Une récente étude, publiée dans The Archives of Sexual Behavior1, révèle qu’un ado sur cinq a déjà envoyé une photo sexuellement explicite de lui-même depuis son téléphone portable (sexting). Quels sont les risques du sexting ? Pourquoi nos ados le plébiscitent ? 

Pour mener cette enquête, des chercheurs du département de psychologie de l’université de l’Utah (Etats-Unis) ont interrogé 606 lycéens âgés de 15 à 17 ans.
Résultat ? 20% des adolescents ont déjà envoyé des images de leurs parties intimes par téléphone portable. Un tiers des filles et la moitié des garçons avait déjà reçu ce genre d’images et 18% des garçons et 17% des filles avaient déjà envoyé des images sexuelles d’eux-mêmes. En 2009, une autre étude avait déjà montré que le sexting prenait de l’ampleur aux Etats-Unis.

 Images intimes : ¼ des filles décomplexées

Les chercheurs ont également demandé aux adolescents leur sentiment concernant ces photos sexuellement explicites envoyées par téléphone. Pour cela ils devaient choisir entre cinq alternatives. La plupart ont répondu qu’ils trouvaient cela “mal“ d’envoyer ou de transférer de telles photos (50% pour les filles, 34% pour les garçons). Pourtant, 26 % des filles et 31% des garçons interrogés n’ont aucun problème à envoyer de telles photos d’eux-mêmes.

  » Internet vient exacerber la sexualité « 

 Internet permet le meilleur mais surtout le pire. C’est tout le bien qu’en pense Michel Fize2, sociologue au CNRS. Même si le sexting se déroule sur les téléphones portables, Internet reste le moteur de ce comportement. Selon Béatrice Copper-Royer3, psychologue clinicienne, Internet exacerberait la sexualité : « Les angoisses des adolescents tournent principalement autour du corps. Le fait de se prendre en photo, de choisir de se montrer, est une manière de contrôler ce corps qui change », souligne-t-elle.

Mais le sexting révèle également un changement dans les modes relationnels. Pour Gisèle George4, pédopsychiatre, «  les préados s’enfermaient hier dans les toilettes pour s’embrasser, aujourd’hui ils utilisent d’autres outils ». Autres temps, autres mœurs, l’éveil à la sexualité rime avec le .com : tchat, sexting et autres dédipix5….

 Une manière d’exister

 Pour Michel Fize, le sexting permet de dire « j’existe » et « j’ai des atouts ». Il met en exergue un besoin de popularité, une volonté de faire émerger une identité. Il permet aussi de se faire remarquer en allant dans l’extrême. Mais c’est surtout une forme de narcissisme, selon Béatrice Copper-Royer : « Ils veulent se regarder eux-mêmes ».

 Un comportement impulsif

Le plus gros problème avec le sexting, c’est que les adolescents n’ont pas conscience des conséquences de leurs actes. Selon Béatrice Copper-Royer, «ils agissent d’une manière impulsive.  Le monde numérique tourne autour de l’instantanéité et de ce fait, tout va très vite », explique-t-elle. Un constat partagé par Gisèle George, pour qui les ados, surtout les 12-15 ans n’ont pas le recul nécessaire sur ce qu’impliquent leurs actes…

 « Les parents font l’autruche »

La meilleure façon d’éviter ce comportement est d’apprendre aux enfants comment se servir d’Internet. Pour Michel Fize, les parents aussi doivent également se saisir des outils numériques, pour transmettre les bons réflexes à leurs enfants, sans négliger d’aborder la question de la sexualité. En 2009, une étude démontrait que les parents s’y prenaient trop tard.  « Les parents font l’autruche, alerte Gisèle George.  Ils n’en discutent pas avec leurs enfants, ce qui les oblige à prendre des informations sur des sites qui leur donnent une vision faussée de la sexualité. »

(1) Un journal académique sur la sexualité

(2) Auteur de L’adolescence pour les nuls aux éditions FirstEditions

(3) Auteur de Vos enfants ne sont pas des grandes personnes aux éditions Albin Michel

(4) Auteur de J’en ai marre de crier, comment se faire obéir sans hausser le ton  aux éditions Eyrolles

(5) Mélange de « dédicace » et de « picture » (image, en anglais), la pratique de la dédipix consiste à écrire son prénom ou une « envie » sur une partie de son corps (jambes, torse, poitrine, parties intimes, etc.) et de poster la photo de ce tatouage sur le blog d’un internaute et d’en obtenir le plus de « coms » (commentaires, ndlr) possibles et d’être donc, le plus populaire de la blogosphère…

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Image: FreeDigitalPhotos.net

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