Insultes, intimidation, chantage… Le cyberharcèlement a fait trois victimes depuis la rentrée. En proie aux menaces publiques, ces adolescents, isolés et perdus, ont abrégé leurs jours, de peur des révélations. Comment le cyberharceleur procède-t-il ? Comment arrêter cette spirale infernale ?  Les explications de Justine Atlan, présidente de l’association e-enfance*.

Depuis la rentrée, pas moins de trois adolescents se sont donné la mort après avoir été victime de chantage sur les réseaux sociaux. Une jeune canadienne de 14 ans avait été poussé au suicide après avoir été victime de harcèlement sexuel et d’intimidation par ses bourreaux pendant des années. Ensuite, un adolescent breton a souhaité en finir. A seulement 18 ans, Gautier s’est senti pris au piège d’une femme rencontrée sur le web. Elle le menaçait de diffuser une vidéo le montrant nu, s’il refusait de la payer.

En Septembre, le même schéma insidieux, avec un adolescent de 14 ans. Victime de harcèlement à l’école et sur la toile concernant ses tendances homosexuelles, il avait, avant de se suicider, lancé plusieurs appels au secours, comme en témoigne un message vidéo enregistré :« ça va aller mieux, je le promets… »

 

Faire d’internet un lieu sécurisé

 

Plusieurs associations ont pris le problème au sérieux et ont mis en place desmesures de protection des enfants sur internet. En partenariat avec l’association e-enfance pour la France, l’union européenne a créé un programme, le « safer internet » qui coordonne et soutient les actions de plus de 30 pays pour faire d’internet un lieu sécurisé, en particulier pour les enfants. Dans chaque pays membre du programme existe un centre de sensibilisation (www.internetsanscrainte.com), une ligne d’accueil téléphonique (www.netecoute.com) ainsi qu’une plateforme de signalement

(www.pointdecontact.net), mise a disposition des jeunes internautes et de leurs parents.  Après ces drames à répétition, c’est Facebook qui a décidé d’agir en créant une nouvelle page au sein de son Centre de sécurité de la famille. En Mars dernier, le réseau social a donc présenté sa « résolution social », (des outils intégrés à un certains nombre de produits Facebook pour aider les jeunes face à l’intimidation sur le net). Ces outils comprennent, par exemple, une option « rapporter/supprimer » sur les photos, pour empêcher toutes dérives.

Justement, comment prévenir des dangers du harcèlement virtuel ? Justine Atlan, présidente de l’association e-enfance a répondu à nos questions.

 

PsychoEnfants : Comment caractérise t’on le cyber-harcèlement ?

 

Justine Atlan : Le harcèlement se caractérise de trois manières : il y a d’abord la volonté de nuire à quelqu’un, ensuite que cette volonté se répète dans le temps et en dernier lieu l’acte en lui-même, soit la diffamation, l’incitation au suicide, l’insulte, la menace, le non-respect des droits à l’image… Le harcèlement n’existe pas dans la loi en tant que tel, il faut donc le rattacher à ces infractions pour le caractériser. Sur les réseaux sociaux il s’agit souvent de créer un faux profil, usurper l’identité, « pourrir » un mur comme disent les ados, c’est à dire insulter quelqu’un sur un profil public, donc visible de tous.

 

PE : Y a t’il un profil type, des signes d’un cyber-harceleur ?

 

J.A. : C’est surtout l’acharnement répété qui mène à la persécution. Ce n’est donc pas une personne qui une fois est malveillante. Le harceleur a uniquement l’intention de malmener la victime. Il y a réellement une volonté de destruction très forte. Neuf fois sur dix, les harceleurs se trouvent dans le collège de leur victime. Il y a souvent une défaillance en matière d’identification du harcèlement. On peut invoquer la raison du manque de personnel mais aussi le fait que la victime a honte du phénomène et le cache. Elle fait donc en sorte que ça ne voie pas.

 

PE : Quelle part de responsabilités ont les adultes, les parents ?

 

J.A. : Il ne faut pas accabler les parents. La part de responsabilité est plutôt celle des adultes encadrants et référents dans les établissements scolaires.  Il faudrait donc qu’il y ait une vigilance accrue de la part des enseignants, des encadrants. Tenter de repérer ces élèves susceptibles d’être victime par leur manière de s’isoler, de se renfermer, ce qui pourrait se manifester par des résultats en baisse ou un absentéisme nouveau dû à l’appréhension. Les parents ne visualisent pas forcément la solitude de leurs enfants, en revanche ce qu’ils peuvent voir c’est l’enfant qui a des symptômes physiques (mal de ventre…) qui le pousse à manquer l’école. Il y a aussi tout un travail de prévention à faire, pour qu’ils comprennent qu’ils doivent être identifiés pour que l’on puisse les aider.

 

PE : Quels sont les recours pour stopper le cyber harcèlement ?

 

J.A. : Sur la plupart des sites, on trouve des procédures de signalement mises en place. On peut donc signaler un « profil harceleur » ou prévenir d’une nuisance. Le harceleur recevra un rappel ou se verra faire fermer son profil. Dans les établissements scolaires, il doit y avoir un travail de vigilance pour repérer les harceleurs et les victimes, et procéder à des convocations des élèves nuisibles. Nous, l’association E-enfance, avons conclu un partenariat avec le ministère de l’éducation. Notre mission est de proposer des modules de prévention dans les établissements scolaires à destination des élèves mais aussi des professionnels de l’éducation et des parents. Nous avons des numéros verts (net écoute, numéro vert national sur la protection des mineurs sur internet) mis à disposition des élèves et des adultes mais aussi des professionnels qui y ont une entrée réservée, pour les aider à prendre en charge des cas de cyber-harcèlement. Il s’agira donc de supprimer sur la toile les manifestations du harcèlement, assurer le suivi et dans les cas extrêmes, avoir recours à la justice pour cyber-harcèlement si vraiment les choses vont trop loin.

 

 
PE : Aujourd’hui la vie de nos enfants est envahie par le virtuel. Ils vivent sur Facebook, se font des amis via les réseaux sociaux… Quels sont les pièges à éviter ? Comment les prévenir ?

 

J.A. : Premièrement, il faut que nos ados gardent en tête qu’ils sont dans une sphère ou ils ne savent pas qui ils ont en face d’eux. Ensuite, qu’ils prennent conscience que tout ce qu’ils mettront en ligne, que ce soit des photos ou des données personnelles, sera irrécupérable. S’ils ont ces deux idées en tête, les bons comportements suivent.  Donc, on ne donne pas de numéro, d’adresse, on ne se met pas en scène dans des situations qu’on risque de regretter. On ne se met pas en relation via webcam avec des gens rencontrés sur la toile, car on ne sait pas ce qu’il se passe de l’autre coté. Les images peuvent être enregistrées, diffusées… A l’âge des premiers amours et des amitiés passionnelles, on retrouve souvent des cas où à un moment, la victime  a donné un peu trop d’elle-même en confiant des secrets ou en montrant des images intimes. Avant d’arriver à la personne voulue, l’image passe par des tuyaux d’informations que l’on ne maitrise pas. La meilleure façon de se protéger est de ne rien publier d’intime. Il faut que les adolescents comprennent qu’internet n’est pas une zone d’intimité.

 

* association reconnue d’utilité publique et agréée par l’éducation nationale. Elle aide parents et enfants à profiter d’internet en toute sécurité.

Publicités