Une semaine chez maman, une semaine chez papa… La loi du 4 mars 2002 s’installe doucement mais sûrement dans les mœurs, et plus encore dans les milieux urbains et aisés. Explication.

Si « la résidence de l’enfant peut être fixée en alternance au domicile de chacun des parents ou au domicile de l’un d’eux », « chacun des pères et mère doit maintenir des relations personnelles avec l’enfant et respecter les liens de celui-ci avec l’autre parent »(articles 373-2 du Code Civil). Pourtant, dix ans après la promulgation de cette même loi, l’impact psychologique d’une telle mesure sur l’enfant divise toujours autant pédopsychiatres, associations, juges et parents. Car au-delà des querelles intestines entre parents séparés, c’est bien de l’équilibre de l’enfant dont il s’agit. Alors, comment faire pour que ce mode de vie 50/50 se passe au mieux pour l’enfant? Le pédopsychiatre Patrice Huerre* nous livre quelques éléments de réponse.

PsychoEnfants : Estimez-vous que la garde alternée constitue une bonne alternative?

Patrice Huerre : Avant toute chose, tout parent séparé doit toujours garder à l’esprit : « lorsqu’on est seul à s’occuper de son enfant,  l’enfant a toujours un autre parent ». Maintenant, il est très difficile de faire des généralités. Si ce mode de garde peut tout à fait convenir à certains, il peut s’avérer tout aussi nocif pour d’autres. Il est une multitude de paramètres qui rentrent en ligne de compte.

P.E. : Ces paramètres, quels sont-ils?

P.H. : En premier chef, la dimension géographique. Si l’enfant est soumis à des distances importantes entre les deux domiciles, cela peut grandement perturber son quotidien. L’enfant doit pouvoir conserver ses habitudes : amis, école, activités,… Par ailleurs, le contexte conjugal dans lequel s’opère ce mode de garde, constitue un paramètre de taille : l’enfant est-il soumis à une guerre des tranchées entre ses parents ? Ou des derniers sont-ils davantage animés par le souci du bien-être de leur enfant?  En cela, il est essentiel que les deux parents puissent parvenir à s’extraire de leur statut conjugal pour pouvoir assumer leur rôle parental, établir ce qu’il y a de mieux pour l’enfant. Et si besoin est : faire appel à un médiateur.

P.E. : Y-a-t-il un âge à partir duquel on peut envisager ce mode de garde?

P.H. : Il me semble à partir du primaire, voire de la maternelle, si les parents habitent le même quartier. A noter par ailleurs que l’enfant doit pouvoir disposer d’un univers à lui sans avoir à migrer en permanence d’un domicile à l’autre. C’est pourquoi une durée de séjour d' »une semaine chez l’un, une semaine chez l’autre », constitue plutôt une bonne alternative. Il est essentiel par ailleurs que l’enfant puisse disposer d’un territoire qui lui est propre dans chaque domicile : d’une chambre équipée de ses jouets et autres. En clair, la  résidence alternée ne pose pas de problème si toutefois plusieurs conditions sont réunies : proximité géographique, souplesse dans les rapports entre les parents, continuité dans l’environnement,…

P.E. : Comment pallier l’absence temporaire de l’autre parent ?

P.H. : Le parent « absent » doit pouvoir être en mesure de croiser son enfant durant la semaine où il séjourne chez l’autre. Ce qui passe par une série d’attentions : lui faire un bisou à la sortie de l’école, l’accompagner à son match de foot le samedi après-midi,…autant de petites occasions de rendre la séparation temporaire plus souple, plus viable, plus équilibrée. Encore une fois, tout cela dépend véritablement de la capacité des parents à distinguer leur conflit de leur parentalité.

P.S. : Vous considérez la résidence alternée comme une bonne alternative pour les enfants âgés de plus de 3 ans. Mais alors qu’en est-il des tout-petits ?

P.H. : Durant les premières années de vie, le bébé a besoin d’une permanence, d’un lieu fixe. C’est pourquoi mieux vaut proscrire ce mode de garde toute la période durant laquelle le petit a un fort besoin de repères pour grandir sereinement. Le bébé n’est pas en mesure de jouer avec les différences. A noter par ailleurs que – durant une bonne partie du siècle passé notamment – on a considéré que le père ne pouvait s’occuper de l’enfant. Ce rôle était dévolu à la mère exclusivement. Or, on a peu à peu réalisé que le petit avait surtout besoin d’une figure d’attachement, d’une personne qui réponde à ses besoins : le bercer, le nourrir, le câliner,…Et ce, peu importe le sexe du parent.

P.E. : Vous insistez sur le caractère indispensable de la « permanence » pour les tout-petits. Mais alors comment pallier l’absence de l’autre parent?

P.H. : Il est indispensable que l’autre parent existe aux yeux de l’enfant, que « le parent soit toujours présent quand il est absent ». Au-delà des visites régulières  – soit deux à trois fois par semaine – il est essentiel que le parent puisse évoquer positivement le parent « absent » :  photos, appels téléphoniques,…il s’agit de créer des liens au-delà de l’absence physique, de construire une image positive du parent « absent ». Tout ceci relève encore de la capacité des parents à assumer une coparentalité, hautement déterminante pour la santé psychologique de l’enfant.

*Pédopsychiatre spécialisé dans le champ de l’enfance et de l’adolescence. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont « pères solos, pères singuliers? » paru aux éditions Albin Michel

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Crédits photo : Free Digital Photos

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