Cet été, la ministre de la Santé s’est dite favorable à l’instauration de paquets de cigarettes « neutres » sans couleur ni logo pour éviter d’inciter les jeunes à acheter du tabac. Une hausse du prix étant prévue à la rentrée, quel impact aurait cette éventuelle mesure sur la consommation de nos ados ?

Si « Dieu est un fumeur de Havanes », nos ados ne mégotent pas avec la cigarette. Selon les derniers résultats de l’étude paneuropéenne ESPAD*, la consommation de tabac, (mais également d’alcool et de cannabis) des jeunes Français scolarisés de 16 ans aurait fortement augmenté entre  2007 et  2011. Si ces résultats devaient être confirmés, cette recrudescence marquerait l’échec de la politique répressive menée ces dernières années.

Durant la campagne présidentielle, le candidat Hollande s’était déclaré « intéressé » par l’expérience du paquet de cigarettes « neutre » en Australie, qui sera mise en place à la fin de cette année. Des propos repris par la ministre de la Santé, Marisol Tourraine : « On sait que les jeunes aujourd’hui achètent un paquet » parce qu’il « leur semble plus joli, plus agréable à regarder », a-t-elle expliqué. Nous sommes donc allés à la rencontre de ces ados fumeurs, pour « tâter le pouls ».

Résultat ? De prime abord, cette mesure n’aurait aucune incidence sur leur consommation. Un rien bravaches, la plupart d’entre eux raillent l’instauration éventuelle de paquets neutres, sans marques, logos ni couleurs apparentes. Morceaux choisis :

Sam, 18 ans : « J’étais conscient des risques »

“ J’ai commencé à fumer en connaissance de cause. J’étais conscient des risques pour la santé. Le fait qu’ils aient décidé de mettre des images de cancer et autres maladies sur les paquets n’a pas changé grand-chose pour moi. Pour les paquets neutres, peut-être que cela peut freiner l’ardeur de consommateurs occasionnels, mais guère plus. Je continue à fumer parce que j’aime inhaler et recracher cette vapeur, parfois grise, parfois bleutée. Si je devais arrêter un jour, ça ne serait pas pour moi, mais plutôt pour ceux qui m’entourent, notamment mes enfants… Quand j’en aurai, lol ! “

Camille, 17 ans : « C’est un moyen de compenser, comme le chocolat »

“ Ces « paquets neutres » n’auront aucun impact sur ma consommation ! Cela pourrait éventuellement convaincre définitivement ceux qui voudraient se mettre à fumer, mais pas les autres. Pour ma part, j’ai commencé à fumer suite à une agression. Je continue parce que ce n’est pas encore totalement derrière moi. C’est un moyen de compenser, un peu comme le chocolat. Mes soucis de santé ne me font pas arrêter; donc je pense que la seule raison possible serait mes (peut-être) futurs enfants… Je ne voudrais pas les intoxiquer, ni les inciter, et puis pourquoi recommencer à fumer après neuf mois de grossesse sans? “

Bruno, 16 ans : « Un fumeur reste un fumeur ! »

“Un fumeur reste un fumeur ! Cette mesure n’est donc pas pertinente, car cela va flouer le client dans son choix commercial. Les images dégoutantes de cancer n’ont plus d’effet car on les voit partout : à la tv, dans les livres, chez le médecin… Je n’arrête pas de fumer car pour moi, la cigarette est devenu un antidépresseur, dont je suis dépendant depuis un petit bout de temps. Les seules raisons qui me feraient arrêter seraient le prix (s’il devient vraiment prohibitif), et une maladie qui m’atteindrait personnellement.“

Lisa, 19 ans : « J’arrêterai quand j’aurai un cancer »

“ Totalement inutile ! Pour moi, en tous cas ! Peut-être pour les plus jeunes, qui veulent se la jouer et acheter telle marque. Comme les paquets seront “neutres“, ils n’auront plus de raison d’en vouloir. De toute façon, même si le prix augmente, les gens râlent et un mois après, ils oublient, comme d’habitude ! Je continue à fumer parce que j’y suis accro, point barre ! La seule chose qui me ferait arrêter serait que mon médecin m’annonce un cancer… “

 

Ronan, 16 ans : « La cigarette me détend »

“Les paquets neutres ? Aucune incidence pour moi car cela ne remplacera pas l’envie d’une cigarette. A part les « âmes sensibles », choquées par les images de maladie sur les paquets, je ne vois pas qui cela peut concerner. La question du prix ne se pose pas pour moi car c’est mon père qui finance mes achats ! Je continue malheureusement à fumer car cela permet de me détendre, d’avoir un moment à soi même. Comme tout le monde, j’arrêterai en cas d’infection pulmonaire, ou alors il faudrait que je trouve dès maintenant un équivalent à la hauteur d’une cigarette…“

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