mariage1Selon un sondage du CSA pour BFMTV datant de jeudi 10 janvier, la majorité des Français interrogés sont opposés à l’idée d’aborder le mariage pour tous sous forme de débats à l’école.

L’enquête d’opinion révèle que 54% des 1002 personnes interrogées pensent que les débats entre élèves et professeurs sur le mariage homosexuel serait « une très mauvaise ou plutôt une mauvaise chose ». 33% ne sont pas d’accord dont 27% pensent que ce serait « plutôt une bonne chose » et 6% « une très bonne chose ».

Une lettre qui fait beaucoup de bruit

Ce sondage donne la parole aux Français après le conflit datant du vendredi 4 janvier entre le Ministre de l’éducation Vincent Peillon et le secrétaire général de l’enseignement catholique, Eric de Labarre. Ce dernier a été rappelé à l’ordre pour avoir envoyé le 12 décembre une lettre aux 8 300 chefs d’établissements privés. Dans celle-ci, il leur demande de « prendre les initiatives qui paraissent localement les plus adaptées pour permettre à chacun l’exercice d’une liberté éclairée à l’égard des choix aujourd’hui envisagés par les pouvoirs publics. » Ce courrier souligne aussi le fait que « la reconnaissance de la différence des sexes et l’accès à ses origines (sont) des droits essentiels pour permettre à chaque jeune de construire son identité et sa personnalité ».

Une manifestation suivie

Malgré son opposition au projet de loi sur le mariage pour tous, le secrétaire général de l’enseignement catholique a veillé « au respect des personnes accueillies dans nos établissements, quelles que soient leurs histoires familiales ». Une lettre désignée comme une « faute » par Vincent Peillon qui craignait du prosélytisme anti-mariage homosexuel quelques jours avant la manifestation contre le mariage pour tous de dimanche 14 janvier. Les chiffres varient mais ils étaient nombreux à manifester: 340 000 selon la police et 800 000 selon les organisateurs.

PsychoEnfants a interrogé Michel Fize, sociologue et spécialiste des questions de l’adolescence, de la jeunesse et de la famille.

PsychoEnfants : Les enfants sont-ils aptes à comprendre le sujet du mariage pour tous ?

Michel Fize : Je pense qu’il faut faire une différence selon l’âge des élèves. S’agissant des lycéens, le débat est possible et peut être utile mais cela ne signifie pas qu’il faut impérativement en faire sur ce sujet-là précisément. C’est sans doute un peu plus compliqué pour les collégiens mais pourquoi pas avec les élèves de 3e. Les enfants de primaires sont trop petits, c’est un sujet inapproprié qui dépasse « leur entendement ».

P.E. : Le sujet du mariage pour tous peut-il être abordé avec des élèves ?

M.F. : L’école découvre soudainement qu’elle peut être « intelligente » en faisant des débats plutôt que de « gaver » les élèves de connaissances multiples et variées. Ce qui est embêtant est de commencer la vie de cette « nouvelle école intelligente » par un sujet sensible comme le mariage pour tous. On pourrait choisir un autre thème comme la pauvreté en France afin d’interpeller les élèves sur cette question. Cela reste difficile de se positionner sur la question des débats à l’école : Si on les interdit, cela veut dire qu’on reste dans l’idée que les élèves n’ont pas ce droit à débattre sur des sujets de société. Si on les accepte, il faut évidemment en pauser très clairement les termes.

P.E. : Les professeurs sont-ils qualifiés pour aborder ce sujet ?

M.F. : Tout d’abord, je ne pense pas que le mariage homosexuel soit un sujet de conversation entre les élèves. Ils sont dans un « autre monde » et vivent d’autres choses que les sujets d’actualité. Néanmoins, si les enseignants et professeurs sont amenés à aborder un tel sujet, ils doivent le faire avec beaucoup de tact. Le débat doit être composé d’arguments et ne pas être sur le schéma du « pour ou contre » qui pourrait créer la polémique.

P.E. : Existe-t-il des risques lorsqu’on importe de tels sujets de société à l’école ?

M.F. : Les risques concernent principalement les élèves de primaire qui sont trop jeunes pour comprendre un tel sujet. Ils sont dans un processus de construction identitaire avec des référents qui sont naturellement le papa et la maman. Si on vient introduire d’autres scénarios cela peut parasiter leur perception habituelle des choses.

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