Une étude de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), publiée le 12 juillet dans la revue The Lancet1, révèle que les enfants handicapés ont environ quatre fois plus de risques d’être victimes de violence. Explication.

 Pour arriver à ce constat, les chercheurs ont englobé les résultats de 17 autres études, qui portaient sur 18 374 enfants vivant dans des pays à haut revenu (Espagne, Etats-Unis, Finlande, France, Israël, Royaume-Uni et Suède).  Les actes de violence étant commis par des adultes, comme les parents ou les aides familiales.

Il en ressort également que ces enfants ont 2,9 fois plus de risques d’être victimes d’actes de violence sexuelle. Ceux ayant une maladie mentale ou des déficiences intellectuelles seraient les plus vulnérables.

 Selon l’OMS, le manque d’information concernant le handicap est le principal moteur de cette violence, ainsi que l’absence de soutien social aux personnes s’occupant de personnes handicapées. Le chercheur principal de l’étude, le docteur Mark Bellis, a déclaré qu’ « il incombe au gouvernement et à la société civile de veiller à exposer et à prévenir de tels processus de victimisation ». Le cas de la petite Marina, décédée sous les coups de ses parents et qui présentait une légère déficience mentale, a rappelé qu’il fallait agir.

Houari Maïdi, psychologue clinicien et psychanalyste2, nous explique les raisons d’une telle maltraitance envers un enfant handicapé.

 Psychoenfants : Qu’est-ce qui pousse l’entourage d’un enfant handicapé à le maltraiter ?

 Houari Maïdi : La violence sur les enfants handicapés est générée par l’angoisse. C’est l’angoisse de la castration narcissique, c’est-à-dire une frustration du fait que l’enfant ne représente pas l’idéal que les parents s’imaginaient. L’enfant représente alors le mal et engendre de la haine. Il est aussi souvent considéré comme une partie de soi qui est négative. Mais la motivation de cette violence est bien souvent inconsciente. L’adulte qui maltraite est conscient de ses gestes mais ne sais pas pourquoi il est violent.

P.E : Pourquoi l’enfant handicapé est-il plus victime que l’enfant valide ?

H.M : Parce qu’il demande beaucoup d’énergie et donc, il fatigue plus les parents. Bien souvent, les enfants handicapés mentaux sont déconnectés de la réalité. Ils ne comprennent pas ce qui leur arrivent et ne réagissent pas. Cela peut être source de frustration pour les parents qui cherchent un moyen de faire réagir l’enfant. Quant aux enfants handicapés physiques, ils risquent de susciter une violence chez les parents qui peuvent se sentir dérangés par un physique difficile à accepter.

P.E : Sont-ils, plus que les autres enfants, des enfants symptômes3 ?

 H.M : Ils le sont car ils font l’objet d’une concentration des conflits. Il arrive qu’un enfant handicapé soude une famille, mais dans les cas où il y a de la violence, c’est rare. Il sert alors de bouc émissaire d’une manière insensée, comme peut l’être la violence.

 P.E : Que faire pour prévenir cette violence ?

 H.M : Dans ce type de situation, les parents sont souvent seuls. Ils sont dans une relation fusionnelle avec l’enfant et il n’y a donc pas de séparation. Il faudrait donc un tiers qui médiatise cette relation, pour extérioriser ses émotions mais aussi les comprendre. Il faut créer une triangulation pour prendre du recul sur les rapports parents/enfant.  Il est important de mettre des mots sur cette violence et ses raisons.

1revue scientifique médicale britannique

2auteur de Clinique du narcissisme – L’adolescent et son image aux éditions Armand Colin

3 enfants « à problèmes » qui vont devenir les catalyseurs de tous les conflits alors qu’ils  n’en sont que les révélateurs

Retrouvez l’ensemble de nos articles sur notre site, ici

Publicités