« Une bonne fessée, on s’en souvient ! », les parents ne croient si bien dire ! Une récente étude canadienne publiée dans la revue américaine Pediatics, révèle des enfants ayant reçu des fessées développeraient plus de troubles mentaux une fois adultes.

L’étude a été menée auprès de 34 653 adultes. Le but était d’examiner l’effet que pouvaient avoir la fessée et les châtiments corporels légers, en excluant les sévices sévères (coups violents ou abus sexuels), sur le comportement psychologique des adultes qui en ont reçus.
Les résultats montrent que ces personnes ont 2% à 7% de risques de souffrir de pathologies mentales une fois adultes, que ce soit de désordres comportementaux ou de problèmes d’alcool ou de drogue.

Des recherches précédentes, concernant cette fois des sévices plus sévères, avaient déjà démontré que les enfants victimes de châtiments corporels souffraient davantage de désordres mentaux une fois adultes. Ils étaient plus enclins à se comporter de manière agressive.

Faut-il interdire la fessée ?

En novembre 2009, la député UMP Edwige Antier avait déposé une proposition de loi visant à interdire la fessée, jugeant la France en retard au niveau européen (dans le monde, 32 pays ont banni les punitions corporelles, la France n’en fait pas partie). Le projet avait été refusé. Faut-il alors réellement supprimer la fessée ? S’agit-il seulement d’un acte de violence ou peut-elle avoir des vertus éducatives ? PsychoEnfants prend part au débat avec quatre avis d’experts :

C’est rarement une réponse pertinente”
par François Dumesnil, docteur en psychologie


Pour moi, la fessée n’est pas nécessaire, ce n’est pas une réponse pertinente. En revanche je n’exclus pas de donner une tape dans un contexte précis. La question qu’il faut se poser est si le préjudice est plus grand quand elle n’est pas donnée. Mieux vaut ne pas réprimer la tape lorsqu’elle conduit à un dérapage émotionnel trop vif, qui va bien au-delà de la simple explosion verbale, quand cela risque d’induire un climat d’hostilité et un rejet parental de l’enfant. À mon sens, on peut donner une tape quand on se contrôle et qu’on souhaite reprendre la maîtrise d’une situation. Pour moi, elle doit être donnée parce qu’on choisit de le faire et pas parce qu’on est exaspéré. On en vient à cela lorsque l’opposition de l’enfant est telle qu’il refuse toute autre punition, ce qui est très rare.

“Elle fait obéir à la violence, pas à la loi”
 par Olivier Maurel, président de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire


Je suis contre la fessée parce que c’est un comportement qui est dangereux. Physiquement, on ne sait jamais jusqu’où on va aller. Même si on n’a pas l’intention de faire mal, parfois on peut frapper très fort. Quand on frappe un enfant, la première chose qu’on lui apprend, c’est à frapper. À obéir à la violence et pas à la loi, à frapper quand on veut obtenir quelque chose de quelqu’un. On lui montre qu’un plus fort peut faire acte de violence sur un plus faible. L’enfant est un imitateur né. Et l’imitation est d’autant plus puissante qu’elle vient des parents. Enfin, on lui enseigne un principe exactement contraire à la morale la plus élémentaire : « Ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse. » Sur le plan idéologique, on transmet à l’enfant que la violence est un bien puisque c’est pour son bien que le parent est amené à lui donner une fessée. Pour certains, donner une gifle ou une tape ce n’est pas la même chose. Pour moi c’est pareil. Sur quel principe tolère-ton qu’un mari donne une tape à sa femme ?

“La fessée ne mène à rien”
par Catherine Saladin, psychanalyste


Je pense qu’on peut prendre position contre, sans culpabiliser les parents, mais en les aidant à comprendre ce qui a pu les amener à ce geste. Je ne peux pas conseiller aux parents qui viennent me consulter, pour des problèmes d’autorité par exemple, de taper leur enfant. Les châtiments corporels ne mènent à rien. Et on sait que secouer violemment un enfant peut être très dangereux pour lui. Quand on sent venir la colère, on peut prévenir l’enfant, ou la dévier. Ensuite, il est vrai qu’il n’est jamais facile d’être parents. Un père, une mère peut, de temps à autre, se sentir débordé, désorienté ou désarmé par rapport à une situation particulière. Mais personnellement, je pense qu’il est important de comprendre que tous les enfants sont naturellement sensibles à la parole. Vous pouvez taper la « petite main qui fait des bêtises », comme disait Françoise Dolto. Cependant, vous pouvez aussi poser les limites en expliquant ou en haussant le ton si nécessaire. Même les plus petits peuvent comprendre le sens des interdits et la fessée est à proscrire. Mettre des limites, c’est pouvoir dire non.

“Je préfère la réparation à la sanction”
par Catherine Kremer, formatrice aux techniques de communication interpersonnelles


Je suis totalement opposée à la fessée même si les parents ont des circonstances atténuantes. En effet, ils ont eux-mêmes été élevés, en grande majorité, avec répression. Cependant, ce n’est en aucun cas une méthode d’éducation. Au lieu de frapper, le parent doit être à l’écoute des émotions de son enfant. Je suis pour l’acquisition des techniques de communication par le parent, ce que propose l’association La maison de l’enfant via un forum de parents. Cela lui permet de mieux comprendre son enfant. Il doit apprendre à accepter certaines frustrations. Il ne faut pas taper ni punir. D’ailleurs au mot punition, je préfère le terme de réparation qui montre que l’enfant a conscience de son acte. Si un petit est régulièrement fessé pendant son enfance, il risque de devenir un de ces trois individus : le soumis craintif qui ne remet jamais rien en cause et a peur de toute autorité, le rebelle qui est incapable d’accepter les règles ou un être qui a peur du jugement d’autrui. Dans les trois cas, il y a quelque chose de cassé chez une personne qui a connu la violence étant enfant.

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Image: FreeDigitalPhotos.net

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