Aux Etats-Unis, certains parents qui ont recours à la procréation médicalement assistée ne se contentent pas d’avoir un enfant. Certains, dans leur quête de l’enfant idéal, ont recours au « baby business« . Cette méthode consiste à sélectionner – en fonction du sexe du bébé à naître et de critères physiques et moraux – la personne qui vendra ses ovules ou son sperme.

Ainsi, des personnes font appel à des agences spécialisées dans le don de gamètes. Sur catalogue, elles ont le choix parmi une multitude de profils. La sélection des donneurs se voulant très drastique, seuls 2 à 3% des candidats seraient retenus. Illégal en France, mais possible aux États-Unis, un tel don peut rapporter de 5000 à 10 000 euros. La psychothérapeute Patricia Chalon* et la psychanalyste Lyliane Nemet-Pier** nous livrent quelques clés de compréhension sur cette pratique tant décriée.

PsychoEnfants : Que pensez-vous de ces agences spécialisées qui proposent ces bébés sur mesure?

L.N-P. : Il s’agit là d’une aberration. Si on commence à choisir ses enfants sur des critères de supermarché, on est mal parti…
P.C. : Cela fait froid dans le dos déjà dans un contexte de banalisation des techniques de procréation médicalement assistée. Mais alors engendrer un enfant sur la base de l’import-export, ca n’augure vraiment rien de bon…

P.E. : Après tout, si la science le permet, pourquoi ne pas concevoir un enfant qui ressemble à celui de ses rêves? Quelque part, tous les futurs parents n’ont-ils pas un « enfant idéal » en tête?

L.N-P. : D’emblée, on est confronté à un trouble de la parentalité. A noter également que souvent les parents cherchent à réparer une blessure narcissique causée par l’incapacité de l’un des deux à avoir un enfant.
P. C. : Cela pose de véritables questions d’ordre éthique car l’embryon constitue déjà une première étape de vie…Par ailleurs, il existe de grands risques pour l’enfant. Il se peut qu’entre l’enfant imaginaire paré de toutes les qualités – l’enfant idéalisé acheté sur catalogue – et l’enfant réel, le fossé soit trop important, voire infranchissable pour certains parents qui ont des attentes irréalistes.

P.E. : Si l’enfant n’est pas « conforme » à celui du catalogue, cela peut-il avoir des conséquences sur la construction de son identité?

L.N-P. : L’enfant surinvesti et fortement idéalisé a de fortes chances de se voir lié à l’impossible défi d’être parfait et conforme aux désirs et attentes de ses parents. Par ailleurs, sur le plan relationnel, certains parents n’arrivent pas à s’attacher car l’enfant n’est pas d’eux. Tandis que d’autres, à l’inverse, sont très possessifs comme s’ils donnaient tout à leur enfant pour remplacer le sperme ou l’ovule du tiers.
P.C. : Il est tout à fait possible que l’enfant, en grandissant, ne corresponde pas à ce que l’on désirait de lui sur le plan physique et comportemental. Et là, il peut y avoir rejet de l’enfant, pouvant causer une grande souffrance chez ce dernier, n’étant pas accepté pour ce qu’il est. A l’inverse, il n’est pas exclu que les parents puissent être de « bons » parents. Ils pourraient même s’avérer « meilleurs » que des parents classiques car ils ont vraiment désiré l’enfant. Donc difficile de faire des généralisations…

P.E. : Le parent, se doit-il d’en parler à son enfant? Si oui, à quel moment est-ce préférable?

L.N.P. : De nombreux parents craignent d’en parler à leurs enfants par peur que ces derniers ne se sentent perdus. Mais il faut en parler, c’est indéniable.
P.C. : Arrivé à l’âge de conscience – soit 5/6 ans – l’enfant se voit confronté à la levée ou non du secret sur les modalités de sa conception. S’il convient de le cacher ou de le dire, les avis entre spécialistes divergent, mais à titre personnel, je pense que c’est fondamental. Quand des secrets de ce type ne sont pas exprimés, il est de grandes chances que l’enfant l’apprenne de la bouche d’un tiers, donc mieux vaut prendre les devants. Par ailleurs, si l’enfant a été choisi sur des critères physiques qui diffèrent de la typologie parentale, l’enfant risque d’avoir des doutes sur sa propre provenance, pouvant causer troubles de l’identité et sentiment de non appartenance à la cellule familiale.

*Auteur « De la bienveillance à la bientraitance » (Editions Marabout)
**Auteur « Mon enfant me dévore » (Editions Albin Michel)

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