Les garçons lisent plus que les filles ! Et pour cause, ils préfèreraient regarder la télévision (62 % contre 45 % chez les filles). C’est en tous cas ce que révèle le rapport britannique Boys reading commission, constitué par un groupe de parlementaires. Un constat que relativise Jacques Fijalkow, chercheur en psycholinguistique.

Psychoenfants : Dans le domaine de la lecture, existe-t-il un fossé entre les filles et les garçons ?

Jacques Fijalkow : On peut le dire, mais celui-ci tend à s’amenuiser depuis ces trente dernières années . Une évolution que n’évoque pas ce rapport qui, rappelons-le, a été mené par des hommes politiques et non par des experts  qui auraient étudié les tendances sociologiques et philosophiques contemporaines.

P.E : Mais, comment expliquer que les garçons lisent moins ?

J.F : Il n’y a pas de réponse unilatérale à cette question autour des différences mais on peut émettre certaines hypothèses. D’abord, on peut dire que l’offre éditoriale cible plus les filles que les garçons  pour des raisons marketing puisque souvent, dans la littérature, les actions ou les personnages sont relativement plus tournés vers l’univers féminin. Cette absence de référent masculin, qu’évoque justement le rapport, se reflète également dans le personnel enseignant, à la maison et à vrai dire dans toute la société porteuse de stéréotypes sexistes. De fait, la lecture serait plus associée à une activité « tranquille et domestique » tandis que les garçons seraient plus attirés par le monde de l’extérieur.

P.E : Comment sensibiliser davantage les garçons à la lecture ?

J.F : Dans ce domaine, on ne peut pas donner de conseils miraculeux. On pourrait déjà commencer par diversifier l’offre culturelle. Ensuite, je pense que les garçons ne sont pas non plus des êtres à part, réticents à toute forme de lecture. La vraie différence ne se situe pas tant au niveau de l’acte de lecture mais au niveau du type de lecture : les garçons lisent moins les histoires où l’imagination et la créativité sont sollicités mais ils lisent, autant que les filles, les livres documentaires tournés autour de la connaissance du monde par exemple.

P.E : Pourquoi la lecture a-t-elle une telle importance dans nos sociétés ?

J.F : Cette injonction sociale autour du « devoir » de lecture n’a pas toujours existée. C’est un phénomène qui est historiquement relatif à la démocratisation de la scolarisation. De plus, en Occident, nous avons développé un rapport sacré à l’objet “livre“ qui, en lui même, serait plus noble que d’autres supports. De ce fait, que l’on soit fille ou garçon, il est automatiquement considéré “bon“ de lire dans notre société actuelle.

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Image : FreeDigitalPhoto.net

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