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Selon une récente étude Ifop, 65% des personnes avouent consacrer de moins en moins de temps à leur famille. Un manque de temps qui interroge sur les répercussions
que cela peut avoir sur la relation parent-enfant.

Créer du lien, apprécier le moment. Si l’Homo Numericus en a besoin, il n’en a pas toujours le temps. Et pour cause : une majorité de Français assimilent de plus en plus leurs liens sociaux au milieu professionnel. C’est en tout cas ce que révèle une récente étude Ifop*. 65 % des personnes interrogées ont en effet affirmé consacrer de moins en moins de temps à leur famille.

Une fuite du temps ?
Les semaines se suivent. Certaines semblent longues, d’autres défilent sans prévenir. Travailler, circuler, acheter… Une fois lancée, la machine est difficile à freiner. Que deviennent les relations familiales dans cette course quasi quotidienne ? La question taraude, mais le rythme métro-boulot-dodo fait que l’on a justement pas souvent le temps d’y réfléchir. Quelles sont les conséquences sur le quotidien et l’éducation des enfants ? Comment le père, la mère et les enfants s’adaptent pour vivre avec leur temps ? Éléments de réponse avec Patrice Huerre, psychiatre des hôpitaux et psychanalyste**.

PsychoEnfants : Selon l’enquête, 38 % des personnes expliquent consacrer plus de temps à l’épanouissement individuel que familial. Existe-t-il pour autant un fossé entre la famille d’hier et celle d’aujourd’hui ?

Patrice Huerre : Je ne crois pas que les parents consacrent moins de temps à leur enfant. Les gens qui travaillent sont à la fois plus mobiles et plus occupés qu’avant. Mais ça n’empêche pas les vrais moments d’échange. Ces instants sont peut-être plus éparpillés dans la journée, prévus ou au contraire improvisés selon le quotidien. Mais l’enfant ne demande pas qu’on lui consacre un nombre d’heures précis. Ce dont il a besoin, c’est sentir l’adulte disponible. On peut passer une heure pleine avec l’enfant, active ou tranquille, « en tête à tête » ou à plusieurs. Ce temps court peut valoir une journée entière au regard de ce que l’échange apporte. Mais la relation familiale se construit et vit d’aléas bien propres à l’humain. En 1950 comme aujourd’hui, les humeurs, degrés de présences et quantité d’énergie dépendent des moments. Pour l’adulte comme pour l’enfant.

P.E. : L’enfant a besoin de passer du temps avec ses parents. Quelle est l’incidence sur la réussite éducative et l’épanouissement ?

P.H. : Les enfants d’hier et ceux d’aujourd’hui ont besoin de leurs parents. Les écrans et réseaux sociaux riment avec indépendance, mais ils ne sont en aucun cas l’origine d’une autonomie précoce. Entre les parents et l’enfant, dès les premiers échanges, tout passe par le regard, les mots, la présence. Une question de ressenti que le parent comme l’enfant doit pouvoir exprimer. C’est pour cette raison qu’il faut écouter ce que les jeunes ont à apporter. Prendre le temps avec eux revient à les laisser s’exprimer : leurs envies, leurs questions…

P.E. : Passer du temps avec son enfant, c’est jouer avec lui ?

P.H. : Les moments de concentration servent au développement de l’enfant. Prendre le temps pour jouer, sortir, visiter, stimule l’enfant. Parfois, il faut aussi savoir ne rien faire. Pouvoir rester tranquille révèle donc éveille une grande forme de sérénité.

P.E. Dans ce temps de partage avec l’adulte, le rôle des grands-parents est-il important pour l’enfant ?

P.H. : A la maison, l’autorité s’installe avec la complicité. Dans la relation parent-enfant, humour et répartie deviennent le socle de l’intelligence sociale. Ces facteurs relationnels se déclenchent aussi quand l’enfant entend des histoires sur ses origines. Avec les grands-parents, le rapport à l’autorité n’est pas le même. Les grands-parents inspirent à la fois le vécu et la douceur. L’enfant, lui, se trouve souvent captivé par cette personne âgée qui lui raconte comment c’était « quand papa était petit ». Il prend le temps, dans un contexte différent. La présence des grands-parents lui permet de prendre un peu de distance vis-à-vis du trio papa, maman et moi.

* Sondage IFOP publié le 29 novembre 2012, réalisé auprès d’un échantillon de 1 018 personnes âgées de 15 ans et plus du 9 au 12 novembre pour le colloque Vivre Ensemble.

** Patrice Huerre est l’auteur de Place au jeu (Nathan), disponible en version numérique, et Faut-il plaindre les bons élèves ? (Fayard).

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