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Il y a tout juste dix ans, le 9 janvier 2003, la petite Estelle Mouzin âgée de 9 ans disparaissait en revenant de l’école. La camarade de classe qui l‘accompagnait l’a vue pour la dernière fois à 500 mètres de son domicile. Depuis c’est le flou le plus complet. La famille d‘Estelle ignore ce qu’elle est devenue et s’efforce de vivre malgré sa disparition, malgré les pistes qui naissent et s’évanouissent aussi vite qu’elles étaient apparues.

Comment vivre malgré la disparition de son enfant ? Éric Mouzin, le papa d’Estelle, a témoigné dans notre magazine.

PsychoEnfants : 10 ans après, qu’est-ce qui vous donne encore la force de vous battre ?
Éric Mouzin : L’association Estelle s’est aperçue qu’il y avait des dysfonctionnements dans la prise en charge des familles d’enfants disparus… Ce qui motive notre association c’est d’améliorer également la situation afin d‘obtenir des moyens de prévention efficace. Bien sûr il est impossible d’avoir un risque zéro. Mais on peut faire plus d‘interventions auprès des enfants, et la société doit être plus responsable vis-à-vis de ses fous, de ses pervers.

P. E. : C’est-à-dire ?
É. M. : Il n’y a pas de possibilité de les détecter dans le parcours de santé classique, ni de les soigner quand ils sont en prison. Au lieu de cela on les relâche dans la nature.
Et puis, une fois que la disparition de l’enfant survient, on constate un autre dysfonctionnement de la société. Il est anormal que les parents doivent financer des affichages pour que l’on retrouve leur enfant. Il y a eu du progrès avec le 116 000, le numéro d’appel pour les enfants disparus, mais on a du mal à apprécier son efficacité. Est-ce vraiment connu du grand public ?

P. E. : Concrètement, qu’est-ce que l’association Estelle souhaiterait ?
É. M. : Notre association a proposé au ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, un équivalent d’une structure américaine qui suit les familles de façon individuelle, forme les enquêteurs, prend en charge l’affichage. Cette structure a une mission de lutte contre la cybercriminalité et cherche à identifier les photos des enfants disparus sur Internet. À ma connaissance, ceci n’existe pas en France. Le ministre nous avait répondu que ce n’était pas « pertinent ». Dans ce projet, nous parlions de reprendre le dispositif alerte enlèvement. Je vois aujourd’hui que c’est appliqué, c’est déjà une petite satisfaction.

P. E. : De nombreuses pistes se sont succédées, en vain. Comment vivez-vous ces faux espoirs ?
É. M. : On apprend assez vite à voir quand le déroulement d’une enquête n’est pas linéaire. Il faut qu’il y ait beaucoup de bons éléments pour que la piste reste plausible. J’essaye de me préserver des effets d’annonce qui sont souvent faits en janvier, mois où Estelle a été enlevée, et en mai au moment de la journée internationale des enfants disparus.

P. E. : Qu’y a-t-il de plus insupportable dans la disparition de son enfant ?
É. M. : Il n’y a pas un aspect plus insupportable qu’un autre. Dans le cas d’Estelle, nous avons à peu près une idée de ce qui s’est passé. Après, tout dépend de soi, si l‘on veut se faire des scénarios épouvantables ou si l’on préfère ne pas rentrer dans ce jeu destructeur.

P. E. : Comment fait-on pour vivre après un tel drame ? Où trouve-t-on de l’appui ?
É. M. : Je crois que mon ex-femme et ma fille aînée ont profité d’une aide psychologique. Mon fils a été pris en charge dans un CMPP (Centre Médico-Psycho-Pédagogique, Ndlr). Mais personnellement, je ne me rappelle pas que l’on m’ait proposé un suivi psychologique. Il est difficile de savoir aujourd’hui si cela aurait pu m’aider. En tout cas, je ne crois pas que la proposition de soutien psychologique soit spontanée.

P. E. : Est-ce le fait d’agir avec l’association qui vous permet de traverser cette épreuve ?
É. M. : Je pense, en effet, que l’action a été un substitut à l’aide psychologique. Mais en même temps, cela m’a peut-être détourné de l’aspect émotionnel…

P. E. : Est-ce que cela a changé votre façon de voir la vie ?
É. M. : Non, pas vraiment. Mais toute la famille a fait des efforts pour ne pas offrir une seconde victoire à la personne qui a enlevé Estelle. Il ne détruira pas notre goût de la vie.

P. E. : Cela a-t-il modifié votre comportement avec vos autres enfants ?
É. M. : Oui, je suis un peu différent avec eux. J’essaye d’être un père encore meilleur, d’être plus dans l’accompagnement que par le passé. Je suis moins dans l’aiguillon pour faire avancer que dans la récompense.

Adresses utiles :
www.116000enfantsdisparus.fr
www.association-estelle.org
Un numéro vert a été réactivé pour recueillir de nouveaux témoignages concernant l’affaire Estelle Mouzin : 0800 336 098.

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