Pour les enfants dyslexiques, distinguer les lettres n’est pas une sinécure. Une solution existe pour améliorer leur confort : espacer chaque caractère pour les rendre plus lisibles. Christian Boer, dessinateur graphique, vient de créer la première police d’écriture adaptée, la « Dyslexie ».

Qu’est-ce que cela apporte ?

L’écart entre les lettres et les lignes est augmenté, la forme des lettres légèrement modifiée. Adaptée au papier et à l’écran, la police aura son utilité à l’école, dans les livres et sur ordinateur, pour les jeux de société ou les jeux vidéo. Un test d’efficacité a été lancé début avril. Bilan positif : en utilisant la nouvelle police, 66 % des enfants dyslexiques lisent plus vite et 64,3 % confondent moins les lettres. Un vrai pas en avant pour l’aisance visuelle et la compréhension. Quelques précisions sur ce trouble de l’apprentissage qui touche aujourd’hui 3 millions de personnes en France.

Sensibles à « l’encombrement perceptif  »

Cette amélioration de la lecture des dyslexiques serait due au fait que ces derniers seraient particulièrement sensibles à « l’encombrement perceptif », c’est-à-dire au masquage visuel des lettres par celles qui l’entourent. L’espacement serait alors une solution. D’ailleurs, Stéphane Dufau, chercheur au CNRS a élaboré une application iPad et iPhone permettant aux parents de régler l’écart des lettres des contenus. Un diagnostic plus précoce, notamment grâce à l’imagerie cérébrale, permettrait également de mettre en place le plus tôt possible de nouvelles stratégies d’apprentissage. 

Odile Golliet, orthopédagogue et auteur de La dyslexie, prise en charge à l’école et à la maison, nous donne son opinion sur cette nouvelle méthode.

Psychoenfants : Que perçoit l’enfant dyslexique quand il lit un texte ? 



O.G : Un enfant dyslexique focalise toute son énergie à essayer d’assembler et de déchiffrer ce qu’il voit. Il n’arrive pas à prendre en compte une phrase en entier et à comprendre son sens. Il a également du mal à suivre les lignes si sa stratégie exploratoire visuelle est déficiente. D’où la lenteur en lecture, l’énergie gaspillée, la fatigue et le découragement…

PE. : Que pensez vous de cette nouvelle méthode de lecture ?

O.G : Cette méthode n’est nullement révolutionnaire mais elle est très intéressante car elle tient compte des difficultés de repérage dans l’espace et le temps. Ici, les lettres sont espacées « à la demande » ce qui est une très bonne chose. L’idéal serait d’espacer aussi les groupes de mots qui donnent du sens (groupe sujet, groupe verbal, groupe complément).

PE. : Pourquoi un espacement supplémentaire favoriserait la lecture des petits dyslexiques ? 



O.G : Cette technique leur permet de mieux distinguer les lettres. Le fait qu’elles soient rapprochées accentue leur difficulté de perception. On sait depuis longtemps que les élèves dyslexiques ont besoin de voir les lettres en plus gros, avec une police d’écriture qui facilite la distinction des lettres entre elles. Mais attention à l’excès inverse : un trop grand espace empêche ou pénalise le balayage visuel.

PE. : Les chercheurs parlent de la sensibilité des enfants dyslexiques à « l’encombrement perceptif ». Qu’en pensez vous ?



O.G : Il est évident qu’ils ont besoin de clarté, d’espace et de guides. Ils ont besoin qu’on les aide à faire « le tri » dans leurs perceptions sensorielles pour ne retenir que les informations pertinentes. Ils le feront plus tard seulement lorsqu’ils auront acquis les automatismes et seront autonomes.

PE. : Cette méthode ne leur donnerait-elle pas de mauvaises habitudes de lecture ? 



O.G : Pas du tout puisque l’espacement s’adapte suivant la difficulté de chaque lecteur : s’ils acquièrent des automatismes de lecture et des stratégies compensatoires, ils seront à même de pouvoir déchiffrer n’importe quoi. Il faut d’abord les aider à acquérir les automatismes et ensuite seulement leur donner un texte « normalement présenté ».

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