« Dans ma famille, la grosse blague consistait à dire que mon frère et moi serions tous deux fonctionnaires : lui président de la République…et moi facteur », révélera l' »enfant terrible » de la télévision*. Ironie du sort : le supposé « facteur » s’imposera quelques années plus tard comme l’un des personnages les plus influents du paysage audiovisuel français durant 25 ans. Belle sera la revanche pour cet aîné de quatre enfants considéré à tort comme un petit canard boiteux. De cette faiblesse, il en fera une force. Pierre Lescure – ancien président du groupe Canal + – dira même de lui : « Il ne ressemblait à personne…Il avait tout, le ton, l’éducation, le vocabulaire et une exigence d’excellence qui frisait l’obsession. »

Révéler son « vrai moi »

Malheureusement, tragique fut sa destinée. L’animateur – décédé vendredi dernier à l’âge de 48 ans, des suites d’un cancer de l’estomac et du péritoine – s’attelait depuis trois ans déjà, muni d’un simple cahier d’écolier, à l’écriture d’un livre-confession. Hormis l’évocation de ses succès multiples et quelques collusions avec des personnalités du service public et des médias, l’ouvrage – intitulé « Serviteur public » – se destinait à révéler au grand jour, le « vrai moi » et quelques secrets d’enfance de l' »homme à l’oreillette » aperçu chaque mercredi soir en deuxième partie de soirée, sur nos écrans télévisés.

« Je n’étais pas heureux dans ma vie d’ado »

Après toutes ces années à « s’occuper des autres », à écouter les problèmes existentiels d’autrui – dans l’émission qu’il animait sur France 2  » Ca se discute » – était venu le temps pour l’animateur-vedette d’affronter enfin sa propre histoire après s’être tant « réfugié dans celle des autres », avait-il confessé à la presse. Mais l’exercice introspectif se révélant trop douloureux, l’auteur n’avait pu se résoudre à aller jusqu’au bout du projet, le jugeant « trop déstabilisant ». Certainement « trop » pour celui qui n’aura eu de cesse de se fuir depuis tout jeune déjà. « Je n’étais pas heureux dans ma vie d’ado », renchérira-t-il dans l’interview accordée au magazine Parents d’Ado. « J’ai vécu toute mon adolescence comme un figurant, comme un boxeur sonné… Ce n’est plus tard que j’ai découvert la vie concrète, mais le mal était fait. »

Aujourd’hui, de nombreux mystères demeurent sur le « gendre idéal » du petit écran, du moins qualifié comme tel à ses débuts avant que ses inconduites et extravagances multiples n’écornent son image.

J’ai mis « mes émotions sous cloche « 

A l’horizon 2007, alors que l’animateur est au sommet de sa gloire, tout bascule avec l’agression d’une hôtesse de l’air dans un vol à destination de Johannesburg. Jugé coupable d’acte de « violence », l’animateur se voit condamné à un stage de citoyenneté. Trois ans plus tard, après quelques altercations avec quelques personnalités du show business, l’interpellation à son domicile en 2010 pour une affaire de stupéfiants lui porte un coup fatal. Pris la main dans le sac, l’animateur-vedette n’a d’autre choix que de révéler au public, l’une de ses plus sombres facettes : l' »enfant chéri » de la TV serait accro à la cocaïne. Il confiera alors dans « Complément d’Enquête » (France 2) :« J’ai beaucoup consommé tout seul, quasiment tout le temps… C’était une drogue de solitaire pour mettre mes émotions sous cloche. » Le masque tombe. La descente aux enfers est déjà bel et bien entamée. Depuis de longues dizaines d’années déjà…Les excès prennent le pas, l’animateur perd pied. « Jean-Luc a brûlé sa vie comme s’il avait peur de vieillir », a précisé Michel Drucker dans la dernière édition de Paris Match. « Jean-Luc était un homme costaud et fragile, dont l’âme slave, père d’origine russe et maman hongroise, trahissait une angoisse, une solitude infinies. »

« J’ai raté les grands équilibres »

Un choc salutaire? Car si le public finit par faire preuve d’indulgence à son égard, l’animateur tente par tous les moyens de se racheter une conscience. Sillonnant les routes de France à la rencontre des jeunes et des parents dans les établissements scolaires, il sensibilise ceux-ci aux méfaits de l’addiction à la drogue. Et puis, vient le temps de la confession. L’animateur révèle une enfance meurtrie, des carences. Comme si cette soif inextinguible de réussite n’avait été qu’un apparat. Comme une béquille compensatoire, pour mieux étouffer l’enfant blessé qui sommeillait en lui. Il confiera d’ailleurs : « J’ai fait une grande confusion entre réussir sa vie et réussir dans la vie… En agissant ainsi, j’ai raté les grands équilibres. »

Une enfance bouleversée

Des parents divorcés quand il n’avait que six ans, pris à parti dans les disputes à répétition, accablé d’une extrême timidité, il plonge dans les vicissitudes de l’alcool à l’adolescence. Finalement, c’est sa seule grand-mère qui se chargera de l’éduquer et de l’aimer. Celle qu’il appellera à la fin de chaque émission tant qu’elle sera encore en vie, celle grâce à laquelle il réussit à monter sa première société de production. Toute sa vie durant, il lui sera gré de cet amour décrit comme « inconditionnel » sans lequel il n’aurait pu réussir dans la vie au regard de la quasi-inexistence de son père. Il lui faudra attendre la fin de sa vie, le 12 mai 2012 – jour de sa cérémonie de mariage avec Anissa Khel – pour parvenir enfin à quelques poignées de main avec le grand absent de sa vie.

Hormis ces quelques bribes d’informations parsemées ici ou là, personne n’en saura davantage sur les intimes fêlures de l’animateur-vedette. La maison d’édition Léo Scheer ignore où se trouve le manuscrit. L’animateur l’aurait-il conservé? Détruit? A moins d’une apparition soudaine, Jean-Luc Delarue demeurera un mystère. Mais reste et restera l' »enfant prodige du PAF », révolutionnaire parmi les siens d’un nouveau genre : témoignages et confessions intimes s’invitaient sur nos écrans.

* dans une interview accordée au magazine Parents d’Ado en 2010

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