Le CFCM (Conseil Français du Culte Musulman) s’inquiète de la recrudescence des accusations d’antisémitisme visant les jeunes musulmans, depuis les tueries de Toulouse et Montauban.

Richard Prasquier, le représentant du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France) dénonce pour sa part, un antisémitisme croissant parmi les jeunes de la communauté musulmane. Une forme de discrimination raciale dont s’est également inquiété le ministre de l’intérieur Manuel Valls sur radio J, dimanche. Il a appelé en revanche, à éviter la stigmatisation des citoyens de confession musulmane. Nous nous sommes posés la question du racisme à l’école et de l’impact psychologique sur les victimes. Claire Mestre* et Christine Brunet** nous expliquent ce qui se joue dans la tête d’un enfant, confronté aux remarques, brimades et insultes du fait de sa spécificité raciale, religieuse ou ethnique.

PsychoEnfants : Qu’est-ce qui distingue les préjugés des autres remarques?

C.M. : Les préjugés se fondent sur un mythe, un fantasme. Tel est le cas du racisme religieux comme l’islamophobie et l’antisémitisme. Ce qui n’est pas le cas en revanche, d’une attaque portée sur un défaut physique. La remarque vise un individu personnellement. Concernant l’appartenance religieuse, une communauté toute entière est perçue comme une menace. Or les jeunes ont souvent peu, voire pas de recul. C’est pourquoi, il est essentiel que le corps enseignant puisse éclairer les élèves. Ce qui passe notamment par l’apprentissage de la religion. La connaissance est le meilleur outil contre le racisme, une manière de dépasser les préjugés existants. Des préjugés qui sont d’ailleurs souvent aggravés par un contexte, un évènement. Tel a été le cas de l’affaire Merah fortement instrumentalisée, alors qu’il s’agissait d’un acte isolé… Mais un point positif à noter toutefois : l’école est souvent plus protectrice que la société. A Bordeaux où j’habite, je rencontre de nombreux parents d’élèves et enseignants qui font preuve d’un réel esprit citoyen.

P.E. : Qu’est-ce que l’enfant se dit quand il entend des insultes ou des remarques sur son appartenance religieuse?

C.B. : Tout dépend de si l’enfant vit ces attaques isolément ou en groupe. Dans le deuxième cas, la souffrance est partagée et l’appartenance à un groupe rend l’enfant moins vulnérable. Quand l’enfant est isolé en revanche, ca s’avère nettement plus problématique. Victime du harcèlement d’un groupe du fait de sa spécificité religieuse, raciale ou ethnique, il se sent alors blessé, humilié, rabaissé, attaqué dans son intégrité, dans sa particularité. Ce qui est vécu comme un sentiment de rejet permanent, pouvant engendrer un sentiment de honte ou de culpabilité.

P.E. : Quel peut être l’impact psychologique sur la victime? Quel est le risque que l’enfant intègre ces remarques négatives?

C.B. : A noter que chaque enfant a sa manière de réagir. Il peut adopter une attitude agressive, prendre ses distance par rapport aux autres, s’isoler, refouler sa colère, l’extérioriser,…Dans la plupart des cas, il adopte une position victimaire. C’est pourquoi il lui faut en sortir. Mais tout dépend aussi de son environnement familial et amical. Bénéficie-t-il de soutiens à l’extérieur? Peut-il se confier à ses parents? Le partage-t-il avec d’autres camarades, victimes des mêmes attaques? Comme évoqué précédemment, vivre une telle discrimination est loin d’avoir le même impact si l’enfant est seul ou en groupe. Mais dans certains cas, une telle discrimination peut entraîner de graves conséquences : un décrochage scolaire, une perte d’estime de soi pouvant aller jusqu’au suicide, ou alors un désir de vengeance, une volonté de prendre le pouvoir à plus long terme,…Il est difficile toutefois de faire des généralités.

*Psychothérapeute et présidente de l’association Mana et auteur de « Vivre, c’est résister » (Editions La Pensée sauvage)
**Psychologue, clinicienne et auteur de « Dis bonjour à la dame » (Editions Albin Michel)

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