Déclencher une réaction

Noam est là, 8 ans, tout souriant. En 2009, il allait à l’école mais jamais en récréation. Par sa peur des autres, du mouvement, par sa sensibilité au bruit aussi, Noam restait seul. « En juin 2010, à son arrivée à Futuro School, on s’est concentré sur l’origine de cet isolement : Noam ne parlait pratiquement pas, et il ne jouait pas » explique Anna Sole. L’environnement avec les autres ne lui convenait pas. Alors, chaque semaine, Hugo, un garçon typique* est venu à Futuro School pour jouer avec lui. En petit comité, dans un espace calme, en prenant le temps, Noam a ouvert les yeux sur cet enfant, qui régulièrement se trouvait face à lui, avec lui. « Au début il était colérique » explique Anna. Un étranger venait dans un espace qui jusqu’ici lui était réservé. En quelque sorte, on a changé ses repères pour que quelque chose de nouveau se déclenche chez lui : l’interaction avec les autres. Noam a des aptitudes sociales. Elles ont simplement besoin d’être stimulées dans un cadre plus confiné qu’une cour de récréation. Aujourd’hui, avec le temps et les efforts, Noam va en récréation, avec ses sensations et sauts d’humeur, comme chaque enfant.

Un travail quotidien

Pour garder ses repères, Noam suit 2 heures de cours par jour à Futuro School. « Et ses parents appliquent les exercices de stimulation à la maison » précise Anna. La cuisine, les courses, la peinture ou le jardinage, sont des activités qui sollicitent son attention. Faire participer l’enfant aux gestes du quotidien rend les journées plus sereines. « On nous explique comment donner à Noam le temps et l’espace pour qu’il s’exprime. S’il n’a pas envie de dessiner, c’est inutile d’insister. S’il veut m’aider à faire la mousse au chocolat, je dois le sentir, l’écouter. Je lui donne la tablette à casser en morceaux, le sucre à verser et la cuillère en bois pour tourner. Il fait, et quand on prend le dessert, il se rend compte de ce qu’il a apporté. Des choses simples, mais la concentration et la patience, ça ne s’improvise pas. Il faut apprendre à entendre un enfant qui ne peut pas dire tout ce qu’il veut, tout ce qu’il ressent.

Tracer le chemin

Ce vécu, M. Hammed Sajidi, président de l’association Vaincre L’Autisme, le connaît. « Il y a quelques années, mon fils Samy s’automutilait. J’ai décidé de mettre en place le projet Futuro School, il y a été intégré très rapidement. C’est lui qui trace le chemin de notre combat ». Aujourd’hui, à 21 ans, Samy est sociable et très bavard. « Il vient de terminer un stage en expertise comptable grâce au dispositif d’insertion que l’on met actuellement en place. Chacun doit pouvoir trouver son rôle avec le bagage qu’il a ».

Les méthodes éducatives font leur preuve, les besoins et les résultats sont là. Mais ces dispositifs pèsent lourd dans le budget des parents.

Conséquence : les familles attendent longtemps pour avoir une place dans un centre spécialisé. À Futuro School, le nombre de places est limité à 12 enfants pour que chacun puisse être accompagné par un seul intervenant. Une solution ? « Il faudrait pouvoir créer plus d’écoles, former les professionnels de la santé, de l’enseignement et de l’éducation » précise la récente saisine du Conseil Economique Sociale et Environnemental, datant du 9 octobre.

Depuis la loi du 11 août 2005, la scolarisation des enfants handicapés progresse en France. Si 20 375 enfants en situation de handicap vont à l’école, 13 000 restent dans l’attente d’une solution éducative. 4100 nouvelles places d’accueil étaient prévues dans le plan autisme 2008-2010. « Seules 150 concernent les établissements innovants » pointe M. Hammed Sajidi. « La France est en retard pour soigner les troubles du comportement, pourtant la recherche avance, il faut que les enfants en profitent ».

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* Typique : En référence aux réactions atypiques qui caractérisent l’autisme, on peut appeler « typiques » les enfants qui ne présentent pas ces troubles du comportement.

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