45 minutes maximum. Dans les maternités restantes, l’accompagnement est réduit au minimum. « Des établissements arrivent à 4 000 ou 4 500 naissances par an ! Les mères restent trois jours puis laissent la place aux suivantes. Parfois, elles n’ont jamais mis les pieds dans la maternité avant leur septième mois de grossesse. Ça devient des « usines à bébés » », regrette Françoise Nay, vice-présidente de la coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité.

Pas le temps d’écouter

Pour ce qui est de la sécurité et de l’accès aux soins garantis par l’État, Régine, interrogée au micro de RTL, a son avis. Elle habite à 5 Km de Lannemezan où la maternité a clos. Pour accoucher, elle a dû aller à 40 Km de là. « J’ai perdu les eaux avant le péage de Tarbes. Arrivée devant les portes de la maternité, je n’ai pas pu sortir du camion du SMUR. Il fallait que le bébé sorte. J’avais demandé la péridurale. Je n’ai pas pu l’avoir. Je criais tant que je pouvais. Mon copain n’a pas pu assister à l’accouchement et mon fils est né dans le fourgon ». Si ce cas reste une exception, l’allongement de la distance, lui, est courant et engendre du stress. «  Plus la route est longue, plus on a le temps de s’inquiéter, ce qui bloque la dilatation », explique Jean-Marie Delassus, pédopsychiatre et ancien chef d’un service de maternologie. « Arrivé à l’hôpital, tout est à refaire ! Là, on culpabilise les femmes en leur disant qu’elles sont venues trop tôt. On les infantilise. On n’écoute pas leur ressenti ».

Maisons de naissance : une solution ?

Une situation généralement déplorée par le personnel, assailli de tâches administratives et de patientes. « On ne peut pas s’occuper d’elles comme on le voudrait. Les suites de couches sont difficiles avec la dépression post-partum et leur sortie est souvent bâclée. On fait 2 300 naissances par an et la direction, pour des raisons financières, vise les 3 000 alors qu’il y a peu, nous n’étions que deux sages-femmes par garde ! », regrettait dans l’un de nos précédents articles Virginie Gossez, sage-femme à Paris. Autre problème, la surmédicalisation devient monnaie courante. « Cette surmédicalisation est devenue la norme et aujourd’hui, toutes les femmes sont prises en charge comme si elles avaient une grossesse à haut risque. Or, fort heureusement, l’immense majorité des grossesses sont à bas-risque », explique l’Ordre des sages-femmes. 
Pour remédier à cela, il préconise l’ouverture de maisons de naissance où l’accompagnement est assuré par une même sage-femme. Ainsi la même personne s’occupe de la grossesse, de l’accouchement et des suites de couches.

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