Une grande étude sur l’évolution du rôle des mamans propose une photographie des mères en Europe : actives mais en prise avec un sentiment de culpabilité, soutenues par une nouvelle génération de pères et des communautés virtuelles, mais somme toute toujours isolées,  le portrait des mamans d’aujourd’hui est riche et contrasté.

Exit la desperate housewife, occupée uniquement aux tâches domestiques. L’émergence des « mamans managers » a transformé le rôle traditionnel d’épouse et de mère. Désormais, les mamans sont à la fois en charge de l’organisation de la famille, soutiennent leurs foyers financièrement en travaillant, tout en étant femme et conjointe. Elles assument tous les rôles mais à quel prix ? A travers les résultats d’une grande étude européenne réalisée auprès de 10 000 mamans dans 13 pays sur l’évolution du rôle des mères, P&G (Pampers, Ariel, Gillette…) met en valeur ces évolutions qui ont radicalement changé le visage des mères en Europe. L’analyse de Serge Hefez, psychanalyste et auteur du livre « Les scènes de la vie conjugale », aux éditions Fayard.

PsychoEnfants : 86 % des mères françaises éprouveraient un sentiment de culpabilité à l’égard du partage de leur temps entre leur activité professionnelle et leur vie de famille. Comment l’expliquez-vous ?

 Serge Hefez : Il existe deux types de culpabilités. Une culpabilité saine, qui nous évite de commettre des fautes et qui apparaît lorsque nous faisons du mal à autrui. Elle nous est utile car elle provoque en nous un sentiment désagréable qui nous pousse à réparer nos torts. La seconde facette de la culpabilité est plus pernicieuse, car on a le sentiment d’être toujours à la mauvaise place. La pression sur les femmes est telle qu’elles doivent se préoccuper de leur métier, de leur foyer et de leurs enfants, mais également de leur relation conjugale. Du coup, elles n’arrivent pas s’investir vraiment de ce qu’elles font et s’en sentent coupables. Ceci est spécifiquement féminin, car ce balancier vie personnelle/vie professionnelle est plus ancré chez les femmes car l’image de la mère qui fait autre chose que s’occuper de ses enfants et encore très destructive, alors que l’on considère presque « normal » qu’un père réserve son temps à d’autres activités extra-paternelles…

P.E : Comment déjouer ce mythe de la superwoman ?

 S.H : le secret de l’épanouissement réside en grande partie dans le fait d’habiter l’instant présent, de vivre pleinement tous les moments de notre existence. La culpabilité nous chasse de ces émotions positives pour nous amener imaginairement dans un autre lieu ou à un autre temps. De plus, il faudrait également se rendre compte qu’il n’y pas plus de mauvaises mères que de mauvais pères. Il y a des parents qui accomplissent des tâches parentales, qui doivent être de moins en moins sexuées. Il s’agit à la fois que chacun puisse prendre sa place, et que la parentalité apparaissent de moins en moins comme étant une compétence uniquement féminine et maternelle.

P.E : 9 mères françaises sur 10 pensent que les pères sont aujourd’hui plus impliqués dans la garde des enfants au quotidien… C’est plutôt bon signe, non ?

S.H : oui, surtout que ces derniers consacrent seulement 34 minutes par jour à l’éducation, aux travaux ménagers, etc. On a constaté un véritable changement du rapport du père avec l’enfant, qui laissent apparaître une sorte d’« instinct maternel » à l’intérieur d’eux. Ce n’est pas encore vrai partout, mais aujourd’hui, un homme qui s’occupe d’un jeune enfant ne se sent pas menacé dans sa masculinité, encore moins « mères bis » ou « papa poule » ! Cela dit, des progrès restent à faire puisque les pères restent dans leur bon plaisir (jouer, câliner…) alors que les mères sont dans le contrainte (les devoirs, le bain, les visites chez le médecin) Chaque année, les mères gagnent en moyenne trois minutes de temps de temps présence masculine en plus pour les tâches du quotidien. C’est peu, mais imaginez dans 50 ans…

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