Entre parents et enseignants, rien ne va plus ! Cette relation conflictuelle fait l’objet du rapport annuel de la médiatrice de l’Education Nationale, Monique Sassier. Un rapport alarmant selon lequel 1 enseignant du primaire sur 5 aurait eu au moins un différend avec un parent au cours de l’année 2011. Que se cache-t-il derrière ces conflits ? Éléments de réponse avec le psychologue Phillipe Béague* et le président de la FAS** Roger Crucq.

Psychoenfants : Pourquoi tant de conflits entre parents et professeurs ?

Roger Crucq : Il n’y a pas une querelle permanente entre les deux. Parfois, les relations entre les acteurs de l’école se tendent, mais il s’agit plus de dysfonctionnements que de véritables conflits.

Philippe Béague : Aujourd’hui, il y a en effet une relation conflictuelle car  les parents veulent systématiquement intervenir dans les décisions prises par l’institution scolaire, quitte à empiéter sur le terrain des professeurs.

P .E : Parents et profs auraient donc chacun leur propre terrain respectif ?

P.B : Effectivement. Chacun a sa place, mais pas la même place. Les enseignants sont des professionnels contrairement aux parents. Ils savent ce qu’ils font, n’en déplaise aux parents. C’est à ces derniers de faire la part des choses : les profs sont les principaux responsables légitimes des enfants à l’école tandis que les parents, eux, sont chargés de l’éducation des enfants hors de l’école. Toutefois, cela ne relègue pas l’enseignant dans une fonction pédagogique exclusive : il est également un éducateur moral face à l’enfant.

P.E : Dans cette configuration, les parents perçoivent-ils les enseignants comme leurs rivaux ?

R.C : Je ne pense pas que l’on puisse évoquer une rivalité, mais plutôt une incompréhension des règles et des exigences qui distinguent la vie à la maison de la vie en classe, à savoir deux mondes qui sont complémentaires.

P.B : Il y a une rivalité. Les parents qui conçoivent leurs enfants comme leur « propriété » peuvent se sentir menacés par cette autre instance d’autorité qu’est censée incarner l’école. Pour d’autres, de par leurs souvenirs, les enseignants peuvent représenter la figure du bourreau : les attaquer, maintenant qu’ils sont parents, peut être une forme de revanche.

P.E : Les parents participeraient donc à la perte de respectabilité de l’école ?

R.C : Cette perte de respectabilité n’est pas à mettre sur le compte des parents. C’est globalement le système éducatif qui connaît une crise de représentation : il y a une déception chez les familles en attente d’une école qui permettra à leurs enfants de réussir, mais aussi une perte de confiance des enseignants qui, trop longtemps, se sont sentis abandonnés.

P.B : Souvent les parents ne se gênent pas à décrédibiliser les enseignants même devant leurs enfants. Les expressions « ton prof est nul » «  il te punit sans raison », « il va m’entendre ton prof » sont malheureusement monnaie courante à la maison. Si les parents ne respectent plus les enseignants, comment voulez-vous que les enfants le fassent ?

P.E : Mais comment améliorer les relations entre parents et enseignants ?  

R.C : Il faut une confiance, une écoute et une collaboration entre les deux. Les parents d’élèves ne sont pas les adversaires des enseignants. Ce sont des partenaires institués par la loi et représentés par leurs élus.

P.B : Il faudrait d’abord redéfinir les fonctions de chacun pour que les parents n’outrepassent pas leurs droits. Ensuite, il est impératif de revoir l’éducation de l’enfant telle qu’elle se fait aujourd’hui : trop laxiste, elle entretient « l’enfant-roi » dans une spirale du laisser-faire. Or, les limites sont indispensables pour le développement psychique et affectif de l’enfant.

* Philippe Béague est le président de la Fondation Françoise Dolto et  a écrit  Parents, enseignants …  la guerre ouverte ? et  Aimer à perdre la raison  – Ed Couleur Livres. I

** FAS : Fédération des membres de l’Enseignement public

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