» Le Ranch « Le Ranch

Mercredi 31 octobre, la chaîne TF1 diffusera le premier des 26 épisodes du dessin animé « Le Ranch ». Le Pitch ?  Léna et ses meilleurs amis ont réaménagé le ranch de son grand-père afin d’accueillir Mistral, un cheval fougueux et sauvage. Grâce à sa persévérance et ses talents de « chuchoteuse », elle parviendra à apprivoiser ce bel étalon. Ensemble, ils vivront de belles aventures… L’occasion de s’interroger sur le rôle d’un animal de compagnie dans le développement de l’enfant. Les explications de Stéphanie Fourneraut, psychologue clinicienne*.

PsychoEnfants : L’histoire du « Ranch », c’est un peu « s’il te plaît apprivoise-moi » du petit Prince ?

Stéphanie Fourneraut : Dans les deux histoires, la relation humaine est construite par l’enfant qui apprivoise son entourage, son environnement. Dans le Petit Prince, tout l’échange repose sur le rapport adulte / enfant, à travers un langage simple. Pour l’enfant, c’est un moyen d’entrer en contact avec l’adulte qu’il admire. Pour l’aviateur, quelque part surpris par sa fibre paternelle, ce langage d’enfant lui ramène à sa propre enfance. C’est justement ce rapport aux choses simples de la vie que l’on trouve dans le dessin animé « Le Ranch ». Lena, l’héroïne passionnée d’équitation, passe le plus clair de son temps avec son cheval et ses amis. La relation entre la jeune fille et l’animal s’établit sur la confiance dès le départ. Dans le Petit Prince en revanche, le lien est plus complexe, moins naturel peut-être.

P. E. : Quels sont les liens qui unissent ce cheval à Lena, l’héroïne du « Ranch » ?

S. F. : En trois mots : l’amour, le respect et la confiance. Le cheval ne porte pas de jugements sur l’enfant, il n’a pas d’attentes. Il n’a pas non plus de mots pour verbaliser l’échange. Du coup, la jeune fille s’exprime, agit comme elle l’entend, sans peur du non, sans appréhension du cadre parental. Quand l’enfant regarde un dessin animé, il a besoin de se détacher de l’œil de ses parents, d’entrer dans son monde. Là où la pédagogie se tient dans un dessin animé, c’est quand elle véhicule des valeurs et des codes sociaux que les parents transmettent aux enfants dans leur éducation.

P. E. : S’occuper vraiment d’un cheval (ou de tout autre animal), est-ce un bon moyen de quitter « l’égocentrisme » de l’enfance, le principe de plaisir immédiat, et de se tourner vers l’Autre ?

S. F. : Nourrir un cheval, le monter, le soigner, c’est un plaisir qui fait grandir l’enfant. S’occuper veut dire maîtriser et accepter. En considérant la force et / ou la douceur de Mistral, Léna prend conscience des limites à ne pas dépasser. Elle ne pense pas qu’à son propre désir : monter à cheval et le caresser à tout va. Dans la réalité, c’est la même chose. En grandissant, l’enfant va concentrer ses intentions envers l’animal, prendre conscience de ce qu’il peut apporter aux autres, de ce qu’il peut recevoir des autres.

P. E. : Quand on parle du lien enfant-animal, on parle de réciprocité dans l’échange. Pouvez-vous nous éclairer sur cette notion ?

S. F. : Avec l’animal, le lien est spontané. L’enfant se donne pour le bien-être du cheval. C’est un bon support pour exprimer l’affection, mais également pour se confronter à la force, à  l’autorité. Face à l’animal, l’enfant doit maîtriser son énergie. Sinon, le cheval, physiquement plus puissant, peut prendre le dessus. En parallèle, l’enfant, plus fragile, doit être assez sûr de lui pour que l’animal se sente en sécurité. C’est à partir de cet équilibre à trouver que les rapports d’autorité et de confiance sont possibles entre l’enfant et le cheval. Cette relation est la même que celle entre les parents, qui est basée sur la confiance, avec un respect mutuel, permettant ainsi aux parents d’assoir leur autorité.

P. E. : En quoi le contact d’un animal (cheval, chien, chat…) joue un rôle dans le développement de l’enfant ?

S. F. : L’enfant se construit avec un animal car il en devient doucement responsable, en aidant ses parents dans les soins. Pour les petits de moins de trois ans, le lien est surtout tactile, moteur, l’animal est comme une peluche pour l’enfant. En grandissant, l’enfant se sent bien avec l’animal, alors il s’organise pour faire le mieux possible. L’animal est un compagnon de jeu avec qui l’enfant apprend la frustration mais aussi des limites. Il développe ainsi son langage, son imaginaire dans les jeux avec l’animal. Il apprend à canaliser son énergie. Il peut reproduire dans le jeu avec son animal les phrases dites par ses parents (« non ne fais pas cela… ») et ainsi mieux les intégrer.

P. E. : L’attachement de l’enfant à un animal le rend-il plus autonome ?

S. F. : Cette prise de conscience indirecte de l’autorité et de l’attention rend certainement l’enfant plus sûr de lui. En guidant un animal et en le caressant, l’enfant affirme ce qu’il ressent, ce qu’il est. Il est donc plus sûr de lui, plus serein, autonome. Dans les familles, il arrive que l’enfant ait du mal à accepter l’arrivée d’un animal parce qu’il a peur d’être remplacé. La compagnie d’un chien ou d’un chat par exemple, peut également donner à l’enfant une idée précise des repères et rôles familiaux.

P. E. : L’animal fait généralement partie de l’univers des enfants. Dans les livres, en peluche, à la maison, dans les champs. Comment expliquez-vous que les enfants n’aient pas tous les mêmes besoins de contact avec l’animal ?

S. F. : Beaucoup d’enfants fonctionnent à l’affectif, dans la famille ou à l’école par exemple. Selon la personne qui se trouve en face de lui, l’enfant peut avoir peur, être inquiet ou tout simplement se sentir intrigué par la différence, par quelque chose qu’il ne connaît pas. Tout dépend donc de l’environnement dans lequel vit l’enfant. La plupart éprouvent ce plaisir à échanger avec l’animal. Mais quand ils n’en ont pas l’habitude, ou qu’ils n’ont pas trop confiance en eux, les pas restent plus difficiles à faire. C’est là que la présence d’animaux dans l’environnement est bienfaisante : l’animal va vers l’enfant parce que l’enfant va vers l’animal.

P. E. : Dans le cas de troubles comportementaux chez l’enfant, jugez-vous efficace d’intégrer un travail avec l’animal au suivi psychologique ?

S. F. : Accompagner les déficients moteurs ou mentaux via le lien avec l’animal permet de leur faciliter beaucoup le quotidien. Sur le plan psychologique, écouter et parler est essentiel pour un enfant perturbé sur le plan psychologique. À côté, le lien avec l’animal rend l’enfant actif, maître de ce qu’il fait ; une prise d’initiative qui ne peut que lui servir. Un enfant fragile, lui, a besoin d’avoir un rôle, de se sentir utile. Un exemple : l’hyperactivité et l’hypoactivité sont deux troubles opposés. Et pourtant, la médiation par l’animal a des bienfaits dans les deux cas. Elle stimule et apaise. Selon les besoins de l’enfant, le gabarit et la force de l’animal doivent être adaptés.
* chargée de valider les programmes jeunesse de TF1, avis avant achat et diffusion des programmes, conseil auprès des conseillers artistiques aux différentes étapes de la construction d’une série.

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