C’est ce qu’ont révélé des scientifiques suédois, après avoir analysé 18 catastrophes maritimes de 1852 à 2011. Les femmes et les enfants aurait eu, de ce fait, moins de chance de survivre. 

Depuis le naufrage du Titanic, l’adage « les femmes et les enfants d’abord » fait figure de leitmotiv lorsqu’une embarcation sombre ou lors d’une catastrophe naturelle.  Pourtant, elle ne serait qu’un mythe, et n’aurait été appliquée qu’en 1912 avec le Titanic et en 1852 avec le Birkenhead, où le taux de survie des femmes a été plus important que celui des hommes. Sur les 18 naufrages étudiés, la plupart ont montré que les hommes avaient plus survécu que les femmes. Les chercheurs en ont donc déduit que si les hommes survivaient plus, c’est parce qu’ils pensaient davantage à eux-mêmes qu’aux autres.

Le capitaine du bateau et l’équipage ont également plus de chance de survivre, connaissant mieux le bateau et pouvant donner des ordres, facilitant ainsi leur sortie de l’embarcation. La catastrophe du Costa Concordia, début 2012, nous a montré que le capitaine ne désire pas toujours couler avec son bateau.  Pour réagir à cette étude, Claire Boquel-bouniol*, psychologue clinicienne et victimologue, nous en dit plus sur ce qui se passe dans les têtes, lorsque l’on est confronté à un naufrage ou une catastrophe naturelle.

 

PsychoEnfants : Dans une situation d’urgence, que se passe-t-il dans la tête des gens ?

Claire Boquel-bouniol : Chaque personne va réagir de manière singulière : en fonction de son histoire, de sa perception de la situation, de l’impact émotionnel, de sa culture, de l’entourage immédiat… De multiples paramètres interviennent, mais en général, dans le cas de situation « catastrophe », nous retrouvons un état de stress et souvent un état traumatique où les réactions sont inadaptées ou décalées. Louis Crocq (Traumatismes psychiques, 2007) disait que lors d’une catastrophe, 75% des sujets ont une réaction immédiate adaptée et 25 % une réaction inadaptée**.

P.E. : Qu’est-ce que cet état de stress provoque ? 

C. B-B : Le stress est une réaction physiologique d’alerte. Dans la réaction immédiate, il provoque une mobilisation psychologique et physiologique de manière à combattre ou fuir la situation menaçante ; en quelque sorte, il permet d’apporter une réponse active. Mais lorsque le stress est trop important en intensité et/ou en durée, la personne se trouve dans une impossibilité de mobiliser ses ressources pour agir en cohérence avec la situation. Lorsque l’évènement est vécu sous le mode du trauma, il se produit une rupture de l’équilibre  psychique. L’horreur de la situation réduit les paramètres de la pensée et la personne n’a  d’autre choix que celui de tenter de sur-vivre à l’évènement. Au niveau de son système de pensée, il se produit une déconnexion imposée par la survie.

P.E. : Mais il y a également des personnes qui se « sacrifient » pour autrui ?

C. B-B : Absolument, certains vont être capables de faire abstraction de leur propre vécu pour se « vouer » à l’action collective. Ces personnes peuvent agir de façon tout à fait adaptée pendant un certain temps. Elles parviennent à trouver au travers de l’autre (des autres) un sentiment de pseudo-sécurité qui leurs permet de ne pas être envahies par l’horreur : l’émotion comme la perception de la situation sont temporairement squeezées, ce qui permet de dépasser pour un temps le choc de l’horreur et de mobiliser ses ressources avec l’autre.
P.E. : Mais alors, que reste-t-il du mythe du « les femmes et les enfants d’abord » ? 

C. B-B : Cela dépend si la personne va vivre la situation (stress adapté) ou la subir (trauma). Cela n’indique pas pour autant, que les personnes traumatisées n’essaieront pas de sauver leur voisin ; ils peuvent agir comme des robots ou au contraire se trouver dans un état d’agitation extrême dans lequel l’entourage devient quasi-inexistant…
P.E. : On peut penser que ce comportement n’est pas éthique, mais c’est pourtant 
à partir du Titanic que ce mythe a commencé, qu’en pensez-vous?

C. B-B : Cecomportement réactionnel est mis en acte par la notion de survie. Or, la notion de survie est on ne peut plus humaine. Sauf exception (exemple des passagers du dernier avion du 11 septembre 2001), je pense que l’on ne peut pas sauver quelqu’un si l’on ne ressent pas soi-même un minimum de sécurité (réelle ou illusoire). Or, dans le cas d’un évènement catastrophe, le réel de la mort, pourrait, pour certaines personnes, expliquer leur attitude, qui irait jusqu’à en piétiner d’autres pour essayer de s’en sortir, ou plutôt sortir de l’horreur. Il parait logique que ce mythe ait pu être sujet à controverse, car même si de façon consciente et cohérente nous pensons à juste titre qu’il faut protéger les personnes dites vulnérables (enfants, femmes enceintes, personnes âgées, personnes handicapées…), nul ne peut prétendre, même avec la plus grande conviction, de la manière dont il réagirait en cas de catastrophe.

P.E. : Sur les lieux d’une catastrophe, que ressent-on à l’idée de privilégier la vie de quelqu’un d’autre?

C. B-B : Privilégier la vie de quelqu’un d’autre est une preuve de dévouement extrême qui intervient de manière relativement rare. Nous pouvons retrouver cette attitude de façon plus fréquente avec les proches (enfants, conjoint…). Il ne s’agit pas là d’acte héroïque ressenti comme tel mais de tout faire pour que ceux qui font partie de notre vie continuent à exister. Mais nous ne savons pas, de façon plus globale, si dans d’autres situations la personne ressent, de manière réelle ou illusoire, un sentiment de sécurité suffisant qui lui permettre de gérer suffisamment son stress ou de le dépasser pour pouvoir agir au détriment de sa propre vie.

P.E. : Si l’on se sauve, se sent-on coupable après coup?

C. B-B : La notion de « se sauver » implique dans sa composition une intention volontaire.Pourquoi l’on se sauve soi-même et pas un autre? Je pense que c’est la première question à se poser avant de porter un quelconque jugement. Quoi qu’il en soit, si la personne est dans l’incapacité matérielle, physique ou psychique d’agir, elle éprouvera un sentiment d’impuissance et le sentiment de culpabilité surviendra la plupart du temps dans le post-immédiat. La personne qui fuit (elle ne se sauve pas), éprouvera sans doute dans le post-immédiat, lors de son retour dans « le monde des humains », un sentiment horrible de culpabilité.

* Son site : psychovictimo30.com

** Sur ce sujet, lire le numéro 4 de  la Revue de Psychosomatique Relationnelle « Esprit et Corps » (ATPR) à  paraitre en novembre 2012 (site : http://www.atpr.info/)

 

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