Redoublement

L’APEL, association de parents d’élèves de l’enseignement libre, a demandé au ministre de l’Éducation Nationale de prévoir la « suppression du redoublement au primaire » dans son projet de loi sur la refonte de l’école.

La France détient le record du taux de redoublement des pays de l’OCDE*. Caroline Saliou, présidente de l’APEL, attire l’attention sur le sort réservé aux enfants en difficulté scolaire : « On se rend compte que l’école française fonctionne avec les meilleurs et que, quand on n’est pas dans le moule, on est laissé sur le bas-côté ». Se pose donc la question de l’efficacité du redoublement. D’après un sondage réalisé par OpinionWay pour l’association, on apprend que parents et enseignants sont mitigé sur l‘intérêt du redoublement. Pour 77% des parents, le redoublement pourrait être remplacé par une autre forme de soutien. S’il permet de rattraper un retard, beaucoup considèrent qu’une aide personnalisée et adaptée serait plus bénéfique à l’enfant en difficulté. Le redoublement est aussi une phase difficile mentalement : 59% pensent que « le redoublement est dévalorisant pour l’élève et crée un sentiment d’échec ».  Un échec qu’il est parfois difficile de surmonter à cet âge.

La psychologue Vanessa Lalo répond à nos questions afin de bien cerner les raisons d’un redoublement et apprendre à le gérer.

PsychoEnfants : Selon vous, le redoublement est-il une bonne chose en soi?
Vanessa Lalo : Nous ne pouvons en aucun cas établir de généralisations tant les raisons au redoublement et les profils diffèrent. S’il peut être très bénéfique pour certains, son impact pourrait s’avérer désastreux pour d’autres. Tout dépend du profil de l’élève. Certains auraient risqué la spirale de l’échec s’ils n’avaient pas redoublé, d’autres n’y ont malheureusement pas trouvé le salut attendu. Ce que je constate avant toute chose, ce sont les difficultés des établissements eux-mêmes. Le manque de personnel d’encadrement, d’orientation et d’accompagnement psychologique, est criant, rendant ainsi les décisions quelque peu arbitraires.
P. E. : Mais alors comment distinguer un « bon » redoublement d’un « mauvais »?
V.L. : Il convient en premier chef, d’identifier les causes aux mauvais résultats de l’élève. Elles peuvent être multiples. Les difficultés rencontrées sont-elles d’ordre intellectuel et/ou émotionnel? Relèvent-elles de problèmes de stabilité rattachés à l’environnement familial et/ou amical? Y a-t-il une fragilité d’ordre psychologique? C’est pourquoi il est nécessaire d’établir un diagnostic très précis au cas par cas, car on a trop souvent tendance à mettre les enfants dans des cases. Par ailleurs, on ne peut faire redoubler un élève sans en avoir mesurer l’impact psychologique. C’est trop important. Dans tous les cas, les décisions ne doivent pas freiner le développement de l’élève.

P.E. : Y a-t-il un type d’élèves pour lequel le redoublement peut s’avérer être un atout ?
V.L. : Il peut être profitable pour des élèves dits immatures ou alors d’autres ayant présenté des difficultés à se situer par rapport aux autres élèves de leur classe. A noter cependant que ceux-là ne constituent qu’une tranche infime du panel concerné.
P.E. : Un type d’élèves pour lesquels le redoublement pourrait s’avérer néfaste ?
V.L. : Pour les « surdoués » notamment. Malheureusement, faute de ne les avoir diagnostiqués à temps, on tend à les mettre dans la même case que les mauvais élèves. Or il ne s’agit en aucun cas de cela. Bien au contraire. Le travail demandé étant bien en-dessous de leurs capacités intellectuelles. A noter également le cas des élèves turbulents. S’ils n’investissent pas leur redoublement comme une seconde chance mais comme une sanction, il est fréquent qu’ils reproduisent le même schéma en amplifiant l’échec. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on évite de les faire redoubler et qu’on préfère opter pour le transfert vers un autre établissement, pour changer d’environnement.
P.E. : Comment faire du redoublement une étape profitable de la scolarité de l’élève ?
V.L. : Il est important que l’élève puisse saisir cette seconde chance qui lui est offerte, qu’il puisse s’approprier sa scolarité. Mais surtout, il lui faut réaliser qu’il ne s’agit là en aucun cas d’une punition, mais d’une occasion unique de se hisser la tête hors de l’eau et de repartir d’un bon pied. Une manière aussi de reprendre confiance en ses capacités. Par ailleurs, le  rôle des parents est primordial. Il leur faut investir cette alternative positivement. A noter que le redoublement peut également être l’occasion pour l’élève d’élargir un champ d’activités extrascolaires jusque-là étouffé par les seuls cours en établissement scolaire.

* Organisation de Coopération et de Développement Économiques

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