C’est sans autorisation que le premier centre de natalité aquatique en France doit ouvrir ses portes à Guingamp le 17 Novembre. Si l’Agence régionale de santé de Bretagne s’oppose à l’ouverture, son promoteur, le docteur Thierry Richard refuse de baisser les bras.

Une démarche isolée 

« Il est dans une démarche isolée. On ne le laissera pas faire ». Ce sont les mots d’Hervé Goby, directeur de l’offre de soins et de l’accompagnement à l’ARS (Agence régionale de santé) de Bretagne. Ses services suivent avec beaucoup d’attention l’avancée du projet du Docteur Richard. Baptisé Centre Semmelweis, ce centre de naissance aquatique doit ouvrir ses potes les 17 et 18 novembre, dans un local de 130m en face de la sous préfecture guingampaise. Si ce centre est vu d’un mauvais œil par les autorités régionales, c’est que Thierry Richard a entrepris cette démarche sans autorisation pour ouvrir un établissement de soins. Ses détracteurs dénoncent l’insécurité des futures patientes. La menace de fermeture du centre et une amende de 150 000 euros ne semblent pourtant pas décourager ce docteur ambitieux, bien décidé à faire naitre les bébés dans l’eau.. A ce jour, il a réalisé 200 naissances de ce type, en milieu hospitalier. Trois naissances seraient déjà programmées en décembre dans son centre. Il a répondu aux questions de la rédaction :

PsychoEnfants : Parlez nous tout d’abord de ce projet d’ouverture du premier centre de naissance aquatique…

Thierry Richard : Comme son nom l’indique, il s’agit d’un centre exclusivement réservé aux accouchements dans l’eau. Pour cela, j’y pratiquerai ma méthode avec la baignoire que j’ai conçue pour ces accouchements,  qui à mon sens présente davantage de sécurité. Ce n’est ni une clinique ni une maternité. C’est un centre qui pratiquera les mêmes accouchements que pour les « accouchements à domicile », mais amélioré et sécurisé.

P.E. : Accoucher dans l’eau n’est une pratique nouvelle puisqu’on peut le faire en milieu hospitalier, comme vous l’avez vous même déjà fait. Quels sont donc les arguments qui poussent l’ARS à vous refuser ce projet ? Quel est ce flou juridique dont vous parlez ?

T. R. : C’est un concept nouveau pour eux. Ils considèrent que j’ouvre une clinique, un établissement de santé avec bloc opératoire, service de réanimation néo-natale etc… Cela nécessite effectivement des autorisations. Mais je suis gynécologue obstétricien, je peux faire des accouchements en dehors d’un centre hospitalier. Là, je propose un système d’accouchement à domicile, je n’ai donc pas d’autorisation à demander. Ce n’est pas un cabinet médical mais un local associatif ou les membres décident d’accoucher de cette manière. Il y a incompréhension. La 4ème journée de naissance aquatique aura d’ailleurs lieu le jour de l’inauguration du centre. Nous sommes dans un état de droit, les accouchements à domicile sont légaux et autorisés. A partir de là, nous avons des hommes de lois qui nous protègent et nous assurent pouvoir ouvrir ce centre en toute légalité.

P.E. : En quoi votre méthode d’accouchement est-elle innovante ?

T. R. : La baignoire que je propose n’a rien à voir avec celle utilisée dans le monde entier. Nous avons une génération d’avance sur ce que proposent les autres centres d’accouchement aquatique. En terme de sécurité mais aussi de confort, avec la position accroupie qui est beaucoup plus physiologique que dans les baignoires que l’on propose habituellement.

P.E. : Quels sont les avantages d’un accouchement aquatique pour les futures mamans ? Y’ a t’il des conditions ? Une préparation spécifique ?

T. R. : La préparation pour tout accouchement est toujours souhaitable. Les avantages sont simples : élasticité augmentée au niveau du périnée, durée du travail divisée par trois, moins de péridurale, de forceps… Cette baignoire peut servir également pour les accouchements un peu plus compliqués. Mais en France nous avons beaucoup de retard sur ce système d’accouchement très répandu dans les autres pays d’Europe.

P.E. : Avez vous d’autres gynécologues qui vous soutiennent et vous accompagnent dans ce projet ?

T. R. : En France, seule une centaine de centres pratiquent ces accouchements, ce qui est très réduit. Notre congrès doit permettre justement de réaliser un état des lieux de la France, concernant les accouchements aquatiques. J’ai invité également deux médecins d’Amsterdam, sur qui nous avons calqué notre méthode. Ces deux intervenants viendront nous parler afin de mettre un peu le doigt sur ce retard.

P.E. : Qui s’occupera de ces mamans une fois qu’elles auront accouché, au sein de votre centre ?

T. R. : Je m’en occuperai moi même ainsi que la sage femme avec qui je me suis associé. Nous garderons les mamans pendant 6h, en surveillance, après qu’elles aient accouché. Ensuite elles repartiront à leur domicile et nous mettrons alors en place un système d’hospitalisation à domicile. C’est un concept à développer mais qui existe d’une certaine manière : chaque jour, une sage femme ira rendre visite à ces jeunes mères pour les aider dans les premiers jours du bébé, les conseiller et les soutenir. Une hospitalisation coute très cher. Une femme reste en moyenne entre 3 et 5 jours, ce qui est très couteux. Il y a donc aussi une question d’économie.

P.E. : Economiquement, y a t’il un bénéfice à tirer de ces accouchements ? (vous déclarez que la Sécurité sociale notamment en viendrait à faire 200000euros d’économie pour 15 accouchements)

T. R. : On part sur quinze naissances mensuelles (180 annuelles) pour notre centre, ce qui est très peu. Rien que pour nous, l’économie de la Sécurité Sociale s’élèvera à 200 000 euros par an. L’hospitalisation post-accouchement coûte extrêmement chère.

P.E. : Votre centre ouvrira ses portes dans moins d’un mois, comment risque de se régler le conflit avec les autorités de santé ?  

T. R. : Pour ne pas être assimilé à un établissement de santé, je laisserai mon cabinet de gynécologie dans un autre lieu. Il n’y aura donc plus aucune raison d’intervenir lors de cette inauguration, l’ARS ne pourra absolument rien faire contre l’ouverture de notre centre, mes avocats me le garantissent. Je suis totalement serein quand à la concrétisation de mon projet.

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