Après la tuerie de Denver (Colorado) lors de la projection du film Batman ‪The Dark knight rises, la justice se tourne vers James Holmes, l’auteur présumé de la fusillade. Arrêté le 20 juillet, il est décrit par les médias américains comme étant discret, timide et réservé… Mais qui est vraiment James Holmes? Comment cet étudiant sans histoires de 24 ans  a-t-il basculé dans l’horreur ?

C’est dans le cinéma bondé d’une banlieue de Denver qu’un inconnu, les cheveux teints en roux, a ouvert le feu en faisant 12 morts et 58 blessés. L’étudiant, inconnu des services de police, refuse toujours d’expliquer les raisons de son acte. L’étrange comportement du meurtrier suscite une vive réaction parmi les experts, et ce d’autant plus qu’il avait envoyé un colis d’alerte à un psychiatre de son ancienne université, contenant un cahier et des dessins présentant ses projets de tuerie. «À l’intérieur, il y avait un cahier rempli de détails sur la façon dont il comptait tuer des gens», a déclaré un policier, sous couvert de l’anonymat. Lors de sa première comparution, James Holmes, l’air hagard, est resté mué devant la lecture des documents judiciaires. L’enquête devrait permettre d’en savoir plus sur la personnalité de James Holmes, même si le juge William Sylvester vient d’interdire toute divulgation d’informations aux enquêteurs.

Skyzophrène ou inhibé ?

Ce sont les deux pistes soulevées par le psychiatre Gérard Lopez. Selon l’expert, James Holmes pourrait être un « skyzophrène délirant » ou bien un « garçon inhibé, rejeté et exclu ». Dans l’hypothèse de la skyzophrénie, le jeune homme aurait agi dans un état de délire dans lequel il s’identifiait au Joker, le méchant dans un précedent opus de la saga Batman. De plus,  le jeune homme était obsédé par le super-héros aux oreilles de chauve-souris. En effet, selon le Los Angeles Times, des affiches et des masques de Batman auraient été découverts à son domicile. D’après les dernières nouvelles, il souhaitait regarder la fin du film. Si cette éventualité de la folie se confirme, James Holmes ne devrait pas être incarcéré, mais éventuellement conduit aux services psychiatriques.

Angoissé et asocial

En revanche, James Holmes aurait tout aussi pu avoir agi en  toute connaissance de cause, en réponse à son sentiment d’exclusion, selon Gérard Lopez. Un point de vue partagé par Samuel Lepastier, psychiatre et psychanaliste, pour qui “le passage à l’acte meurtrier est une tentative de triompher d’une souffrance psychique insurmontable autrement”.  L’examen clinique et l’enquête devraient permettre de mieux comprendre la relation des faits avec l’histoire intime du jeune homme. Selon le spécialiste, personne n’est pas biologiquement prédisposé à se teindre les cheveux en roux et à se prendre pour le Joker “ explique-t-il. De fait, la fusillade serait un acte lucide et préparé depuis longtemps par James Holmes: « Il n’était pas dans un rêve mais dans un état de revanche face à une « défaillance narcissique majeure”, souligne-t-il.  Selon les médias américains, le jeune homme, ne recevait pas de visites, n’avait pas d’amis et surprenait par son mutisme. Une anomalie, qui selon le psychiatre, pourrait être mise en relation avec son incapacité à créer des relations ainsi que sa peur de l’autre.

Batman en cause ?

Certains pensent que Batman, par sa fascination pour la transgression et de la violence aurait provoqué le comportement extrême de James Holmes. Les experts sont plus sceptiques face à cette interprétation. Pour Gérard Lopez, le film serait hors de cause et le problème viendrait du jeune homme lui-même. En revanche, Samuel Lepastier décrit le tueur comme quelqu’un souhaitant être une « incarnation du principe du mal », à l’instar du modèle du Joker. Évidemment, tous les spectateurs du film ne passeront pas à l’acte après l’avoir vu, mais la question de la responsabilité des producteurs de Batman reste ouverte. D’après l’expert, « si  l’équipe de direction du film a souhaité annuler la séance qui devait avoir lieu le jour suivant, c’est qu’elle se sentait concernée. En tout état de cause, c’est surtout la question de la facilité à acquérir des armes et des munitions qui doit interroger. »

Jouir de la gloire

James Holmes s’est rendu sans opposer de résistance aux forces de police, sans achever son forfait par un suicide, contrairement à ce qu’on peut voir dans d’autres schémas de meurtres de masse. Cet élement souleve des questions sur ses motivations et sur son éventuelle perversité. Voulait-il vivre pour jouir du spectacle de son crime ? Pour Samuel Lepastier, « la question se pose comme celle de la célébrité que connaît actuellement le meurtrier. Une médiatisation qui pourrait être interprétée comme le moment de gloire pour un être habituellement confiné dans la frustration solitaire, », explique-t-il.

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