L’ONU s’est déclarée inquiète face à la progression du nombre des «baby boxes» en Europe. Autrefois appelées «tours d’abandon», ces boîtes se présentent généralement sous forme de trappes où l’on peut déposer des enfants non désirés dès leur naissance. Discrètes et taboues, pourquoi ces boîtes reviennent-elles au cœur du débat des experts ?


On les croyait disparues à jamais, mais depuis la fin du 20ème siècle, les boîtes à bébé ont resurgi dans le Vieux Continent. En effet, on en compte 200 en Europe depuis ces dix dernières années selon le Comité des Droits de l’Enfant. Des chiffres qui ne concernent toutefois pas la France, compte tenu du fait que c’est le seul pays d’Europe où l’accouchement sous X est autorisé par la loi. De fait, les boîtes à bébé se concentrent notamment dans les pays comme l’Allemagne ou l’Autriche où l’accouchement anonyme est illégal. Toutefois, les boîtes à bébé sont loin de faire l’unanimité. Éléments de réponse avec la psychothérapeute Patricia Chalon*.

P.E : Que pensez-vous de la boîte à bébé ?

Patricia Chalon : Le principe de la boîte n’est pas né du hasard ou pour satisfaire le désir d’adoption de parents en mal d’enfants. Il existe depuis le 8ème siècle, a été pérennisé par saint Vincent de Paul pour protéger les droits de l’enfant, pour leur donner la possibilité de vivre. Je suis contre la boîte et pour l’accouchement sous X.

P.E : Pourquoi êtes-vous contre la boîte à bébé ?

P.C : On ne peut pas être pour car l’enfant ne saura rien de sa vie, de son histoire, on ne pourra rien lui dire. Si l’on n’avait pas l’accouchement sous X, l’enfant serait encore moins protégé. En défendant l’accouchement sous X, je me bats pour le droit des enfants, le droit à la vie et le droit d’en savoir un peu plus sur ses origines. J’ouvre régulièrement les dossiers d’accès aux origines. Je me rends bien compte de l’importance d’avoir des informations : sur le physique, la personnalité, la vie, la santé de la mère et parfois même du père. De plus, quand une femme accouche sous X, elle le fait dans la sécurité médicale et psychologique. Elle sait qu’on ne donnera jamais son identité et elle peut laisser des traces non identifiantes, ce qui est impossible avec le recours aux boîtes.

P.E : Quelles sont les conséquences, pour ces enfants ?

P.C : Les enfants grands n’ont accès à rien. Lorsque j’ouvre les dossiers et qu’ils ont des informations, ces derniers repartent apaisés même s’ils ne savent pas qui est leur mère. L’impact est très lourd pour les enfants. Ne rien savoir de leur origine, de leur histoire, des circonstances de leur naissance dans l’anonymat, leur ôte la possibilité d’accéder à leur origine, à une vie plus apaisée, mieux posée.

P.E : Que pensez-vous de la proposition de loi qui vise à réformer l’accouchement sous X ?

P.C : La proposition de loi veut permettre aux enfants de connaître l’identité de la mère à leur majorité. Or, certaines femmes sont en danger de mort si elles révèlent leur identité maintenant comme dans 18 ans. De plus l’exception française permet à beaucoup de femmes européennes de venir accoucher dans la sécurité et la sérénité. La boîte n’est là que pour éviter de retrouver des enfants morts.

* Patricia Chalon, psychologue, psychothérapeute, psychologue de la Famille Adoptive Française et rédactrice en chef d’enfance Majuscule.

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