« Un mariage pour tous » : le projet de loi adopté ce mercredi en conseil des ministres permettra aux couples homosexuels d’officialiser leur union. Sa validation à l’Assemblée Nationale est prévue pour janvier 2013. D’ici là, le débat s’alimente d’avis divergeants. Être homosexuel et faire famille : le point sur une avancée politique et sociétale, du pas en avant au grand écart.
Droit à l’adoption

Émulation médiatique, convoi législatif, le « mariage pour tous » regroupe plusieurs questions au sein d’un seul débat. Si l’union maritale est au cœur du projet, le désir d’enfants pose aussi question. Aujourd’hui en France, entre 24 000 et 40 000 enfants vivent avec deux mères ou deux pères*. Cette réalité, la loi française ne la prend pas encore en considération. En réponse, le projet « un mariage pour tous » intègre la possibilité pour les couples homosexuels d’adopter un enfant, de manière simple ou plénière. Dans les faits, il reviendra à chaque couple de supprimer ou non le lien de filiation entre l’enfant et sa famille biologique.

Autre point abordé dans le débat : le recours à la procréation médicale assistée (PMA)** qui pour l’instant reste écarté du texte adopté. Christiane Taubira, ministre de la défense et garde des sceaux, pointe le risque du recours aux mères porteuses***, pratique actuellement réservée aux couples hétérosexuels qui ne peuvent concevoir un enfant.  L’inégalité homme femme entre aussi en jeu. « La PMA ne peut pas s’appliquer aux couples masculins. Il y a donc inégalité » a précisé Christiane Taubira.

P comme parents

Vivre sous le même toit, nourrir une relation enfant parent, apporter un confort affectif : la famille d’aujourd’hui se définit par les relations entre ses membres, pas seulement dans le prisme de la filiation biologique ou du foyer nucléaire. En écho, la définition incomplète du mot père a récemment été récusée dans le dictionnaire.  L’adaptation du vocabulaire dans les procédures d’adoption est elle aussi à l’ordre du jour. Les pères et mères deviendraient parents, les maris et femmes seraient époux.

Pour des couples homosexuels, l’adoption à l’étranger interroge. En cause : la forte tradition catholique des pays frontaliers concernés. Une question se pose : celle de la possible réfraction de ces derniers devant les demandes adressées par un couple homosexuel. Pour autant, l’ouverture semble possible. En Espagne par exemple, pays ancré dans la religion catholique, le mariage homosexuel est légal depuis 2005. Si l’Eglise et la droite s’y opposent fermement, le gouvernement de gauche et 2 / 3 de la population espagnole s’accordent sur le mariage gay, les droits à l’adoption et la PMA.

Famille en mutation

En présentant le projet au conseil des ministres, une issue positive approche. Et pourtant, les Français semblent réticents face à l’avancée. C’est en tout cas ce qu’avance un sondage BVA publié samedi 3 novembre. En 2011, 63 % des français étaient favorables au mariage homosexuel, ils ne sont plus que 58 % en 2012. Frilosité ? L’heure d’avancer avec son temps a pourtant sonné. La revendication des couples homosexuels de faire famille a été entendue par le gouvernement.

Équilibre de l’enfant, identité sexuelle, rapport à l’autorité parentale ; sur ces points, les sphères religieuses et médicales affirment des positions divergentes.  Comment vivent les enfants élevés par un couple du même sexe ? Entre l’avis éclairé de pédopsychiatres et l’observation de la réalité, le désaccord se creuse sur le possible déséquilibre de l’enfant élevé par un couple homosexuel. Selon certains, aucun argument valable ne peut le justifier. D’autres au contraire avancent les risques de perturbations dans le développement de l’enfant, ce dernier ne grandissant pas avec un père et une mère.

Et pourtant …

Expliquer aux enfants pourquoi ils ont deux papas ou deux mamans, c’est leur donner les cartes pour comprendre, s’adapter et bien vivre la situation. « S’ils ont du mal à comprendre d’où ils viennent et pourquoi il leur manque un de leurs parents, surgit un sentiment de culpabilité : est-ce que je n’ai pas mérité d’avoir mon père ou ma mère ? » précise Christian Flavigny, psychanalyste et pédopsychiatre à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière de Paris. Si l’enfant accepte et comprend l’orientation sexuelle de ses parents, les questions sont normales et possibles au début de l’adolescence. Ces préoccupations se manifestent davantage dans les foyers homos parentaux : on grandit en s’imprégnant de l’environnement dans lequel on est élevé.

* Selon l’Institut National des Études Démographiques (INED).

** PMA : La procréation médicalement assistée (PMA) désigne l’ensemble des procédés médicaux qui permettent la rencontre d’un ovule et d’un spermatozoïde. On l’appelle également assistance médicale à la procréation. Deux méthode principales existent : l’insémination artificielle, et la fécondation in vitro (« les bébés éprouvettes »).

*** Mères porteuses, ou gestation pour autrui (GPA), est une méthode d’Assistance médicale à la Procréation (AMP) qui se pratique en cas d’infertilité. La mère porteuse porte l’enfant d’un couple qui a fourni ses embryons.

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