GPA

Mardi 29 janvier, Christiane Taubira a rendu publique une circulaire de la chancellerie demandant aux tribunaux de ne plus refuser la nationalité française aux enfants conçus par gestation pour autrui (GPA) à l’étranger. Si la Garde des Sceaux affirme que cela ne remet pas en cause l’interdiction de la GPA en France, le débat n’en est pourtant pas moins relancé.

Nos experts, Geneviève Delaisi de Parseval, psychanalyste et chercheuse en sciences humaines, spécialiste de bioéthique, et Benoît Bayle, psychiatre des hôpitaux, spécialisé dans les questions bioéthiques liées à la médecine de procréation, répondent à nos questions.

PsychoEnfants : Quel est votre avis sur la Gestation Pour Autrui ?

Geneviève Delaisi : Mon avis, c’est que la GPA est une technique à utilisation tout à fait exceptionnelle, qui concerne seulement une centaine de couples par an en France et qui, à titre d’exception, peut exister à condition d’être strictement encadrée. L’encadrement principal, c’est de savoir comment sont recrutées les mères porteuses et comment elles sont considérées par le couple qui fait appel à elles. Cette pratique a lieu et elle aura forcément lieu puisqu’il y a des femmes qui ont le malheur de ne pas avoir d’utérus.

Benoît Bayle : Je suis « contre », sans réserve ! Donner la vie à un enfant est sans doute la plus belle chose au monde. Mais pas à n’importe quel prix. La grossesse tisse les premiers liens entre la mère et l’enfant. C’est une période très importante, qui participe à la construction du lien d’attachement. Une donnée essentielle pour le développement psychologique de l’enfant. Avec la gestation pour autrui, on organise un abandon. On rompt les liens entre la mère porteuse et l’enfant. On inflige ainsi une blessure à celui-ci, un traumatisme.

P.E : N’est-ce pas une situation hypocrite que d’accorder la nationalité française à des enfants nés à l’étranger grâce à la GPA, tout en refusant de légaliser cette pratique en France ?

G.D : Non, ce n’est pas hypocrite. C’est juste une régularisation. Ces enfants pourraient rester avec la nationalité américaine mais c’est quand même plus confortable pour eux d’être sur le livret de famille de leurs parents. Cette circulaire, ce n’est ni une approbation, ni une désapprobation d’ailleurs de la gestation pour autrui.

B.B : L’hypocrisie la plus grave est celle qui consiste à présenter les parents de ces enfants issus de GPA comme des victimes, alors qu’ils ont eu recours sciemment à une pratique dont ils savaient qu’elle était illégale et qu’elle entraînerait des difficultés de reconnaissance de la filiation de leur enfant.

P.E : Faites-vous une différence entre la GPA pour un couple hétérosexuel et celle pour un couple homosexuel ? Pourquoi ?

G.D : Bien sûr. Pour un couple hétérosexuel, la question centrale est : « Comment recruter une mère porteuse ? ». Les mères porteuses sont des femmes qui ont déjà des enfants. Ce sont des femmes qui adorent être enceinte et qui considèrent, non sans une certaine fierté, faire quelque chose que même la médecine la plus sophistiquée ne peut faire. Elles ont très souvent une grande entente avec la mère infertile du couple. Quand vous faites un très grand cadeau à quelqu’un, vous créez forcément des liens avec lui.
Les couples homosexuels, c’est plus compliqué. Il n’y a pas une entente entre deux femmes, qui est fondamentale dans les couples hétéros. Il y a des mères porteuses, aux Etats-Unis et au Canada, qui recherchent particulièrement des couples d’hommes. Parce qu’elles ont le sentiment de garder une place qui ne sera jamais prise par quelqu’un d’autre.

B.B : Oui, mais ce n’est pas pour cautionner l’une plutôt que l’autre, mais pour dire que l’une est encore plus irrespectueuse de l’enfant et de la femme que l’autre. Les techniques de PMA font voler la structure de l’identité de conception en éclats. Par exemple, alors que la structure naturelle de la conception humaine est d’ « être conçu de papa et de maman », avec la GPA hétérosexuelle, l’enfant possède la structure de conception suivante : il est « être conçu du sperme de papa et de la femme GPA, avec l’accord de maman, et avec l’aide de l’équipe biomédicale ». Il n’est plus le fruit de la relation charnelle de papa et maman. La GPA pour couples homosexuels institue des difficultés supplémentaires. D’abord au niveau de son identité de conception, l’enfant devient par exemple « être conçu du sperme de papa 1 et de la femme GPA, avec l’accord de papa 2, et avec l’aide de l’équipe biomédicale”. Mais aussi au niveau de son identité de filiation, il devient l’enfant de papa 1 et de papa 2. On ne songe pas assez aux problèmes identitaires que tout cela va créer.

*Elle est notamment l’auteur de Famille à tout prix paru en 2008, aux éditions du Seuil
** Il est notamment l’auteur de Perdre un jumeau à l’aube de sa vie paru en 2013, aux éditions Erès

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