Après un divorce, 4 enfants sur 10 ne voient plus ou peu leur père. C’est en tous cas ce que révèle une note du Centre d’analyse stratégique publiée le 16 octobre dernier. 

On parle beaucoup de ces nouveaux pères et autres « papas poules » impliqués plus que jamais dans l’éducation de leurs enfants. Mais on parle peu de ceux qui, au contraire, éprouve des difficultés à faire partie de la vie de leurs petits après un divorce. Le Centre d’analyse stratégique* propose d’encourager « les arrangements personnalisés » entre une père et une mère ainsi qu’un partage plus juste des prestations sociales.  Explications d’une triste réalité.

Des chiffres révélateurs

Tout d’abord, on note une inégalité entre le temps consacré par une mère ou un père à son enfant. Entre 1999 et 2010, la participation des pères aux soins et à l’éducation des enfants n’a progressé que de 5 minutes par jour en moyenne. « Les mères vivant en couple consacrent deux heures par jour au ‘travail parental’ contre 1h10 pour leur conjoint », constate le Cas. Chez les couples mariés, seuls 30% d’entre eux ont un mode de partage des taches plus égalitaires. De cela découle une logique : lorsqu’il arrive un divorce, c’est la relation père-enfant qui en pâtit directement. On constate premièrement une certaine vulnérabilité de cette relation due à l’infériorité économique et professionnelle des mères.

Ensuite, on considère le taux de divorce : en France, un tiers des unions libres sont rompues avant dix ans et près d’un mariage sur deux finissent en divorce. Le Cas souligne que de ce fait, « 40% des enfants de moins de 25 ans d’une union rompue ne voient leur père que rarement ou jamais, contre 15% leur mère ».

Aider les pères à devenir papa

Les raisons de ces différences, passé le problème de l’activité professionnelle, parfois plus prenantes chez les pères de famille (homme d’affaires, distance…), viennent aussi de la mauvaise répartition des aides parentales (congé maternité, parental, allocations, aides sociales…). Le Cas propose alors plusieurs solutions aux papas afin qu’ils puissent se rapprocher de leur enfant. Pour favoriser la participation précoce à l’éducation, le Cas suggère de mobiliser les acteurs de la petite enfance en développant, comme pour les mamans, « une offre de soutien parental visant spécialement les pères ». Il faudrait aussi repenser les modes de conciliation entre la vie familiale et la vie professionnelle : réformes des congés parentaux, partages de postes… Si en cas d’union, ce partage s’avère inégalitaire, les divorcés sont les plus mal lotis. Cette fois, ce sont les pères qui en demandent davantage, réclamant auprès des Défenseurs des droits une meilleure considération de l’exercice de leur autorité parentale. Pour lutter contre cela, le Cas souhaite encourager « les arrangements souples et personnalisés dans les conventions parentales et les décisions de justice », sans pour autant prôner une garde alternée.

Le rôle primordial des mamans

Le divorce implique automatiquement un éloignement, tout du moins une redéfinition  et un partage des rôles. Mais des problèmes plus personnels, entre les deux parents, ont un effet négatif en plus sur cette relation père-enfant. En effet, une mère peut volontairement, ou inconsciemment par rancœur, provoquer cet éloignement. On ne grandit pas avec la même image de son père selon si sa mère le valorise : « ton père est parti mais t’aime plus que tout », ou le descend : « ton père nous a quittés, il ne veut plus s’occuper de toi, il a mieux à faire ailleurs… ». C’est à ce moment que l’enfant est pris dans un conflit de loyauté vis-à-vis de l’un des parents.

La distance géographique peut aussi amener ce détachement. Un enfant se construit avec son entourage. Dès lors que son père ne fait plus ou peu partie de son quotidien, alors le repère qu’il constitue s’efface peu à peu. Il n’est pas rare de voir des adolescents de parents divorcés parler de leurs amis comme étant « leur famille ». Ces enfants grandissent et se constituent avec leur entourage et leurs repères quotidiens.  L’important pour garder à bien ce lien père-enfant et donc d’apporter une réelle considération de l’enfant par son père, malgré les conditions de cette relation. L’enfant s’éloigne dès lors qu’il ne se sent pas concerné, externe voire mis de coté par son père qui a refait sa vie ou n’habite plus près de lui.

(Re)Créer du lien

Le rituel du téléphone 

Le coup de fil peut se ritualiser et devenir un rendez-vous privilégié, (quotidien, hebdomadaire, bimensuel). L’enfant raconte le déroulement de sa semaine, son père en profitera pour évoquer sa vie professionnelle, culturelle, ses amis, ses projets… Faire participer son enfant à sa vie malgré la distance favorise le rapprochement. L’enfant se sent considéré et non délaissé.

L’album de liaison

Un album de vie remplit à l’aide de photos, dessins ou textes par le père et l’enfant immortalisera les activités partagées. Mais ce système doit aussi servir de support à l’échange de photos personnelles, destinés à inclure l’enfant dans la vie de son père, même virtuellement. Aujourd’hui beaucoup de pères vivants loin, ayant refait leur vie ou résidant à l’étranger échangent quotidiennement avec leur enfant sur leur nouvelle vie. Des systèmes de partage comme ICloud ou les réseaux sociaux peuvent entretenir cette proximité.

Sortir de l’ordinaire

Lors des rencontres, il est parfois utile de se distinguer par des activités qui sortent de l’ordinaire. Si ces moments sont rares, privilégiez des activités que l’enfant ferait plus difficilement avec sa mère. S’il s’agit d’un garçon, pensez aux moments privés, « entre mecs ». L’enfant aura ainsi créé une intimité, « un jardin secret », avec son père et se sentira valorisé dans sa relation. Et cela marche aussi avec une fille, car les mamans n’ont pas toujours l’occasion de faire des sorties plus lointaines, qui nécessitent du temps et de l’organisation. Le papa peut alors prendre ce rôle du parent qui fait ce type d’activité (parc d’attractions, randonnées, voyages, karting…). Si vous êtes en panne d’idées, le site http://www.1001stages.com vous donnera quelques pistes (randonnées, peinture, cours de cuisine) pour imprimer de joyeux souvenirs.

* Le Centre d’analyse stratégique est une institution française d’expertise et d’aide à la décision qui appartient aux services du Premier ministre.

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