Le phénomène des concours de mini miss ne cesse de défrayer la chronique. La semaine dernière, Destiny, 4 ans, s’est présentée face aux jurys dans un costume sexy mais surtout, cigarette à la bouche dans l’émission « Toddlers & Tiaras ». 

Chez les mini miss, on a déjà tout vu. Gamines à la diète, cramées aux UV, habillement sexy… On ne sait jamais où vont s’arrêter ces mères qui mettent en scènes leurs filles de moins de 5 ans.  Cette fois ci, l’une d’entres elle vient d’oser l’interdit : lors de l’émission de télé réalité américaine «Toddlers & Tiaras », elle a fait fumer se fillette de tout juste 4 ans, sur scène, lors d’une élection.

« Un air plus cool »

Devant un public ébahi, cette dernière s’est défendu qu’elle voulait simplement lui donner « un air plus cool », à l’image de Sandy Dee dans « Grease ». Quand la petite monte sur scène, on entend crier du public « n’oublie pas de fumer ». Destiny, juchée sur des talons hauts, vêtue d’un pantalon de cuir, se prête au jeu, n’ayant sans doute pas conscience de l’image qu’elle renvoie. Pour rivaliser avec les Pretty Woman et autres concurrentes, sans hésiter, Destiny sort alors une fausse cigarette et se met à fumer tandis qu’elle défile. Dans le reportage qui suit, on voit la petite réclamer à ses parents « une vraie cigarette ». Interpellée, sa mère répondra «  Sandy Dee était une bonne fille dans le film, elle ne fume pas non plus mais a uniquement utilisée cela pour son image ». Peut-être faudrait-il lui rappeler que Sandy avait alors plus de 20 ans… !

Jusqu’où iront ces mamans pour faire gagner leur fille, et à quel prix ? Des experts nous répondent sur ce sujet sensible, un phénomène qui semble s’exporter au delà des États-Unis…

« Une image de soi qu’elles n’ont pas construites elles mêmes »

Le problème avec ces concours de beauté, c’est que l’on donne à ces petites filles une image de soi qu’elles n’ont pas construite elles-mêmes. Pour Françoise Mariotti, psychologue thérapeute, ces jeunes filles développent au contraire une « estime externe », conditionnée par les prix et les applaudissements. Pendant ces concours, elles sont admirées, complimentées, mais quand vient l’adolescence le corps change, « elles peuvent se trouver très déstabilisées » explique la psychologue.

Les valeurs que leurs parents leur apprennent sont négatives. Ces concours sont avant tout des compétitions et il arrive qu’elles soient prêtes à tout pour gagner, du simple regard de travers au coup bas. Elles sont également conditionnées pour penser que la beauté est une fin en soi. « Elles pensent que pour plaire, pour être quelqu’un de bien, il faut être jolie » déclare Alexandra Bruni-Nogier2, psychologue. Plus tard, cela peut provoquer des troubles alimentaires, comme l’anorexie. Habituées à la perfection, elles ne supportent pas le moindre défaut.

Il s’agit d’une perte de repères dont elles souffrent en grandissant. Selon Didier Lauru3, psychiatre et psychanalyste, c’est comme si ces dernières subissaient un « abus sexuel psychique ». Elles ne sont pas prêtes à être femme et pourtant on leur attribue des attraits sexuels totalement qu’elles ne devraient pas avoir à leur âge.

Les mères réalisent un rêve d’enfant

Même s’il ne faut pas généraliser, ce sont souvent les mamans qui inscrivent leur fille à ces concours de beauté. Les petites filles y participent pour faire plaisir à maman et également parce qu’elles aiment être pouponnées. Mais bien souvent, elles jouent à la poupée avec leur fille et réalisent des rêves qu’elles n’ont pas pu réaliser. Selon Françoise Mariotti, les mères chercheraient à réaliser un rêve d’enfant : « leur fille leur apporte une reconnaissance qu’elles n’ont pas eue étant plus jeunes ».

Elles y recherchent donc une jeunesse éternelle, un moyen de rester enfant. Un sentiment partagé par Alexandra Bruni-Nogier2,« on assiste à une inversion des rôles, la mère veut rajeunir alors que la petite fille grandit trop vite ».

« De la chair à pédophile »

Le risque de ces concours de beauté est l’image que ces petites filles renvoient à des hommes mal attentionnés. « Elles sont de la véritable chair à pédophile » déclare Didier Lauru. Il y a quelque chose dans le regard de certains hommes qui peut changer et les parents ne s’en rendent pas forcément compte. Le psychologue estime qu’il faut alerter les parents de ces risques et préserver au maximum l’innocence de ces petites filles. L’hypersexualisation est quelque chose de malsain pour des enfants qui n’ont pas encore atteint la maturité sexuelle.

Des concours différents en France

Ces concours de beauté connaissent une récente popularité en France. Mais les règles y sont plus strictes qu’aux États-Unis. Dans certains concours, les fillettes ne doivent pas êtres trop maquillés, ne pas porter de talons et ne défilent pas en maillot de bain. Bien sûr, le règlement n’est pas toujours respecté. Mais on peut observer le caractère plus « familial » des compétitions françaises qui se déroulent dans des salles de fête ou des instituts de beauté.

Certains concours, peu après le rapport de Chantal Jouanno4, ont même été annulés car les habitants trouvaient ces pratiques dégradantes.
2 et auteur d’un article sur l’hypersexualisation
3 auteur de La sexualité des petits n’est pas l’affaire des grands aux éditions Hachette
4 Contre l’hypersexualisation, un nouveau combat pour l’égalité
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