Les consommateurs réguliers de cannabis ont du souci à se faire pour leur matière grise ! C’est ce que vient de monter une étude publiée lundi dernier par la revue scientifique américaine Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA. Explication.

Selon les derniers résultats de l’étude paneuropéenne ESPAD*, la consommation de tabac, (mais également d’alcool et de cannabis) des jeunes Français scolarisés de 16 ans aurait fortement augmenté entre  2007 et  2011. Et pour cause, on sait bien que les ados ne mégotent pas avec le tabac, allant même jusqu’à railler l’instauration possible de paquets neutres… Mais ici, il est question des effets sur la santé d’une consommation régulière de cannabis.

8 point de QI en moins

Pour les besoins de l’étude, 1037 Néo-zélandais se sont prêtés au jeu sur une période de 25 ans. Les chercheurs ont comparé leur quotient intellectuel (QI) à 13 ans puis à 38 ans, les uns étant des consommateurs réguliers de cannabis, y compris après 20 ans ou 30 ans, les autres pas. Résultat ? Un écart de huit points s’est creusé entre les fumeurs et les autres, affirme Madeleine Meier, psychologue à l’université Duke, en Caroline du Nord (sud-est) et auteur principale de l’étude. Et n’allez pas dire que c’était à cause d’un Haka qui aurait mal tourné…

Des effets irréversibles…

Par ailleurs, l’étude montre que les consommateurs réguliers de cannabis ont de plus faibles capacités de mémoire, de concentration et de vivacité d’esprit. Et même si cette consommation baisse à l’âge adulte, ce déclin cognitif persiste. Et les chercheurs n’excluent pas que certaines séquelles soient irréversibles. « L’arrêt ne restaure pas complètement les fonctions neuropsychologiques de ceux qui ont commencé à l’adolescence », expliquent-ils. En revanche, les personnes ayant commencé à fumer du cannabis à l’âge adulte ne souffriraient pas d’un tel écart intellectuel avec les non-fumeurs.

Au delà des effets sur la santé, que cherchent ces ados, en consommant ces substances ? Comment prévenir ces comportements ? Pierre G. Coslin, professeur de psychologie**, et auteur de Jeux Dangereux, jeunes en danger, aux éditions Armand Colin, a répondu à nos questions.

PsychoEnfants : Quels sont les effets du cannabis sur nos ados? 



Pierre Coslin : Il y a d’abord un sentiment d’apaisement, une certaine euphorie voire une légère somnolence. A forte dose, sa consommation perturbe la mémoire, la vue et la perception du temps. Elle peut également provoquer des palpitations, une diminution de la salivation (impression de bouche sèche), des yeux rouges, voire des nausées. A long terme, son usage provoque des difficultés de concentration, d’où les difficultés scolaires qui en résultent, mais aussi un risque de dépendance psychique avec préoccupations centrées sur l’obtention du produit… Chez certains, il déclenche des hallucinations ou des modifications de perception (dédoublement de la personnalité, sentiment de persécution), sources d’anxiété, parfois de troubles psychiques.

P.E: Comment expliquer cette augmentation ?                                

P.C. : Aujourd’hui, la jeunesse est beaucoup plus libre. Et ce, dans le contexte d’une société où les parents ne sont plus assurés de leur propre avenir, où tout ce qui était auparavant considéré comme acquis se disloque. Le chômage angoisse, le divorce menace les couples, les croyances religieuses en un au-delà meilleur s’estompent et les idéaux politiques de lendemains qui chantent tendent plutôt à déchanter. Les jeunes de plus en plus livrés à eux-mêmes, se retrouvent seuls face à un monde qu’ils veulent défier parce qu’il leur fait peur. Un monde devant lequel il leur faut s’affirmer, face auquel il leur faut nier leurs craintes, leur angoisse. Dans un monde aux perspectives d’avenir et de réussite marquées par l’incertitude, elle permet à certains jeunes d’exprimer un mal-être né de l’absence de statut social et du manque de responsabilité citoyenne, de créer un « temps d’à côté », d’opérer une rupture avec la réalité…

P.E : Comment prévenir les risques de consommation excessive ?

P.C. : Un contrôle parental est nécessaire, mais il faut distinguer le contrôle coercitif qui impose des règles et ne tolère aucun écart, du contrôle inductif, ouvert à la négociation, établissant des règles développant les capacités adaptatives du jeune. Dans un environnement qui se déstructure, nombre de jeunes manquent de limites clairement définies et de repères stables. Les adolescents ont besoin de guides et de modèles pour explorer le monde. S’ils se vivent en échec ou en insécurité, en colère ou en désespoir, ils doivent pouvoir faire partager leurs émotions à leurs parents. Ils ont besoin de leur accompagnement dans la compréhension de ce qu’ils ressentent afin de ne pas se sentir délaissés dans leur quête identitaire et dans la résolution de leurs difficultés.

 * European School Survey Project on Alcohol and other Drugs

 

 

 

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