En Chine, une mesure politique publiée ce mercredi 28 novembre dans le Daily China par Zhang Weiqing* propose d’assouplir la politique de l’enfant unique. Appliquée depuis 1979, cette loi, aujourd’hui chamboulée, autoriserait tous les couples à avoir un deuxième enfant. Jusqu’ici, seuls les parents eux-mêmes enfants uniques avaient ce droit.
Proposée pour pallier le vieillissement de la population, cette mesure pose la question du bénéfice sur l’équilibre familial et interroge sur la place de l’enfant au sein de sa famille. Patricia Chalon**, psychologue et vice-présidente de l’association Enfance Majuscule, apporte son avis éclairé sur la question.

Que pensez-vous de cette mesure qui autoriserait les familles chinoises à avoir deux enfants ?

Tout d’abord, je pense qu’il faut prendre cette mesure avec des pincettes. Quand sera-t-elle effective ? Sera-t-elle applicable partout ou seulement dans les campagnes ? Certaines grandes villes en seront-elles exclues ?

Cela dit, d’un point de vue humain et culturel, les chinois ont toujours aimé et vécu dans des grandes familles. Aujourd’hui, les termes « oncle, cousin, grande tante… » disparaissent du langage alors que les membres de la famille élargie avaient un rôle à jouer dans la transmission des valeurs, une place de choix en Chine.

Ce choix gouvernemental de l’enfant unique a donc été contre-nature pour les chinois ?

Oui, il a même été très douloureux, parce qu’avoir un seul enfant n’était pas dans la mentalité chinoise. Seuls ceux qui avaient les moyens pouvaient avoir un autre enfant, le mettre au monde à Hong Kong ou cela était permis. Et puis, comme les traditions culturelles passent par les garçons, ce sont eux qui transmettent le culte des ancêtres, c’étaient eux qui étaient privilégiés. Or, il était très douloureux pour les familles de se séparer des filles, d’autant que les avortements, n’intervenant qu’une fois le sexe connu, étaient souvent tardifs.

Quelles ont été les conséquences du choix de l’enfant unique ?

Un manque cruel de jeunes filles pour assurer la reproduction et une montée en puissance de la violence, du fait de l’absence des filles comme élément temporisateur, comme du fait d’un excès de testostérone dans la population. Aujourd’hui, le gouvernement cherche à promouvoir les filles, ce sont elles qui font toutes les campagnes publicitaires pour inciter les familles à garder les filles.

Concrètement, que va changer la possibilité d’un deuxième enfant ?

Aujourd’hui, les enfants uniques ont toute l’ambition, toute la réussite de la famille sur les épaules. Ils n’ont pas d’échappatoire et subissent une pression énorme avec une quantité d’activités extrascolaires énorme et une demande d’excellence dans tous les secteurs. Toute la famille est centrée sur l’enfant et fait n’importe quoi pour lui et il est demandé la même chose à l’enfant qui doit tout faire pour sa famille. Il est le seul garant de la réussite sociale. C’est très lourd à porter et pas très épanouissant.

Quelles en sont les incidences sur le développement de l’enfant ?

L’enfant n’a pas de vie propre, de désir propre, il apprend à vivre dans le désir de l’autre en même temps qu’on le comble, qu’on le gâte. Il en devient un petit roi à qui tout le monde est dédié et qui contracte une dette. On assiste également à une augmentation de l’obésité du fait de cette attention permanente des parents qui a donc pour corollaire chez l’enfant le devoir d’être à la hauteur, l’obligation de réussite. Une charge forte, le poids de la responsabilité familiale et donc pour l’enfant une absence d’insouciance et de liberté.

Qu’est-ce qu’un deuxième enfant va apporter aux familles chinoises sur le plan psychologique ?

Parents comme enfants vont se sentir plus libres, plus épanouis, plus en lien avec les traditions culturelles ancestrales. Les relations familiales et interindividuelles vont gagner en communication, en échange, en souplesse. Il y aura plus de filles, ce qui est une excellente nouvelle pour la survie des filles et une très bonne nouvelle pour l’équilibre social temporisé et pérennisé par une présence féminine qui se normalise. Enfin, la Chine pourrait à nouveau retrouver une de ses richesses culturelle : la transmission inter-générationnelle !

*  ancien responsable de la Commission de la population nationale et du planning familial

** Patricia Chalon est également l’auteur de De la bienveillance à la bientraitance, Marabout

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