Harcèlement, atteinte à la dignité et à l’intégrité, dégradation du climat de travail …En plein débat sur la « refondation de l’école de la république », les deux agressions d’enseignants survenues la semaine dernière ont placé la violence scolaire en tête des priorités du ministre de l’Éducation Nationale. Vincent Peillon envisage en effet la création d’un Observatoire ministériel de la violence scolaire, afin de mieux rendre compte des « réalités » et « mettre en place un dispositif de prévention » dans les établissements. Une annonce qui marque une rupture avec le « tout-sécuritaire » du précédent gouvernement.

« La violence à l’école augmente et s’intensifie. En deux ans le nombre d’incidents graves dans les établissements a progressé de 20% », s’était insurgé François Hollande à l’occasion d’une visite à Pierrefitte en janvier dernier. A cet effet, 500 assistants de prévention et de sécurité vont être recrutés par les chefs d’établissement en cette rentrée 2012. Leurs missions : « sensibilisation des élèves au respect de l’autorité, information des personnels sur les facteurs de risques, gestion des situations de tension grave et participation à la prise en charge des élèves très perturbateurs ».  Entre ultra fermeté, dialogue préventif et accompagnement, comment faire face à cette violence contre élèves et enseignants? La psychologue Marie-Dominique Amy* nous livre son avis sur la question.

PsychoEnfants : Selon vous, à quoi est due la violence scolaire ?

Marie-Dominique Amy : Il faut bien comprendre que la violence ne naît pas à l’adolescence. C’est une très longue histoire qui trouve ses origines dès le CP, voire dès le plus jeune âge. Elle peut relever d’un sentiment d’échec, d’injustice, de désintérêt, d’incompréhension,…Entre autres causes psychologiques, culturelles ou sociologiques, on compte également des pathologies diverses observées chez les parents, chez les enfants eux-mêmes, le poids d’une histoire familiale lourde, un environnement social défaillant,…

P.E. : L’injustice ressentie par certains en constituerait l’une des causes principales?

M.D.A. : Indéniablement. Dans le milieu scolaire, tout commence dès le CP, où certains ont le sentiment d’être à la traine par rapport à d’autres. Il faut regarder les statistiques du nombre d’enfants inaptes à la lecture et à l’écriture : elles sont catastrophiques! Inutile de préciser que ces carences en apprentissage résident principalement dans les milieux défavorisés.

P.E. : Alors selon vous, le nœud du problème résiderait dans le cadre même de la cellule familiale ?

M.D.A. : Lorsque certains jeunes issus des quartiers difficiles rentrent chez eux aux côtés de parents analphabètes, en incapacité de leur venir en aide, alors que d’autres bénéficient de soutiens à domicile et autres, comment voulez-vous qu’ils avancent au même rythme ? Par ailleurs, il se peut que les familles elles-mêmes véhiculent quelques formes de violence d’ordre physique, psychologique et/ou verbale. A noter également que de nombreux parents baissent les bras face aux problèmes scolaires de leurs enfants, compliquant encore davantage la situation. Or, un jeune a réellement besoin de l’accompagnement et du soutien de ses aînés.

P.E. : Pour certains, l’école aurait sa part de responsabilité. Quel est votre sentiment ?

M.D.A. : Tout à fait. Je dirais même : l’école crée des inégalités. Dans ma propre expérience de psychologue et de mère  –  ayant été également vice-présidente d’une association de parents d’élèves – je puis vous assurer qu’il y a une absence réelle de partenariat entre les parents et l’institution scolaire. Par ailleurs, lorsque l’environnement familial ne peut apporter un soutien scolaire, il faudrait que l’enfant puisse faire ses devoirs à l’école, mais surtout que les études elles-mêmes soient toujours encadrées par des enseignants.

P.E. : Le ministre de l’Éducation Nationale a affirmé la nécessité du respect de l’autorité des professeurs. Y êtes-vous favorable? Faudrait-il former ces derniers à la prévention et à la régulation de la violence?

M.D.A. : Il ne faudrait en aucun cas confondre autorité et répression. Cette dernière concourant au renforcement de la révolte du jeune. A Charge aux parents de les cadrer dès le plus jeune âge : surveillance de leurs fréquentations, de leurs sorties,…Quant à l’autorité exercée en milieu scolaire, elle est nécessaire à tous les enfants à condition qu’elle ne serve pas à pointer un jeune comme étant « différent ». Donc, les enseignants comme les parents devraient pouvoir faire preuve de fermeté. La relation « copain-copain » avec le jeune n’est pas adaptée, car ce sont des adultes garants de la sécurité, du respect des lois et des interdits. Par ailleurs, en cas de non-respect du cadre, d’agressivité verbale ou physiques, une confrontation à la réalité professionnelle, pourrait être une très bonne chose. Il s’agirait ainsi de les faire travailler plus tôt  pour leur faire rendre compte de certaines réalités de la vie. Dans d’autres situations, une proposition d’internat peut aussi être favorable. Concernant la formation des enseignants à l’accueil d’enfants et adolescents difficiles, il est clair que pour beaucoup d’entre eux, un soutien ou une formation peut être nécessaire.

P.E. : Et enfin, quelles solutions préconiseriez-vous face à la violence?

M.D.A. : Dommage qu’il faille en arriver là, et « guérir » une situation de violence scolaire qui ne cesse d’empirer avec les années. C’est en amont qu’il faut agir! Il faudrait bien entendu déployer davantage d’acteurs sur le terrain. Et ce, pour mieux prévenir, mieux accompagner. On dispose déjà des RASED – Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté – qui dispensent des aides pédagogiques et ré-éducatives aux élèves d’écoles maternelles et élémentaires en difficulté. Mais c’est loin d’être suffisant, quand l’on constate qu’aujourd’hui, les psychologues scolaires ont en charge à eux seuls 8 à 9 écoles. C’est vraiment trop peu comparé à autrefois où ils ne géraient que 2 à 3 établissements! Jadis, il existait aussi des classes  d’adaptation et de perfectionnement. Elles étaient tout à fait intéressantes pour aider les enfants en difficulté. Tout cela a disparu! Par ailleurs, il faudrait pouvoir envisager des modifications du cadre de l’élève « perturbateur » : dans certaines situations, l’internat, et dans d’autres quelques travaux d’intérêt général, En revanche, concernant l’internat, il ne faut en aucun cas que celui-ci soit proposé comme une punition, mais envisagé dans la concertation comme un plus pour mieux vivre sa scolarité. Et enfin, si l’ont veut proposer un accompagnement psychologique : une thérapie familiale s’impose.

*Marie-Dominique Amy est psychologue. Elle a rédigé plusieurs ouvrages dont « la sécurité affective de l’enfant » paru aux éditions Jouvence
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