Quand la parenthèse estivale tant espérée, tant attendue, se mue en… cauchemar. A peine les classes terminées que certains se voient déjà sommés de soumettre à leurs parents un rendu quotidien des travaux effectués. Anglais, maths, français,… Cette tendance au labeur permanent des enfants est loin de faire l’unanimité. Nous avons posé la question à Christine Brunet*, psychologue clinicienne et Gisèle George**, pédopsychiatre.

 PsychoEnfants : Les devoirs de vacances sont-ils indispensables selon vous?

Christine Brunet : Il est nécessaire que le mois de juillet soit une période de repos. En revanche, il peut s’avérer très utile à ce que l’enfant s’y attèle fin août, deux semaines avant la rentrée scolaire. Une manière de bien préparer l’année en cours, de consolider ses acquis et/ou de reprendre des points mal assimilés. Le tout est de ne pas leur mettre la pression, leur faire comprendre que c’est loin d’être catastrophique et que ca ne met pas leurs vacances en péril. Et surtout, tout dépend des besoins de l’enfant. Certains s’y adonnent spontanément, de leur propre gré, ils aiment ca. Il s’agit souvent des bons élèves. Tandis que d’autres sont plus réticents. Ceux sont souvent les plus fragiles scolairement parlant.

Gisèle George : Sont-ils indispensables ? Oui, si vous voulez vous gâcher vos vacances ! Après des mois de bons et loyaux services dans votre entreprise, avez-vous envie de travailler durant vos vacances ? Personnellement, non ! En réalité, c’est le terme « devoirs » qui m’embête. Cela dit, les 10-15 derniers jours de vacances, ce serait bien de remettre l’enfant dans un rythme scolaire, le coucher plus tôt, et surtout, lui faire faire une activité nécessitant un effort mental soutenu : écrire un petit texte sur ses vacances, lire un petit livre etc. Ces 2 heures de concentration lui permettront de reprendre l’entraînement physique et mental de la régularité.

P.E : Faut-il réserver un traitement spécifique aux enfants en difficulté scolaire ?

C.B. : Le parent doit pouvoir faire preuve de patience, de bienveillance et d’écoute. Cependant, si l’enfant oppose une résistance, le parent doit bien se garder de lui céder quelconque pouvoir. Le tout est de parvenir à lui faire prendre conscience de l’utilité de ces devoirs extra-scolaires. Si besoin est, alterner entre journées avec et d’autres sans. Mais surtout, amener cela de façon ludique. Le tout est de donner envie. Il est toutefois une règle à respecter : la punition est à proscrire. Ca reste des vacances tout de même!

 G.G. : Tout dépend de ce qu’entend par difficulté scolaire. Certains enfants sont dans le premier tiers de la classe, et pourtant, les parents perfectionnistes viennent me voir pour des difficultés scolaires ! En revanche, en cas de troubles spécifiques de l’apprentissage (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie…) il faut un éducateur spécialisé tout au long de l’année. Pour ceux qui manquent de confiance en eux, on peut leur faire exprimer leur potentiel autrement et de manière plus ludique. Enfin, pour ceux qui n’ont pas envie : vouloir leur imposer ne fera qu’aggraver leur opposition. Ils vont râler ergoter, chacun va s’énerver tout le monde se gâchera les vacances.

P.E : Le sérieux des cahiers de vacances tend à rebuter certains enfants. Quels types d’alternatives préconisez-vous?

C.B. : Il y a toutes sortes d’alternatives. A noter qu’elles ne peuvent remplacer les cahiers type Tout savoir de Nathan Vacances, Passeport de Hachette,… mais s’avèrent être de très bons compléments. Il pourrait s’agir d’un carnet de bord tenu quotidiennement, d’un commentaire de film vu au cinéma, d’une description de ballade à la montagne,…Diverses façons de stimuler l’intellect de son enfant de façon ludique et attrayante. A noter que les jeux de société sont très bénéfiques également. Je pense au Petit Bac, à Portraits, au Scrabble pour enfants, aux jeux fléchés,…

G.G. : Principalement, des jeux de société qui stimulent l’attention, la concentration et la stratégie, même si j’ai plein d’autres astuces. Il y a le Master Mind, Othello, les jeux de dames, les échecs ou le Baggamon, le Mémory sans oublier le Sudoku ou la bataille navale.Vous pouvez également faire travailler votre enfant sans qu’il ne s’en rende compte, simplement en lui demandant d’aller chercher une glace seul, de calculer avec un billet de 10 euros, combien le vendeur lui redonnera de monnaie. Pour les amoureux des grands espaces, il y a également les chasses au trésor avec des énigmes et des charades…

 P.E : Et enfin, selon vous, ne faudrait-il pas réaménager le calendrier des vacances scolaires?

C.B. : Nous sommes passés de trois à deux mois déjà. C’est déjà pas mal, mais en effet, deux mois, c’est un peu long…Après, il y a tout type de paramètres à prendre en compte. L’environnement familial en constitue un. Si les parents sont séparés, c’est une manière aussi de répartir les semaines passées avec chacun.

G.G. : Deux mois ne me paraissent pas si long que ça. Les enfants ne sont pas des cervelles creuses, ils n’oublient pas tout ! De plus, le mois de septembre est souvent consacré à la remise à niveau. On reprend les bases (on refait des additions, des divisions…) avant de passer au « vrai » programme en octobre.

 * auteur de Dis bonjour à la dame, aux éditions Albin Michel

** auteur de J’en ai marre de crier, se faire obéir sans hausser le ton, aux éditions Eyrolles + retrouvez ses trucs et astuces sur www.giselegeorge.com

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