Etre père sur le tard pourrait engendrer des problèmes de santé pour l’enfant, selon une étude publiée dans la revue scientifique britannique Nature.

Chez les femmes, les possibilités de faire un bébé diminuent fortement après 38 ans. D’ailleurs, après 43 ans, les fécondations in vitro (VIF) ne sont plus remboursées par la Sécurité sociale. Mais chez les hommes, cette donnée ne les concerne guère (mais quelles sont les raisons qui les poussent à devenir père sur le tard ? L’analyse de Myriam Szejer). Pour autant, leur âge serait loin d’être sans impact sur la santé de leur enfant, comme le suggère une récente étude islandaise.

Plus le père est âgé, plus le génome mute

Pour les besoins de l’étude, le génome (ensemble des gènes portés par les chromosomes, ndlr) de 78 enfants atteints de troubles autistiques ou de ou de schizophrénie et de leurs deux parents, ont été passés au peigne fin. Kari Stefansson, l’un des auteurs de l’étude, a démontré que plus le papa est âgé, plus ses spermatozoïdes sont porteurs de mutations, et donc plus il y a de risque pour lui de transmettre ces anomalies génétiques à son enfant. L’âge de la mère n’influe pas sur cette question, car les ovules sont présents dans les ovaires dès la naissance, à la différence des spermatozoïdes, qui sont produits chaque jour, pendant toute la vie adulte.

La science à tâtons

Dans les années 80, d’autres études avait apporté les preuves d’une forte composante génétique dans le trouble de l’autisme, sans toutefois parvenir à isoler les « gènes de l’autisme ». Les scientifiques s’étaient alors éloignés des inspirations psychanalytiques des années 70, selon lesquelles le trouble de l’autisme était attribué à une mauvaise relation mère/enfant, une vision culpabilisante pour toute une génération de maman d’enfants autistes. La publication de ces nouvelles données met également à mal d’autres études, attribuant le diabète ou l’obésité de la femme enceinte à un risque plus élevé d’avoir un enfant autiste. Si l’on remonte dans le temps, l’un des pionniers de la génétique, Jack Haldane, avait démontré dans les années 30 que les pères transmettaient davantage l’hémophilie que les mères, tout en admettant qu’il était « difficile d’apprécier comment cela pouvait être prouvé ou pas dans les années à venir ».

97 % des mutations dues à l’âge du père

Et ce jour est arrivé. En effet, un enfant hérite d’une partie du patrimoine génétique de son père, et de sa mère. Pendant la fécondation, son génome va se mettre en place et « muter ». Pendant cette période, on observe une « part de création », ce que l’on appelle les mutations spontanées, qu’aucun des deux parents ne possède dans leur patrimoine génétique et qui surviennent lors de la formation ou de la vie des gamètes d’un des deux parents, le plus souvent chez le père. Le problème est que ces dernières peuvent générer certaines maladies et/ou des malformations congénitales. Il faut savoir que le génome d’un bébé contient environ 60 mutations spontanées dont 15 « transmises » par la mère et le reste par le pères. L’étude islandaise démontre que le nombre de mutations varie en fonction de l’âge du père : 25 mutations pour un homme de 20 ans, 65 pour un homme de 40 ans. On imagine à 60 ans ! « Nous avons été surpris de découvrir que l’âge du père était extrêmement important », avec 97,1 % des nouvelles mutations spontanées dues à l’âge dans un couple attribuables au père, précise M. Stefansson.

Des données sociologiques corroborent les résultats de cette étude. En effet, dans les années 70,  l’âge du père à la procréation a baissé au XXe siècle pour atteindre son niveau le plus bas en Islande. Il est ensuite remonté et l’on a observé une augmentation sensible du nombre des mutations spontanées retrouvées chez les enfants.

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