Au début du mois de juillet, le CSA a annoncé sa décision d’imposer une restriction d’âge pour l’émission « Mini-miss : qui sera la plus belle ? », diffusée sur NT1. Elle sera désormais déconseillée aux moins de 10 ans à cause de son contenu choquant.

Aux Etats-Unis, les concours de beauté pour les petites filles font désormais partie du décor.  L’émission diffusée sur NT1 nous vient d’ailleurs de l’autre côté de l’Atlantique. L’émission « Toddlers & Tiaras » de son nom original, filme des petites filles de 4 à 9 ans qui participent à des concours de beauté. De la préparation au défilé devant les parents, le téléspectateur voit toutes les étapes de ces « pageant »* filmés comme un documentaire.

Désormais, l’émission sera précédée d’une annonce : « Le concours de mini-miss est un phénomène aux Etats-Unis. Ce phénomène se développe en France et fait l’objet d’un encadrement strict ».  Le CSA a également déclaré que le jeune âge des petites filles qui regardent ce programme ne leur permettait pas « la distanciation nécessaire » pour le regarder.

« Elles ne sont pas prêtes à être femmes »

Le problème avec ces concours de beauté, c’est que l’on donne à ces petites filles une image de soi qu’elles n’ont pas construite elles-mêmes. Pour Françoise Mariotti, psychologue thérapeute, ces jeunes filles développent au contraire une « estime externe », conditionnée par les prix et les applaudissements. Pendant ces concours, elles sont admirées, complimentées, mais quand vient l’adolescence le corps change, « elles peuvent se trouver très déstabilisées » explique la psychologue.

Les valeurs que leurs parents leur apprennent sont négatives. Ces concours sont avant tout des compétitions et il arrive qu’elles soient prêtes à tout pour gagner, du simple regard de travers au coup bas. Elles sont également conditionnées pour penser que la beauté est une fin en soi. « Elles pensent que pour plaire, pour être quelqu’un de bien, il faut être jolie » déclare Alexandra Bruni-Nogier**, psychologue. Plus tard, cela peut provoquer des troubles alimentaires, comme l’anorexie. Habituées à la perfection, elles ne supportent pas le moindre défaut.

Il s’agit d’une perte de repères dont elles souffrent en grandissant. Selon Didier Lauru***, psychiatre et psychanalyste, c’est comme si ces dernières subissaient un « abus sexuel psychique ». Elles ne sont pas prêtes à être femme et pourtant on leur attribue des attraits sexuels totalement qu’elles ne devraient pas avoir à leur âge.

Les mères réalisent un rêve d’enfant

Même s’il ne faut pas généraliser, ce sont souvent les mamans qui inscrivent leur fille à ces concours de beauté. Les petites filles y participent pour faire plaisir à maman et également parce qu’elles aiment être pouponnées. Mais bien souvent, elles jouent à la poupée avec leur fille et réalisent des rêves qu’elles n’ont pas pu réaliser. Selon Françoise Mariotti, les mères chercheraient à réaliser un rêve d’enfant : « leur fille leur apportent une reconnaissance qu’elles n’ont pas eue étant plus jeunes ».

Elles y recherchent donc une jeunesse éternelle, un moyen de rester enfant. Un sentiment partagé par Alexandra Bruni-Nogier ,« on assiste à une inversion des rôles, la mère veut rajeunir alors que la petite fille grandit trop vite ».

« De la chair à pédophile »

Le risque de ces concours de beauté est l’image que ces petites filles renvoient à des hommes mal attentionnés. « Elles sont de la véritable chair à pédophile » déclare Didier Lauru. Il y a quelque chose dans le regard de certains hommes qui peut changer et les parents ne s’en rendent pas forcément compte. Le psychologue estime qu’il faut alerter les parents de ces risques et préserver au maximum l’innocence de ces petites filles. L’hypersexualisation est quelque chose de malsain pour des enfants qui n’ont pas encore atteint la maturité sexuelle.

Des concours différents en France

Ces concours de beauté connaissent une récente popularité en France. Mais les règles y sont plus strictes qu’aux Etats-Unis. Dans certains concours, les fillettes ne doivent pas êtres trop maquillées, ne pas porter de talons et ne défilent pas en maillot de bain. Bien sûr, le règlement n’est pas toujours respecté. Mais on peut observer le caractère plus « familial » des compétitions françaises qui se déroulent dans des salles de fête ou des instituts de beauté.

Certains concours, peu après le rapport de Chantal Jouanno****, ont même été annulés car les habitants trouvaient ces pratiques dégradantes.

*concours de beauté
** et auteur d’un article sur l’hypersexualisation
*** auteur de La sexualité des petits n’est pas l’affaire des grands aux éditions Hachette
****Contre l’hypersexualisation, un nouveau combat pour l’égalité

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