Stop à la fessée en public ! C’est ce que révèle une étude américaine de l’Université du Michigan publiée dans la revue Behavior and Social Issues.

Pour ou contre la fessée ? Ce débat revient souvent sur le devant de la scène médiatique, mais cette fois-ci, les chercheurs se sont intéressés avant tout aux effets immédiats du toucher dans l’apprentissage de la discipline, et non pas aux effets sur le long terme. Ayant observé une centaine de parents train de réprimander leur enfant âgé de 3 à 5 ans dans différents lieux publics (restaurants, centres commerciaux, parcs…), les chercheurs ont constaté que 23% de ces parents avaient recours à un « contact négatif » pour se faire obéir de leur enfant, que ce soit par la parole ou par la fessée. Autre constat, les papas ne seraient pas les plus sévères.

Une fois les limites dépassées, chaque parent réagit comme il peut. Certains n’arrivent pas à se contenir, et la fessée devient alors une alternative. Pourtant, cette pratique n’a démontré aucun effet d’apprentissage sur le long terme, même si les français restent hostiles à son interdiction. Plusieurs experts livrent leurs points de vue pour vous aider à façonner le vôtre :

“C’est rarement une réponse pertinente”
par François Dumesnil, docteur en psychologie


Pour moi, la fessée n’est pas nécessaire, ce n’est pas une réponse pertinente. En revanche je n’exclus pas de donner une tape dans un contexte précis. La question qu’il faut se poser est si le préjudice est plus grand quand elle n’est pas donnée. Mieux vaut ne pas réprimer la tape lorsqu’elle conduit à un dérapage émotionnel trop vif, qui va bien au-delà de la simple explosion verbale, quand cela risque d’induire un climat d’hostilité et un rejet parental de l’enfant. À mon sens, on peut donner une tape quand on se contrôle et qu’on souhaite reprendre la maîtrise d’une situation. Pour moi, elle doit être donnée parce qu’on choisit de le faire et pas parce qu’on est exaspéré. On en vient à cela lorsque l’opposition de l’enfant est telle qu’il refuse toute autre punition, ce qui est très rare. Dans ce cas, les parents doivent absolument reprendre le contrôle de la situation.

“Elle fait obéir à la violence, pas à la loi”
par Olivier Maurel, président de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire


Je suis contre la fessée parce que c’est un comportement qui est dangereux. Physiquement, on ne sait jamais jusqu’où on va aller. Même si on n’a pas l’intention de faire mal, parfois on peut frapper très fort. Quand on frappe un enfant, la première chose qu’on lui apprend, c’est à frapper. À obéir à la violence et pas à la loi, à frapper quand on veut obtenir quelque chose de quelqu’un. On lui montre qu’un plus fort peut faire acte de violence sur un plus faible. L’enfant est un imitateur né. Et l’imitation est d’autant plus puissante qu’elle vient des parents. Enfin, on lui enseigne un principe exactement contraire à la morale la plus élémentaire : « Ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse. » Sur le plan idéologique, on transmet à l’enfant que la violence est un bien puisque c’est pour son bien que le parent est amené à lui donner une fessée. Pour certains, donner une gifle ou une tape ce n’est pas la même chose. Pour moi c’est pareil. Sur quel principe tolère-ton qu’un mari donne une tape à sa femme ?

“La fessée ne mène à rien”
par Catherine Saladin, psychanalyste

En tant que psychanalyste, doit-on être pour ou contre la fessée ? Je pense qu’on peut prendre position contre, sans culpabiliser les parents, mais en les aidant à comprendre ce qui a pu les amener à ce geste. Je ne peux pas conseiller aux parents qui viennent me consulter, pour des problèmes d’autorité par exemple, de taper leur enfant. Les châtiments corporels ne mènent à rien. Et on sait que secouer violemment un enfant peut être très dangereux pour lui. Quand on sent venir la colère, on peut prévenir l’enfant, ou la dévier. Ensuite, il est vrai qu’il n’est jamais facile d’être parents. Un père, une mère peut, de temps à autre, se sentir débordé, désorienté ou désarmé par rapport à une situation particulière. Mais personnellement, je pense qu’il est important de comprendre que tous les enfants sont naturellement sensibles à la parole. Vous pouvez taper la « petite main qui fait des bêtises », comme disait Françoise Dolto. Cependant, vous pouvez aussi poser les limites en expliquant ou en haussant le ton si nécessaire. Même les plus petits peuvent comprendre le sens des interdits et la fessée est à proscrire. Mettre des limites, c’est pouvoir dire non.

“Je préfère la réparation à la sanction”
par Catherine Kremer, formatrice aux techniques de communication interpersonnelles


Je suis totalement opposée à la fessée même si les parents ont des circonstances atténuantes. En effet, ils ont eux-mêmes été élevés, en grande majorité, avec répression. Cependant, ce n’est en aucun cas une méthode d’éducation. Au lieu de frapper, le parent doit être à l’écoute des émotions de son enfant. Je suis pour l’acquisition des techniques de communication par le parent, ce que propose l’association La maison de l’enfant via un forum de parents. Cela lui permet de mieux comprendre son enfant. Il doit apprendre à accepter certaines frustrations. Il ne faut pas taper ni punir. D’ailleurs au mot punition, je préfère le terme de réparation qui montre que l’enfant a conscience de son acte. Si un petit est régulièrement fessé pendant son enfance, il risque de devenir un de ces trois individus : le soumis craintif qui ne remet jamais rien en cause et a peur de toute autorité, le rebelle qui est incapable d’accepter les règles ou un être qui a peur du jugement d’autrui. Dans les trois cas, il y a quelque chose de cassé chez une personne qui a connu la violence étant enfant.

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