Dispute

18 janvier 2013. Un élève de 5e est blessé lors d’une agression au couteau près de Bourg-en-Bresse dans l’Ain. L’agresseur présumé est un collégien de 13 ans. Mis en examen pour violences avec arme dans l’enceinte d’un collège, le parquet a également décidé de retenir la préméditation.

Une affaire qui fait écho, dans une moindre mesure, à la fusillade de Newtown en décembre dernier, qui a fait 26 morts dont 20 enfants. Comment ces enfants ou ces jeunes adultes arrivent-ils à passer de la violence verbale à l’agression physique ? Et surtout, est-il possible de prévenir ce genre de comportement ?

Notre expert, Maurice Berger, chef de service en psychiatrie de l’enfant au CHU de Saint-Étienne et psychanalyste, répond à nos questions. Il est l’auteur de Soigner les enfants violents, paru aux éditions Dunod.

Psychoenfants : Quel regard portez-vous sur les récents événements ayant eu lieu en France et aux Etats-Unis ?

Maurice Berger : Quand je lis le déroulement des évènements aux Etats-Unis, j’ai le sentiment que les sujets jeunes qui commettent des meurtres multiples lors de fusillades présentent deux sortes de troubles psychiatriques : soit une forme de schizophrénie qu’on appelle « paranoïde » avec une perte de contact avec la réalité qui est ressentie comme menaçante. Soit une paranoïa avec un authentique délire de persécution, parfois suite à un échec scolaire qui entraîne un désir fou de se venger. Ce qui rend les actes de ces sujets aussi graves, c’est le fait qu’ils aient à leur disposition des armes perfectionnées. Je pense qu’on aurait le même genre de scénarios en France avec de telles armes en vente libre. Un sujet avec un couteau ne peut attaquer que peu de personnes avant d’être maîtrisé.

P.E. : Qu’est-ce qui peut pousser un enfant à passer de l’agression verbale à l’agression physique ?

M.B. : Les enfants, en particulier les garçons, présentent un niveau maximal d’agression physique entre 18 mois et 2 ans, âge auquel la marche libère leurs mains et leur permet de frapper, puis cette violence décroît jusqu’à l’âge de 4 ans. Il y a un problème lorsque cette violence est très intense, dure pendant plusieurs mois, survient par flashs brusques, et/ou persiste au delà de 4 ans. L’agression physique survient quand un enfant est débordé par les sentiments qu’il éprouve : impuissance à faire prendre en compte ses besoins, forte jalousie, impulsivité anormale, sentiment d’impunité lié au fait d’agir en groupe. L’entrée dans l’adolescence est un facteur favorisant, parce qu’une violence plus ancienne s’exprime avec plus de force physique, et parce qu’à cette période les pulsions sont plus difficilement maîtrisables.



P.E. : Vous dites dans votre livre que les enfants ne sont apparemment pas sujets à la culpabilité, comment expliquez-vous cela ?

M.B. : C’est un problème majeur car sans sentiment de culpabilité, il se produit presque toujours une récidive. Ce sentiment se construit dans les deux premières années de la vie et nécessite de pouvoir considérer l’autre comme distinct de soi. Or nos recherches montrent que les sujets violents ont un schéma corporel très perturbé du fait d’un maternage inadapté et qu’ils n’établissent pas de différence claire entre eux et autrui. Il faut aussi qu’ils aient pu ressentir de la sollicitude de la part de leur environnement, et qu’ils aient rencontré des interdits cohérents, ni excessifs, ni aberrants. Ceci montre que la violence est le résultat de processus psychiques complexes qui n’ont rien à voir avec les discours politiques et sociologiques habituels.

P.E. : Comment prévenir ce type de violences ?

M.B. : Si les parents sont mobilisables, on peut les aider à proposer un environnement plus adapté qui permette à l’enfant de mieux contenir sa violence. Un élément essentiel consiste à jouer à trois, c’est-à-dire avec eux et avec leurs enfants petits, car le jeu permet de transformer la violence en « faire semblant ». Il faudrait des « brigades » de professionnels joueurs, en sachant que le jeu ne doit pas comporter d’excitation physique. Les résultats sont probants. Mais certains parents sont incapables de progresser et dans ces cas graves, il faut alors envisager que l’enfant soit séparé d’eux. En France, les enfants sont très insuffisamment protégés dans de telles circonstances.

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