Insultes, arrogance, agressivité … De la coupe du monde en Afrique du Sud à l’Euro 2012, les Bleus nous en ont fait voir de toutes les couleurs. Cette attitude de l’équipe de France de football suscite émoi et incompréhension parmi les Français. Manque d’éducation, pression médiatique, enjeux financiers … Que signifient les sautes de comportement des footballeurs ? Éléments de réponse avec Gaëlle Colomb, psychologue du sport et de l’enfant, et Hicham Herrou, formateur au Paris Université Club* de football.

Gaëlle Colomb :  Principalement, c’est le fait d’aimer le foot qui motive l’enfant à devenir joueur. Le désir d’imiter ses idoles joue également pour beaucoup. Ensuite, comme n’importe quel enfant, il est motivé par l’envie d’être vu, admiré et félicité. En soi, ces raisons, tout à fait légitimes, ne deviennent malsaines que lorsqu’elles sont poussées à l’extrême.

P.E : Comment interprétez-vous les sautes de comportement de certains joueurs français ?

Hichem Herrou : Je pense qu’il s’agit avant tout d’un manque d’autorité de la part des entraîneurs qui n’ont pas su poser des limites et des cadres de départ. Ces barrières sont indispensables pour canaliser le trop plein d’égo de ces jeunes qui vivent soudainement une gloire et une médiatisation phénoménales. Sami Nasri, l’auteur des propos insultants, n’est pas un mauvais garçon mais a été pris de cours par un journaliste maladroit.

G.C : Premièrement, il ne faut pas oublier qu’il s’agit de joueurs soumis à une pression extrême. Cette angoisse peut parfois expliquer les « craquages » agressifs de certains joueurs.  Puis disons, qu’à un certain égard, ces comportements qu’on juge inqualifiables sont aussi le reflet du chemin que prend notre société capitaliste et individualiste. Le problème peut également venir d’une mauvaise éducation et d’une absence de repères mais il faudrait d’abord connaître l’enfance de ces joueurs pour se prononcer.

P.E : Comment peut-on éviter ces dérapages ?

H.H : En sévissant ! Quand les enfants formés au club ne respectent pas le règlement, je les soumets à des sanctions sportives, c’est-à-dire des suspensions, des demandes d’excuses ou des exclusions selon la gravité des actes. On peut encore regretter aujourd’hui que Zidane, référence emblématique pour les enfants, n’ait pas présenté d’excuses après son fameux « coup de boule ». Un recadrage qu’aurait peut-être dû effectuer Laurent Blanc, le sélectionneur de l’équipe de France.

P.E : Ces frasques sont-elles inhérentes au sport ?

G.C : Le sport, dans l’absolu, est une activité qui enseigne le respect, la tolérance et le partage. C’est sa pratique inappropriée qui le rend problématique. Par exemple, les parents qui poussent leurs enfants à réussir à tout prix, stimulent leurs valeurs de compétitivité au détriment des valeurs morales originelles du sport.

H.H : Le sport n’a rien de mal en soi. Il ne faut pas non plus mettre en exergue chaque petit incident comme s’il s’agissait d’une faute gravissime : les sportifs ont un certain franc parlé dans les vestiaires et ce qui est off doit le rester. Tant que les échanges se font dans un certain respect, le sport demeure une activité majeure d’épanouissement et de construction de l’enfant.

* Le PUC est un des plus grands clubs parisiens do football qui forme des enfants de 6 à 12 ans

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