«Si tu as de bonnes notes ce trimestre, je t’achèterai un portable…» Cet échange de bons procédés entre parents et enfants est monnaie courante. Tantôt motivantes, tantôt humiliantes, les notes rassurent ou inquiètent les parents. Explication.
En France, on ne jure que par les notes ! C’est ce que confirme un sondage réalisé par Opinionway selon lequel 69% des parents d’élèves seraient favorables aux notes à l’école. Cet engouement n’est pourtant pas du goût de ceux qui craignent les retombées psychologiques d’un tel système sur les enfants. Que cachent les notes? Eléments de réponse avec la psychologue Nadine Carpentier et Alain Lieury*, professeur émérite de psychologie cognitive.

Psycho Enfants : Quels sont les différents systèmes de notation en France ?

Nadine Carpentier: La notation chiffrée est la plus courante. Toutefois, au collège, certains professeurs notent avec les lettres A, B, C, D ou E. Depuis peu, certains utilisent même des smileys souriants quand la leçon est acquise et en colère quand la leçon n’est pas acquise.

 P.E: A quoi servent les notes ?

N.C: Pour certains parents et enseignants, les notes permettent d’avoir une estimation d’un certain niveau des enfants. Elles permettent également de situer l’enfant par rapport à sa classe.

Alain Lieury : Les notes ne sont pas des entités absolues, elles ne signifient rien en elles-mêmes. Il s’agit de chiffres qui prennent sens à travers le professeur,selon que ce dernier évalue le travail visible de l’enfant ou sa marge de progression. Ainsi, certains professeurs ont tendance (et tout intérêt) à sur-évaluer un élève, pour l’encourager, en dépit de ses faiblesses.

P.E: Les notes sont-elles révélatrices de l’intelligence des élèves ?

N.C: Pas du tout. En primaire, la plupart des évaluations se basent sur des connaissances à savoir par cœur. Dans cette situation, les notes ne relèvent que des capacités mémorielles de l’enfant et non son intellect. D’ailleurs, l’intelligence est multiple : elle peut être logico-mathématique, spatiale, naturelle, musicale, interpersonnelle…

A.L : Même si c’est encore tabou, je veux rappeler que, de façon innée, certains sont plus intelligents que d’autres, et l’on parle alors d’élèves avec des facilités. Mais ceux qui obtiennent de mauvaises notes ne sont pas forcément bêtes : soit ils sont juste en décalage avec les exigences de la culture dominante, c’est-à-dire les normes de nos programmes scolaires, soit leurs professeurs ne sont pas compétents.

P.E: Pourquoi dit-on que les notes entretiennent l’échec des élèves socialement les plus défavorisés ?

A.L: Les devoirs à la maison se font souvent dans un cadre familial, ainsi les enfants dont les parents appartiennent à une certaines élite culturelle, sont davantage aidés et épaulés, et ont, de ce fait, plus de facilités à obtenir de bonnes notes que les élèves socialement défavorisés.

 P.E: Finalement, êtes-vous pour ou contre le système de notation ?

N.C: Je trouve qu’il est catastrophique! Rentrer chaque jour à la maison avec de mauvaises notes peut être traumatisant pour l’enfant et provoquer un manque de confiance en lui. Ce n’est pas mieux pour les «bons» élèves qui dérivent souvent dans l’avidité de la compétition. On a malheureusement tendance à oublier que l’enfant ne va pas à l’école pour obtenir de bonnes notes mais pour apprendre, faire des erreurs puis recommencer et réussir.

A.L: Noter les compétences des élèves est essentiel pour voir si les savoirs sont acquis. En revanche, il faut distinguer l’évaluation informative, qui indique le niveau de réussite de l’élève en prenant en compte son environnement social et culturel et l’évaluation contrôlante, brutale, qui catégorise les élèves en «bons», «moyens» et «nuls» et les livre à l’humiliation publique. Pour être perçu positivement par l’élève, le système de notation ne doit pas être aveugle mais doté d’un supplément d’âme.

*Alain Lieury: Co-auteur de Motivation et réussite scolaire – Ed.Dunod

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