Enfant Ecoles-1

Le ministère de l’Education a publié mardi 15 janvier une circulaire pour renforcer l’accueil des tout-petits à l’école et «favoriser la réussite scolaire».

Réduire l’échec scolaire. C’était l’une des promesses de campagne de François Hollande lors de l’élection présidentielle. Neuf mois après l’accession de ce dernier à la tête du pays, le ministère de l’Education Nationale vient de publier une circulaire qui permet aux parents de scolariser leurs enfants de moins de 3 ans. Le but étant que 30% d’enfants de moins de 3 ans soient scolarisés avant 2015. L’objectif est cependant loin d’être atteint. En 2011, moins de 12% des enfants de cette classe d’âge allaient à l’école.

Résorber l’échec scolaire

Le projet de loi pour la refonte de l’école vise à favoriser la réussite scolaire des enfants de milieux défavorisés. Pour cela, elle sera développée en priorité dans les écoles situées dans un environnement social défavorisé ainsi que dans les départements et régions d’outre-mer. Mais au-delà des promesses électorales, est-ce une bonne chose pour les petits ?

Nicole Catheline, pédopsychiatre spécialiste des difficultés scolaires et auteure entre autres de La crèche ou l’école pour les 2 ans, nous a donné son point de vue.

PsychoEnfants : Quels sont les enjeux d’une scolarisation dès 2 ans ?


Nicole Catheline : Les enjeux politiques sont bien différents des enjeux psychologiques et développementaux. Une scolarisation à 2 ans est totalement différente pour l’enfant d’un système de garde en crèche ou en halte-garderie.

PE : En quoi est-ce différent ?


N.C. : Dans le projet d’apprentissage que l’on trouve à l’école. C’est un rythme imposé. À cet âge-là, personne ne grandit de la même façon et au même rythme. Il y a beaucoup de décalage et de différences au niveau des enfants. Il y a de l’hétérogénéité dans toute période de croissance. C’est le cas dans la toute petite enfance et au moment de l’adolescence. Tel enfant de 2 ans supportera telle contrainte quand un autre ne le pourra pas. À la crèche, si un enfant veut dessiner, il dessine sinon il ne dessine pas, à l’école on lui dira « finis ton dessin ».



P.E. : Quels seraient donc les avantages et les inconvénients d’une scolarisation plus précoce ?


N.C. : Il est toujours positif pour l’enfant de vivre une expérience de socialisation. Cela lui permet de s’ouvrir à la rencontre, au partage. Mais la scolarisation reste une contrainte. Ce n’est pas comme un lieu de garde où on laisse l’enfant se développer et évoluer à son rythme.
 Une scolarisation implique tout de suite un objectif d’apprentissage. On va contraindre l’enfant à des séquences, à une concentration. Certains ne sont pas prêts. Il y a aussi une question de temps : pour un enfant de 2 ans, même s’il y a des aménagements, une journée c’est long. Il y a donc en plus de cette contrainte, la longueur de cette contrainte.

PE : Quelle différence peut-on établir entre la scolarisation à 2, 3 ou 4 ans ?

N.C. : Il y a une différence fondamentale en terme de développement et de croissance. Ils ne se développeront jamais autant au cours de leur vie qu’entre 2 et 3 ans. Au niveau du développement psychologique, relationnel, du langage… Il y a vraiment des progrès inouïs, une maturité qui va se gagner à cette période, et qui n’a rien à voir avec deux années dans l’enfance ou à l’âge adulte.

P.E. : Selon vous, une scolarisation précoce ne serait donc pas bénéfique… 


N.C. : L’être humain est éminemment adaptable. La question est « qu’est ce que notre société attend de l’école ? Des individus ? »  Si elle attend des individus performants, précocement confrontés aux apprentissages et autres, alors qu’on les mette tous à 2 ans à l’école. Si elle attend des enfants plus épanouis et non formatés alors elle ne fera pas une école à 2 ans. C’est un choix de société pour lequel les citoyens doivent se prononcer. Ensuite les enfants s’adapteront. Mais on aura la société que l’on aura choisie.

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