Difficultés de mémorisation, d’écriture, de compréhension… Comment aider les enfants à surmonter leur dyslexie ? Une équipe de chercheurs a mis en avant une nouvelle technique pour améliorer la lecture des petits dyslexiques. Explication. 

 

Alors que l’Inserm a démontré fin 2011 qu’une anomalie du cortex auditif était à l’origine de la dyslexie, des chercheurs viennent de montrer que l’espacement des lettres améliorerait la vitesse et la qualité de la lecture chez les enfants dyslexiques. Cette étude, menée par un groupe de recherche franco-italien et publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Science, a été réalisée auprès de 94 enfants dyslexiques âgés de 8 à 14 ans. Ces derniers devaient lire un texte de 24 lignes comprenant des phrases avec des espacements aléatoires. Conclusion ?  L’écart des lettres permettrait aux petits de lire 20 % plus vite qu’avec un texte « normal ». Ils feraient également deux fois moins d’erreurs.

Cette amélioration de la lecture des dyslexiques serait due au fait qu’ils sont particulièrement sensibles à « l’encombrement perceptif », c’est-à-dire au masquage visuel des lettres par celles qui l’entourent. L’espacement serait alors une solution. D’ailleurs,  Stéphane Dufau, chercheur au CNRS a élaboré une application iPad et iPhone permettant aux parents de régler l’écart des lettres des contenus. Un diagnostic plus précoce, notamment grâce à l’imagerie cérébrale, permettrait également de mettre en place le plus tôt possible de nouvelles stratégies d’apprentissage.

Odile Golliet, orthopédagogue et auteur de La dyslexie, prise en charge à l’école et à la maison, nous donne son opinion sur cette nouvelle méthode.

Psychoenfants : Que perçoit l’enfant dyslexique quand il lit un texte ? 

O.G : Un enfant dyslexique focalise toute son énergie à essayer d’assembler et de déchiffrer ce qu’il voit. Il n’arrive pas à prendre en compte une phrase en entier et à comprendre son sens. Il a également du mal à suivre les lignes si sa stratégie exploratoire visuelle est déficiente. D’où la lenteur en lecture, l’énergie gaspillée, la fatigue et le découragement…

 

PE. : Que pensez vous de cette nouvelle méthode de lecture ?

O.G : Cette méthode n’est nullement révolutionnaire mais elle est très intéressante car elle tient compte des difficultés de repérage dans l’espace et le temps. Ici, les lettres sont espacées « à la demande » ce qui est une très bonne chose. L’idéal serait d’espacer aussi les groupes de mots qui donnent du sens (groupe sujet, groupe verbal, groupe complément).

 

PE. : Pourquoi un espacement supplémentaire favoriserait la lecture des petits dyslexiques ? 

O.G :  Cette technique leur permet de mieux distinguer les lettres. Le fait qu’elles soient rapprochées accentue leur difficulté de perception. On sait depuis longtemps que les élèves dyslexiques ont besoin de voir les lettres en plus gros, avec une police d’écriture qui facilite la distinction des lettres entre elles. Mais attention à l’excès inverse : un trop grand espace empêche ou pénalise le balayage visuel.

 

PE. : Les chercheurs parlent de la sensibilité des enfants dyslexiques à « l’encombrement perceptif ». Qu’en pensez vous ? 

O.G : Il est évident qu’ ils ont besoin de clarté, d’espace et de guides. Ils ont besoin qu’on les aide à faire « le tri » dans leurs perceptions sensorielles pour ne retenir que les informations pertinentes. Ils le feront plus tard seulement lorsqu’ils auront acquis les automatismes et seront autonomes.

 

 PE. : Cette méthode ne leur donnerait-elle pas de mauvaises habitudes de lecture ?

O.G : Pas du tout puisque l’espacement s’adapte suivant la difficulté de chaque lecteur : s’ils acquièrent des automatismes de lecture et des stratégies compensatoires, ils seront à même de pouvoir déchiffrer n’importe quoi. Il faut d’abord les aider à acquérir les automatismes et ensuite seulement leur donner un texte « normalement présenté ».

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Image: FreeDigitalPhotos.net

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