D’après les premiers résultats de l’étude paneuropéenne ESPAD*, la consommation de tabac, d’alcool et de cannabis des jeunes Français scolarisés de 16 ans aurait fortement augmenté entre2007 et2011. Faut-il s’alarmer ? Pourquoi ces ados consomment-ils ces produits ? Explication.

4 ados sur 10 ont essayé le cannabis

Sur les 36 pays comparés, l’enquête montre une évolution du cannabis problématique : l’expérimentation du cannabis serait en hausse de 25 %. Le nombre d’ados en ayant consommé au moins une fois passant de 31 % à 39 % en quatre ans.

Le binge drinking en augmentation

En 2011, plus de 9 ados sur 10 ont déclaré avoir déjà consommé de l’alcool au cours de leur vie. La moitié d’entre eux souligne d’ailleurs avoir expérimenté le binge drinking (boire beaucoup en peu de temps, ndlr) lors des 30 jours précédant l’enquête, particulièrement les garçons (46 % contre 41 % des filles).

Tabac : les filles testent plus que les garçons

Plus de six adolescents sur dix (63%) affirment également avoir déjà fumé du tabac au cours de leur vie. Même si les ados ne mégotent pas avec le tabac, ce sont les filles qui essayent plus la cigarette à cet âge que les garçons (68% contre 58%).

Alors que la tendance européenne est à la stabilisation, la France fait figure de mauvais élève. Si ces premiers résultats se confirmaient, ils signeraient l’échec de la politique répressive menée ces dernières années. Mais, que cherchent ces ados, en quête d’identité ? Comment prévenir ces comportements ? Éléments de réponse avec Pierre G. Coslin, professeur de psychologie**, et auteur de Jeux Dangereux, jeunes en danger, aux éditions Armand Colin.

PsychoEnfants : Quels sont les effets du cannabis sur nos ados?

Pierre Coslin : Il y a d’abord un sentiment d’apaisement, une certaine euphorie voire une légère somnolence. A forte dose, sa consommation perturbe la mémoire, la vue et la perception du temps. Elle peut également provoquer des palpitations, une diminution de la salivation (impression de bouche sèche), des yeux rouges, voire des nausées. A long terme, son usage provoque des difficultés de concentration, d’où les difficultés scolaires qui en résultent, mais aussi un risque de  dépendancepsychique avec préoccupations centrées sur l’obtention du produit… Chez certains, il déclenche des hallucinations ou des modifications de perception (dédoublement de la personnalité, sentiment de persécution), sources d’anxiété, parfois de troubles psychiques.

P.E: Comment expliquer cette augmentation ?

P.C. :
Aujourd’hui, la jeunesse est beaucoup plus libre. Et ce, dans le contexte d’une société où les parents ne sont plus assurés de leur propre avenir, où tout ce qui était auparavant considéré comme acquis se disloque. Le chômage angoisse, le divorce menace les couples, les croyances religieuses en un au-delà meilleur s’estompent et les idéaux politiques de lendemains qui chantent tendent plutôt à déchanter. Les jeunes de plus en plus livrés à eux-mêmes, se retrouvent seuls face à un monde qu’ils veulent défier parce qu’il leur fait peur. Un monde devant lequel il leur faut s’affirmer, face auquel il leur faut nier leurs craintes, leur angoisse. Dans un monde aux perspectives d’avenir et de réussite marquées par l’incertitude, elle permet à certains jeunes d’exprimer un mal-être né de l’absence de statut social et du manque de responsabilité citoyenne, de créer un « temps d’à côté », d’opérer une rupture avec la réalité…

P.E : Comment prévenir les risques de consommation excessive ?

P.C. : Un contrôle parental est nécessaire, mais il faut distinguer le contrôle coercitif qui impose des règles et ne tolère aucun écart, du contrôle inductif, ouvert à la négociation, établissant des règles développant les capacités adaptatives du jeune. Dans un environnement qui se déstructure, nombre de jeunes manquent de limites clairement définies et de repères stables. Les adolescents ont besoin de guides et de modèles pour explorer le monde. S’ils se vivent en échec ou en insécurité, en colère ou en désespoir, ils doivent pouvoir faire partager leurs émotions à leurs parents. Ils ont besoin de leur accompagnement dans la compréhension de ce qu’ils ressentent afin de ne pas se sentir délaissés dans leur quête identitaire et dans la résolution de leurs difficultés.

* European School Survey Project on Alcohol and other Drugs

** à l’institut national de la santé et de la recherche médicale

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Image: FreeDigitalPhotos.net

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