Enfant Triste

Le monde entier s’est ému vendredi 14 décembre de la tuerie de Newtown, dans le Connecticut. Un homme de 20 ans, Adam Lanza, est entré dans l’école Sandy Hook et a abattu 26 personnes dont 20 enfants de 6 à 7 ans. Alors que l’Amérique fait le deuil de ses jeunes écoliers, que deviennent ceux qui ont survécu ? Comment réagissent-ils après avoir assisté à un tel drame ? Comment les aider à se reconstruire ?
Nos experts, Marc Ferrero, psychologue clinicien, et Jean-Luc Aubert, psychologue spécialiste de l’enfant et de la famille, répondent à nos questions.

PsychoEnfants : Quel genre de conséquences un tel drame peut-il avoir sur un enfant ?

Jean-Luc Aubert : Tout dépend de l’enfant concerné. S’il est anxieux, par exemple, il est déjà fragilisé et ce traumatisme va se surajouter à son anxiété de base. Cela peut donc générer des troubles de type somatique (maux de ventre, maux de tête…) ou des troubles comportementaux (agitation extrême ou, à l’inverse, inhibition…). En revanche, un enfant sans souci particulier sera déstabilisé, mais il s’en remettra, surtout s’il est bien accompagné.

Marc Ferrero : Tout d’abord, il s’agit d’un traumatisme affectif que l’enfant subit sans en comprendre les tenants et les aboutissants tout en tenant compte de l’âge qui induit une maturité psychologique et intellectuelle différente.
Plus l’enfant est grand, plus on peut mettre des mots et à distance les événements qui ont entraîné larmes, peurs et incompréhensions et constats de la disparition sans retour des camarades morts. Les enfants survivants vont voir apparaître des cauchemars, des crises émotionnelles, des insomnies puis plus tard des angoisses ou des phobies dont celles de sortir, d’aller à l’école ou de rencontrer certaines personnes. L’enfant va devenir anxieux… Il sera sur ses gardes, peut devenir agressif et avoir des manifestations somatiques de type : fatigue, troubles digestifs ou encore des troubles de la mémoire ou de la concentration.
Ce qui fait le caractère anxiogène de cet événement, c’est l’imprévisibilité de la situation, la surprise, sa brutalité, l’absence de contrôle que l’enfant ou les adultes ont sur cet épisode.

PE. : Comment ses parents peuvent-ils l’aider à se reconstruire ?

J-L. A : D’abord en écoutant l’enfant. Ensuite en évitant de dramatiser ou de scénariser l’événement ce qui le rendrait plus angoissant encore. En effet, on constate qu’au-delà d’un traumatisme, la façon d’en parler, de le teinter de ses propres angoisses, peut le rendre plus angoissant encore. On ne fera pas non plus du forcing en l’interrogeant. En revanche, on peut l’inviter à dessiner et à s’exprimer sur son dessin. En tout état de cause, il faut être attentif au moment où il a envie de parler et répondre à ses questions de façon simple, courte et précise. Il est inutile de faire de longs discours : s’il a besoin de précisions, il les demandera.

M.F : L’aide que les parents peuvent fournir réside d’abord dans le fait de permettre à l’enfant de parler et de lui fournir les plages le lui permettant avec une écoute bienveillante et attentive. Savoir accepter les réactions de l’enfant auxquelles on n’était pas forcément habitué : agressivité, anxiété, peur, refus de manger, troubles du sommeil,… Proposer également d’autres lieux de paroles si les parents se sentent dépassés ou peu à même de gérer la situation de l’enfant car, de fait, il s’agit d’un traumatisme particulièrement sévère en raison de la gravité de l’événement et du nombre d’enfants disparus qui étaient ses camarades.

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