Crèche ou garderie ? Voilà une question d’actualité qui divise : problème de moyens, de précocité, de l’intérêt d’une année en plus mais surtout, de la pédagogie à adopter. Les enseignantes sont elles en mesure d’instruire des enfants de deux ans ? Quelle est la meilleure place pour l’enfant ?

Nicole Catheline, auteur de La crèche ou l’école pour les 2 ans ?, pédopsychiatre spécialiste des difficultés scolaires, a répondu à nos questions.

PsychoEnfants : Quels sont les enjeux d’une scolarisation dès 2 ans ?

Nicole Catheline : Les enjeux politiques sont bien différents des enjeux psychologiques et développementaux. Les politiques ont à cœur de permettre aux parents de trouver facilement des modes de gardes. Pour les psychologues, c’est différent. Une scolarisation à deux ans est totalement différente pour l’enfant qu’une crèche ou une halte garderie. C’est utiliser un service public d’une manière qui ne rend pas toujours service aux enfants.

P.E. : Quels seraient donc les avantages et les inconvénients d’une scolarisation plus précoce ?

N.C. : Les avantages sont que, vivre une expérience de socialisation est toujours positive pour l’enfant. Cela leur permet de s’ouvrir à la rencontre, au partage. Les inconvénients seront que la scolarisation reste une contrainte. Ce n’est pas comme un lieu de garde ou on laisse l’enfant se développer et évoluer à son rythme. Une scolarisation implique tout de suite un objectif d’apprentissage, on va contraindre l’enfant à des séquences, à une concentration. Certains ne sont pas prêts. Il y a aussi une question de temps : pour un enfant de deux ans, même si il y a des aménagement, une journée c’est long. Il y a donc en plus de cette contrainte, la longueur de cette contrainte.

P.E. : Certains disent qu’une scolarisation précoce est néfaste, d’autres au contraire qu’elle serait bénéfique… Qu’en pensez vous ?

 N.C. : L’être humain est éminemment adaptable, on l’a vu tout au long de l’histoire l’humain s’habitue à tout y compris aux conditions les plus dramatiques. La question est « qu’est ce que notre société attend de l’école ? Des individus ? »  Si elle attend des individus performants, précocement confronté aux apprentissages et autres, alors qu’on les mette tous à deux ans à l’école. Si elle attend des enfants plus épanouis et non formatés alors elle ne fera pas une école à deux ans. C’est un choix de société pour lequel les citoyens doivent se prononcer. Ensuite les enfants s’adapteront. Mais on aura la société que l’on aura voulue et choisie.

PE : Quelle différence peut on établir entre la scolarisation à 2, 3 ou 4 ans (en 2007, Ségolène Royal voulait imposer la scolarisation obligatoire à 4 ans)?

N.C. : Il y a une différence fondamentale en terme de développement et de croissance. Ils ne se développeront jamais autant au cours de leur vie qu’entre deux et trois ans. Au niveau du développement psychologique, relationnel, du langage… Il y a vraiment des progrès inouïs, une maturité qui va se gagner à cette période, qui n’ont rien à voir avec deux années dans l’enfance ou à l’âge adulte.

PE : Quelle différence entre la scolarisation à l’école et la crèche ?

N.C. : La différence est le projet d’apprentissage que l’on trouve à l’école. C’est un rythme imposé. A cet âge là, personne ne grandit de la même façon et au même rythme. Il y a beaucoup de décalage et de différences au niveau des enfants. Il y a de l’hétérogénéité dans toute période de croissance. C’est le cas dans la toute petite enfance et au moment de l’adolescence. Tel enfant de deux ans supportera telle contrainte quand un autre ne le pourra pas. A la crèche, si un enfant veut dessiner il dessine sinon il ne dessine pas, à l’école on lui dira « finis ton dessin ».

P.E. : On a parlé récemment de prévenir la délinquance en commençant l’école plus jeune justement, peut on réellement y trouver un lien direct ?

N.C. : Non, je ne sais pas pourquoi on a été faire ce lien qui n’a rien à voir. Cela voudrait dire que les parents ne savent pas éduquer leurs enfants et que, de ce fait, il faudrait qu’ils soient le plus tôt possible pris en charge par la société qui elle, va leur apprendre les bonnes manières. C’est quand même faire peser un doute sur la capacité des parents à élever leurs enfants, c’est invraisemblable… C’est dire aux parents « vous n’êtes pas capables de les élever, nous on va bien s’en occuper ».

P.E. : Quelles seraient les solutions ?

N.C. : Il faut faire participer les parents à l’école, les ouvrir au scolaire, là où leurs enfants sont formés. Ca ne réglera jamais un problème de délinquance, ce sont des discours totalement politiques et ici dangereux. En revanche, faire que les parents comprennent ce que l’école attend d’eux, cela me semblerait une excellente idée, mais dans ce cas à deux, trois ou quinze ans. Les parents se sentent trop souvent exclus de l’école.

Retrouvez tous nos articles sur notre site, ici

Publicités